Tournoi des Six Nations : Brice Dulin, plus jeune que jamais avant de défier l’Irlande

A 30 ans, l’arrière de La Rochelle vit une seconde jeunesse, après une période sombre, au sein du XV de France qui affronte l’Irlande ce dimanche (16 heures) à Dublin.

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 Brice Dulin marque ici l’un des sept essais français lors de la large victoire des Bleus sur le terrain de l’Italie.
Brice Dulin marque ici l’un des sept essais français lors de la large victoire des Bleus sur le terrain de l’Italie. REUTERS/Guglielmo Mangiapane

Il a toujours ce sourire au bord des lèvres, les yeux rieurs et la blague facile. Une attitude qui lui permet de se fondre on ne peut mieux au sein d'un XV de France rajeuni, libéré de ses entraves. Lui, l'aîné désormais, qui retrouve à 30 ans la fougue de ses 20 ans. Brice Dulin, le diablotin renaissant, s'apprête à découvrir Dublin, ce dimanche. L'arrière des Bleus (32 sélections), gabarit de poche (1,76 m), aussi à l'aise sous les ballons venus du ciel que déroutant dès qu'il cavale sur la pelouse, a déjà illuminé le stade olympique de Rome la semaine dernière lors du succès tricolore (50-10) en ouverture du Tournoi face à l'Italie en inscrivant un essai sur une inspiration dont il a le secret.

« Je suis très heureux, tout simplement, parce qu'il y a eu un long moment d'absence ( NDLR : il est revenu après trois ans sans sélection en novembre dernier lors de la Coupe d'automne des nations dont il a été désigné meilleur joueur ), souligne l'arrière de La Rochelle quand il évoque son retour. Une nouvelle génération est arrivée et a créé quelque chose d'extraordinaire, une dynamique, une façon de travailler. Je suis plus près de la fin que du début, ça me fait bizarre d'être le plus vieux, mais c'est vrai que c'est autant de plaisir que la première fois. »

Champion de pelote, puis tricoteur de ballon ovale

La première fois, c'était en juin 2012, lors d'une tournée en Argentine. Le lutin pointait son nez, s'amusait d'un rien, croquait dans ce destin qui semblait sourire à son caractère de gagneur. Il ne se doutait pas qu'il masquait aussi une face sombre. Le gamin d'Agen, qui avait commencé par la pelote basque à 6 ans parce que ses grands-parents habitaient à cent mètres du fronton et qu'il ne lui était pas permis d'aller plus loin tout seul, a d'abord connu la lumière.

Champion de pelote, puis tricoteur hors pair, ballon ovale en mains quelques années plus tard sur la pelouse du stade Armandie jouxtant le fronton. « On a vu tout de suite qu'il était au-dessus du lot, nous confiait Jean-Marc Gillium, conseiller principal d'éducation du lycée Bernard-Palissy d'Agen qui entraînait alors les minimes du SUA. C'était un gentil gamin, plein de vie, très intelligent dans le sport. Il était à l'écoute car il savait qu'il n'avait pas de bagages. »

Le décès de son père, une plaie profonde

Son champ d'action s'est agrandi. Du Lot-et-Garonne, il a bondi à Castres, puis au Racing. Champion de France dans les deux clubs (2013 puis 2016) sous la houlette du duo Travers et Labit à chaque fois. Chez les Ciel et Blanc, il croise le champion du monde All Black Dan Carter. Une rencontre, une révélation. « Ils se sont trouvés, ce sont les deux mêmes, des gagneurs, de gros bosseurs qui aiment s'amuser et blaguer », dixit Laurent Labit, devenu adjoint de Fabien Galthié chargé de l'attaque des Bleus.

Les années noires cueillent Brice Dulin à la fin de 2017, le 12 décembre, jour du décès de son père d'une crise cardiaque à 64 ans. « Il y a des choses inexplicables, il ne fumait pas et passait sa vie sur un vélo. Et puis, voilà… », racontait-il, meurtri, quelques mois plus tard. Le chagrin persiste, les blessures s'enchaînent (mollet puis ligaments croisés d'un genou) et l'éloignent du XV de France. Jusqu'à sa renaissance, enfin, du côté de La Rochelle où s'ouvre un nouvel horizon. Tout bleu.