«J'aime bien provoquer» : qui est Matthieu Jalibert, l'ouvreur chambreur du XV de France

Le demi d’ouverture de Bordeaux-Bègles sera titulaire contre l’Italie ce samedi (15h15) en l’absence de Romain Ntamack, blessé.

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 Le demi d’ouverture sera associé à Antoine Dupont à la charnière du XV de France samedi contre l’Italie.
Le demi d’ouverture sera associé à Antoine Dupont à la charnière du XV de France samedi contre l’Italie. LP/Arnaud Journois

En un sprint à la dernière minute sur la pelouse de Castres, Matthieu Jalibert a lancé un débat. Pas celui pour déterminer s'il mérite ou non le statut de meilleur ouvreur du Top 14 cette saison. Mais un sur la perte des sacro-saintes et rabâchées valeur du rugby. Ce 13 novembre, donc, le demi d'ouverture de Bordeaux-Bègles s'est levé d'un bond pour aller fêter l'essai de la gagne inscrit dans les arrêts de jeu sur le terrain. Et, sur la route, a mis une tape chambreuse comme il faut à l'arrière tarnais Julien Dumora. La petite provocation a entraîné une bagarre dans l'en-but castrais et a valu au taquineur un rappel à l'ordre du capitaine des Bleus Charles Ollivon à son retour à Marcoussis la semaine suivante.

Rien de très grave dans le fond mais l'histoire a été suffisante pour venir alourdir une réputation de joueur très talentueux, mais un peu trop sûr de lui. « C'est l'image qu'il dégage. Il peut donner cette impression d'être dans la provocation et d'avoir envie de montrer qu'il est le meilleur, reconnaît son ami et partenaire en jeunes en Gironde, Raphaël Lassegnore. Dans les faits, c'est un mec hyper simple, qui ne se prend pas la tête. »

« Il aime bien chambrer, mais ça n'est jamais méchant, rejoint son ancien colocataire et équipier à Bordeaux, Jules Gimbert. Certains font bien pire que lui, et ça ne fait pas autant de bruit. » « Oui, je suis un peu malicieux… J'aime bien provoquer, titiller, chambrer, challenger les gens », reconnaît l'intéressé dans une interview accordée à L'Equipe jeudi. Un entretien où il se défend d'avoir « une mentalité de footeux », ce qui lui a valu un communiqué de protestation de l'Union nationale des footballeurs professionnels.

En attendant, le surdoué de 22 ans va connaître une nouvelle chance de s'illustrer avec l'équipe de France dans le Tournoi après une édition 2020 passée dans l'ombre du titulaire habituel, Romain Ntamack. En l'absence du Toulousain, blessé la mâchoire, Matthieu Jalibert formera la charnière du XV de France avec Antoine Dupont pour le premier match de l'année des Bleus ce samedi (15h15) en Italie. Le staff tricolore, peu friand de l'épisode castrais, attend de revoir le Jalibert appliqué et sûr de ses choix, comme en décembre en Angleterre. Et pas forcément le 10 qui veut parfois trop faire la décision par ses fulgurances.

«Il va tenter des coups, même quand on lui dit de ne pas les tenter»

« Romain Ntamack, c'est le joueur à qui tu donnes un plan de jeu, qui va s'y tenir et gérer parfaitement son match. Matthieu, il est plus dans le plaisir et va tenter des coups même quand on lui dit de ne pas les tenter, décrit leur ancien sélectionneur chez les U20, Thomas Lièvremont. Avec Dupont qui provoque aussi beaucoup balle en main, ça manquera peut-être de quelqu'un pour temporiser. Mais il faut reconnaître qu'offensivement, ça peut faire de grosses différences. »

« Sur une action, il est capable d'un éclair de génie, soutient Jules Gimbert. Il a ce don pour changer le cours d'un match. » « Je l'ai vu traverser le terrain avec les jeunes à Bordeaux, se souvient Raphaël Lassegnore. Mais à côté de ça, il va avoir du mal à être pleinement satisfait de lui-même. Il peut être monstrueux le samedi et ne parler que des mauvais trucs le dimanche. »

A Rome, puis probablement à Dublin dans une semaine s'il ne déçoit pas contre les Transalpins, l'ouvreur a l'occasion d'écrire une nouvelle page d'une histoire en dents de scie avec les Bleus. En février 2018, il s'était grièvement blessé au genou gauche lors de sa première sélection contre l'Irlande et n'avait pas disputé de match officiel pendant un an après une rechute estivale. « Ça l'avait mis au fond du seau, raconte Raphaël Lassegnore. Puis, il s'est battu. » Pas par arrogance, juste par détermination.