Top 14 : le Racing navigue entre doublures et doublons

Handicapés par les absences de leurs internationaux, les Franciliens se sont imposés de justesse contre Pau (24-22) ce samedi. Une nouvelle illustration de la situation ubuesque créée par les doublons.

 L’arrière australien du Racing, Kurtley Beale, tente de s’échapper devant le flanker néo-zélandais de Pau Luke Whitelock.
L’arrière australien du Racing, Kurtley Beale, tente de s’échapper devant le flanker néo-zélandais de Pau Luke Whitelock. AFP/Thomas Samson

Les Bleus ne jouent pas ce week-end. Et, pourtant, les doublons ont encore frappé. C'est comme ça. C'est le rugby moderne, en ce moment, en France. Les Tricolores se préparent, dix jours avant, à affronter les terribles Fidjiens, qui sortent d'une épidémie de Covid-19, lors d'une compétition haletante, l'Autumn Nations Cup, regroupant également dans leur poule les Ecossais et les Italiens, redoutables adversaires. Et, pendant que les meilleurs rugbymen de l'Hexagone affûtent leurs crampons à Marcoussis (Essonne), les clubs qui les fournissent — et qui, au passage, font vivre le système — ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes.

Ce samedi après-midi, le Stade toulousain, sans Dupont ni Ntamack, a donc une nouvelle fois perdu des plumes, à domicile contre Castres (16-16). Un troisième match de suite sans victoire. Quelques heures plus tard, le Racing a sauvé les meubles dans une salle de spectacle vide en arrachant un succès au nez et à la barbe de Béarnais qui leur ont donné bien des tourments. Les Ciel et Blanc ont coiffé Pau (24-22) et restent dans le peloton de tête du Top 14. C'est tout ce qu'il faudra retenir de cette rencontre disputée loin des yeux, dans le silence presque angoissant d'un écrin déserté, Paris-La Défense Arena.

Un éléphant passé par un trou de souris

Chavancy, Machenaud, Beale ou Lauret étaient bien là, mais la poussive machine francilienne qu'ils manoeuvraient n'avait rien à voir avec la surpuissante mécanique parvenue jusqu'en finale de la Coupe d'Europe il y a trois semaines. On a même frôlé le burlesque. Sans Chat ni Baubigny, les deux talonneurs convoqués chez les Bleus, les Ciel et Blanc ont aligné un jeunot de 19 ans, Jonathan Maïau en tête de gondole. Son match a duré un quart d'heure, le temps de prendre un mastodonte béarnais sur la tempe et de sortir sur commotion cérébrale.

C'est donc le pilier Eddy Ben Arous qui est entré en jeu pour occuper un poste qu'il ne connaît pas. « Mes coéquipiers ont tout fait pour me faciliter la vie sur les lancers en touche car j'aurais pu balancer pas mal de pizzas », rigole après coup l'intéressé. Son demi de mêlée Maxime Machenaud souligne diplomatiquement qu' « il s'en est très bien sorti », mais le sentiment dégagé s'apparente plus à une sorte d'incrédulité désabusée qu'à une franche partie de rigolade. Le rugby hexagonal ne tourne pas rond. Le Racing, éléphant passé par un trou de souris, en est l'illustration, à son corps défendant.