XV de France : Grégory Alldritt, «l’amateur» devenu indispensable aux Bleus

Après avoir débuté sa carrière en Fédérale 1, le troisième ligne centre de La Rochelle s’est imposé avec le XV de France. Au point de devenir une référence à son poste à seulement 23 ans.

 Grégory Alldritt, ici contre l’Irlande le 31 octobre, s’est imposé comme titulaire pendant la Coupe du monde au Japon, l’année dernière.
Grégory Alldritt, ici contre l’Irlande le 31 octobre, s’est imposé comme titulaire pendant la Coupe du monde au Japon, l’année dernière. AFP/Anne-Christine Poujoulat

« Dans mes rêves les plus fous, je n'aurais jamais imaginé être là aujourd'hui. » Ses larges mains triturent son maillot floqué du numéro 8 et du nom de son premier club, mis à l'honneur de la sorte comme celui des autres joueurs du XV de France lors du dernier match du Tournoi contre l'Irlande. Condom. Deux syllabes qui ramènent Grégory Alldritt à sa ville d'origine dans le Gers. Là où, en 2017, il défendait les couleurs d'Auch en Fédérale 1, le troisième échelon national.

Trois ans et demi plus tard, le joueur de 23 ans fait déjà partie des meubles d'un XV de France, où il s'est installé sous Jacques Brunel et enraciné avec Fabien Galthié. Dimanche, il devrait être titulaire contre les Fidji pour lancer la Coupe d'Automne des Nations des Bleus, ce dimanche. Sa mission? Faire ce que le joueur de La Rochelle fait de mieux : faire souffrir la défense adverse avec ses 115 kilos qu'il jette allègrement dans la bataille. « Sa puissance ballon en main est très utile, salue son partenaire en troisième ligne Dylan Cretin. Nos adversaires se concentrent sur lui car c'est un gros porteur de ballons. Et ça nous libère des espaces ensuite. »

« Quand je le vois à la télévision sa manière de ramasser la balle au sol pour venir percuter les défenseurs le plus vite possible, je revois celui qui nous faisait gagner des mètres avec Auch », sourit le pilier de Pau Nicolas Corato, ex-partenaire d'Alldritt dans le Gers. A 19 ans, les deux jeunes se frottent à des joueurs expérimentés et rugueux dans une division où la vidéo n'est pas là pour traquer tous les coups fourrés.

« Ça accélère le processus de formation, résume Grégory Patat, entraîneur des avants rochelais qui a également coaché Alldritt à l'école de rugby auscitaine. Quand Auch a déposé le bilan, j'ai dit à Patrice Collazo (NDLR : alors manager de La Rochelle) que Grégory correspondait au projet de notre club. »

« A Auch, il faisait les allers-retours entre son école d'ingénieurs à Toulouse et les entraînements tous les jours sans jamais rechigner, raconte Julien Sarraute, ex-directeur du centre de formation du club gersois. Forcément, quand il a pu davantage se concentrer sur le rugby, les performances ont suivi avec La Rochelle. »

«Aujourd'hui, c'est Superman»

Celui qui a été nommé pour le titre de meilleur joueur du Tournoi — finalement attribué à son équipier Antoine Dupont — n'avait pas bâti sa vie autour du rugby. Ses deux frères aînés, Scott et Tom, ont également pratiqué ce sport avant de bifurquer vers une vie professionnelle plus classique. « Mes parents ont toujours insisté sur l'importance des études, il ne fallait pas que le rugby devienne une voie de garage. Cela pouvait être un cul-de-sac », explique Tom. « On jouait entre copains quand on s'est connus. On ne pensait pas forcément à faire la bascule chez les professionnels », se souvient Nicolas Corato.

D'autant qu'à ses débuts en Charente-Maritime, où il a suivi une licence à La Rochelle Université, Alldritt doit encore travailler sur ses points faibles. Notamment sa condition physique. « Il avait du mal à finir ses matchs et baissait le pied à partir de la soixantième minute, ce qui n'est pas satisfaisant pour un huit de haut niveau, raconte Grégory Patat. Petit à petit, il a acquis la caisse qui lui manquait. »

« Aujourd'hui, c'est Superman quand on voit tout ce qu'il fait sur un terrain », salue Julien Sarraute. C'est simple, Grégory Alldritt est celui qui a parcouru le plus de mètres ballon en main (393) derrière l'Irlandais Stockdale et l'Ecossais Hogg, et le deuxième meilleur plaqueur (81) de la compétition. « Il a encore une marge de progression, promet Sarraute. Il va continuer à imposer son leadership. Et je suis persuadé qu'il a toutes les qualités pour être un très grand capitaine. »