XV de France : Jean-Pierre Bastiat, «un monstre de joueur», s’est éteint

L’ancien troisième ligne de Dax et du XV de France est décédé ce mercredi à 71 ans des suites d’un accident vasculaire. Il avait participé au Grand Chelem 1977 et avait porté les galons de capitaine.

 Auckland, Nouvelle-Zélande, 22 octobre 2011. Jean Pierre Bastiat à l’entraînement de l’équipe de France pendant la Coupe du monde.
Auckland, Nouvelle-Zélande, 22 octobre 2011. Jean Pierre Bastiat à l’entraînement de l’équipe de France pendant la Coupe du monde.  Amandine Noel/Icon Sport

Il portait le nom d'une ville corse mais c'est au pays de l'ovalie qu'il était un Empereur. Bastiat était un géant. Il s'envolait en touche, courait aux quatre coins du terrain. Son gabarit imposant (1,99 m; 110 kg), son abattage impressionnant, préfiguraient déjà les profils des futurs troisième ligne de l'ère moderne. Il agissait comme un ciment aussi, un liant entre les hommes, dont l'enthousiasme et la gentillesse interpellaient et regroupaient les corps et les esprits autour de lui, sur les pelouses et en dehors. Jean-Pierre Bastiat, l'ancien international de Dax (32 sélections) s'est éteint à 71 ans ce mercredi des suites d'un accident vasculaire.

C'était l'un des trois Jean-Pierre de ce XV de France auteur du deuxième Grand Chelem de l'histoire en 1977, avec les quinze mêmes joueurs. Troisième ligne centre, à côté de Jean-Pierre Rives, et pas très loin de l'ouvreur Jean-Pierre Romeu. Et juste derrière lui, Jacques Fouroux, demi de mêlée et capitaine, « petit Napoléon » de 1,63 m. Le contraste faisait sourire. Bastiat allait d'ailleurs succéder à Fouroux, brassard au bras à cinq reprises, avant de le laisser à Rives à sa retraite en 1978, une entorse d'un genou ayant mis fin prématurément à sa carrière. Même pour un colosse de son envergure, on ne relevait pas facilement dans les années 1970 de ce type de blessure aujourd'hui bien mieux prise en charge. Il était alors devenu dirigeant de l'US Dax qu'il avait présidé de 1990 à 1995.

Alabaldejo : « Un joueur d'exception »

Bastiat c'était une époque où les matchs des Bleus se jouaient le samedi après-midi avec Roger Couderc dans le poste et ses fameux « Allez les petits ! » dont le géant de Dax fut paradoxalement un des plus éminents symbole et ambassadeur. « Il a été un monstre de joueur et partout où j'allais commenter dans les autres pays, on me demandait et Bastiat, qu'est-ce qu'il devient ? Tout le monde le connaissait. C'est un joueur d'exception » se souvient Pierre Albaladejo, ex-complice de Couderc aux commentaires à partir de 1975 et ancien Dacquois comme lui.

Elevé au basket dans un coin de France où la balle orange est parfois aussi populaire que le ballon ovale, Bastiat avait fini par se convertir au rugby à la fin de l'adolescence. « Je l'ai recruté au basket quand il avait 17 ou 18 ans et on l'a fait venir au rugby. Et il a encore grandi », a expliqué Albaladejo.

L'exploit de 1977

Lors du Grand Chelem 1977, le XV de France entre dans l'histoire du Tournoi pour trois raisons. Il met d'abord fin à l'insolente suprématie galloise, véritable épouvantail à l'époque, en s'imposant au Parc des Princes (16-9). Les coéquipiers de Bastiat n'encaissent aucun essai lors des quatre matchs face au pays de Galles, à l'Angleterre (4-3), à l'Ecosse (23-3) et l'Irlande (15-6). C'est du jamais-vu. Plus rare encore, les Bleus n'effectuent aucun changement dans l'effectif durant toute la durée de la compétition. Les quinze mêmes joueurs ont disputé 4 fois 80 minutes.

Une performance rare qui n'a pas empêché ses valeureux guerriers de célébrer dignement l'exploit de Dublin au cours d'une troisième mi-temps dont se souvenait encore avec émotion Jean-Pierre Rives.

Devant sa compagnie d’assurance en décembre 1978 à Dax

AFP
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Natif de Pouillon (Landes), assureur, Jean-Pierre Bastiat, gaulliste convaincu, s'était également engagé en politique en se présentant notamment aux élections européennes de 1989 sur la liste CPNT (Chasse, pêche, nature et tradition) et aux élections municipales à Dax en 2014 sur une liste PS.

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Le manager du XV de France Raphaël Ibanez a pour sa part salué sur Twitter la mémoire d'une « légende de notre sport ». « Il a été mon dirigeant lors de mes débuts à l'US Dax. Il m'a vu grandir et accompagné avec gentillesse et bienveillance », a ajouté l'ancien talonneur international (98 sélections).

Outre le souvenir d'un homme chaleureux, bon vivant, à l'optimisme débordant selon tous ceux qui l'ont côtoyé, il restera pour les amateurs de ce rugby des Seventies les images de ce grand échalas, ancien basketteur et footballeur, passant des buts de près de cinquante mètres. Et surtout, cette course plein champ après un mouvement collectif magnifique, et le plongeon derrière la ligne d'en-but ce 19 mars 1977 lors du Tournoi des Cinq Nations, sur la pelouse grasse de Lansdowne Road à Dublin, donnant la victoire aux Bleus contre l'Irlande (15-6) et le Grand Chelem par la même occasion.

 
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