Top 14 : financièrement, les clubs résistent bien à la crise

Malgré l’enchaînement des matchs à huis clos qui font sévèrement baisser leurs recettes, les clubs du Top 14 devraient finir la saison sans de trop grands dégâts financiers.

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 Nanterre, Paris La Défense Arena, le 7 février 2021. Malgré le huis clos dans des enceintes comme celle où évolue le Racing 92, les clubs de rugby pourraient passer une saison relativement sereine.
Nanterre, Paris La Défense Arena, le 7 février 2021. Malgré le huis clos dans des enceintes comme celle où évolue le Racing 92, les clubs de rugby pourraient passer une saison relativement sereine. LP/Icon Sport/Baptiste Fernandez

Le Top 14 résisterait-il au Covid-19? Les matchs à huis clos s'enchaînent depuis le début de saison et ce qui semblait alors impossible paraît aujourd'hui envisageable. Même sans public, les clubs ne sont pas en danger. Malgré l'arrêt du championnat en mars dernier, malgré le manque de recettes (25 % seulement sont issues des droits télé) dû à l'absence de spectateurs, aucune équipe n'est menacée de dépôt de bilan.

« C'est même l'inverse, estime Mourad Boudjellal, l'ancien président de Toulon. Sur la saison 2019-2020, le confinement a fait gagner beaucoup d'argent aux clubs de Top 14. En mars, quand tout s'est arrêté, la billetterie et le partenariat étaient déjà bouclés. Ensuite, nous n'avions plus de charges et la masse salariale a été couverte en grande partie par le chômage partiel. Par exemple, le budget de Toulon a été amélioré de 1 million d'euros. Et puis, quand un club avait un déficit structurel, la saison passée avant le Covid, il l'a toujours cette année et ce n'est pas devenu la faute au Covid. »

La fidélité des partenaires et sponsors

Mourad Boudjellal vise notamment Didier Lacroix, le président du Stade Toulousain, qui a dressé un tableau très sombre de la situation. « Si nous ne sommes pas en cessation de paiements, c'est parce que nous tenons par les prêts que nous avons contractés », avait lancé le patron des champions de France en titre dans nos colonnes en novembre.

Les garde-fous mis en place par l'Etat ont en effet permis aux clubs du Top 14 de respirer. Les prêts garantis par l'Etat (PGE) — 5 millions d'euros pour Toulouse — permettent d'amortir les pertes, et une aide de 40 millions d'euros pour l'ensemble du rugby professionnel a été consentie. Les premiers versements doivent parvenir ce début février. La baisse des salaires des joueurs (de 10 à 15 %), la fidélité des partenaires et sponsors ont en outre maintenu les structures à flot.

« Sans les aides et les PGE, les clubs auraient perdu entre 7 et 11 millions d'euros à la fin de cette saison, précise un acteur du Top 14. Là, ce sera plutôt entre 2 et 4 millions d'euros. » Ce qui n'a rien d'exceptionnel. La dernière saison « hors crise », en 2018-2019, s'était conclue sur un déficit d'exploitation cumulé des trente clubs (Top 14 et Pro D2) de 43 millions d'euros. Et avant l'arrêt des compétitions en mars 2020, le déficit prévisionnel sur l'exercice 2019-2020 était évalué à 54 millions d'euros.

«Nous n'avons aucune visibilité»

Les présidents « mécènes » comme Mohed Altrad (Montpellier), Jacky Lorenzetti (Racing 92) ou Hans-Peter Wild (Stade Français) ont régulièrement comblé des déficits beaucoup plus importants que ceux prévus à la fin de cette saison. « Mais on ne peut pas se satisfaire de cela, souligne Thomas Lombard, le directeur général du club parisien. Même si les aides limitent les pertes, il faudra rembourser le PGE ( NDLR : à partir de 2022 avec possibilité de lisser sur plusieurs saisons ). Et puis, les loges ont été payées en début d'année alors que nous sommes à huis clos. C'est quelque chose que nous devons à nos partenaires. »

Rien d'insurmontable, même si une inquiétude prend forme. « Nous n'avons aucune visibilité, s'inquiète Thomas Lombard. On ne sait pas quand la situation reviendra à la normale, comment réagira le marché à ce moment-là, à quelle hauteur les partenaires et les sponsors auront été impactés. La situation reste très floue. »