Rugby : pourquoi Bernard Laporte est en garde à vue

Le président de la Fédération française et quatre autres personnes, dont l’homme d’affaires Mohed Altrad, ont été placés en garde à vue mardi matin.

 Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby, doit s’expliquer ce mardi à Paris, dans l’enquête sur ses liens avec le groupe Altrad, propriétaire du club de Montpellier et sponsor des Bleus.
Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby, doit s’expliquer ce mardi à Paris, dans l’enquête sur ses liens avec le groupe Altrad, propriétaire du club de Montpellier et sponsor des Bleus. AFP/François Mori

Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby, l'homme d'affaires Mohed Altrad, propriétaire du club de Montpellier, et trois autres personnes (Serge Simon, vice-président de la FFR, Nicolas Hourquet, responsable des relations internationales de la FFR et Claude Atcher, directeur général du comité d'organisation de la Coupe du monde 2023 de rugby) ont été placés en garde à vue mardi matin dans le cadre de l'enquête préliminaire ouverte par le PNF (Parquet national financier) en décembre 2017.

Dans un courrier adressé aux clubs et révélé ce mardi après-midi, Bernard Laporte dénonce une « déstabilisation » et un « calendrier indigne ». Cette garde à vue intervenant alors que l'ancien sélectionneur du XV de France vise une réélection à la tête de la FFR le 3 octobre prochain. Retour sur l'affaire…

Dans son édition du 13 août 2017, le JDD révèle que Bernard Laporte est intervenu en personne auprès de la commission d'appel de la FFR pour qu'elle se penche avec « bienveillance » sur des décisions de la commission de discipline de la Ligue nationale (LNR) concernant le club de Montpellier : l'une liée à des banderoles anti-LNR déployées lors d'un match contre le Racing 92 en avril, l'autre aux suspensions de deux joueurs.

Le 29 juin, la commission d'appel confirme les jugements de la LNR… avant de réduire les peines le lendemain. Montpellier écope notamment d'amendes mais échappe à une suspension de stade. Membre de ladite commission, présidée par Jean-Daniel Simonet, l'avocat parisien Philippe Peyramaure démissionne et pointe un appel de Laporte à Simonet dans la soirée du 29 juin pour influer sur le cours des choses.

Dans nos colonnes, l'ancien secrétaire d'État aux sports justifiera ce coup de fil pour « porter à sa connaissance des événements afin qu'il en tienne compte dans sa décision. » Seul hic, à la même période, Laporte est en quelque sorte l'employé… d'Altrad, le boss du club héraultais.

Quelques mois plus tôt, Altrad Investment Authority a signé un contrat avec BL Communication, société gérée par Laporte, qui lui doit alors quatre interventions sous un an pour un montant de 150 000 euros. Sous la pression, l'ancien manager de Toulon renonce finalement au contrat

Sponsoring et voyages…

Le 23 janvier 2018, de nombreuses perquisitions sont menées simultanément dans les bureaux de la FFR à Marcoussis pendant un rassemblement du XV de France, au domicile parisien de Laporte et chez Altrad. D'autres perquisitions suivront chez Serge Simon et Claude Atcher.

Depuis, la procédure a suivi son cours et les membres de la commission d'appel ont été auditionnés en février 2019. L'avocat de Laporte s'étonne qu'il ait fallu attendre aussi longtemps l'audition de son client et dénonce le timing à quelques jours de l'élection à la présidence de la FFR.

Mais la justice ne s'intéresse pas seulement à ce fameux 29 juin 2017. Elle s'interroge aussi sur l'attribution à Altrad du sponsoring maillot des Bleus pour devenir la première marque à apparaître en tant que soutien de la candidature pour l'organisation du Mondial 2023,

En signant un chèque de 1,5 million d'euros pour huit matchs, l'homme d'affaires a visiblement fait une bonne opération. Le tarif était en effet en deçà des estimations des études de marché et beaucoup plus abordable que pour d'autres partenaires moins bien visibles.

La BRDE (Brigade de répression de la délinquance économique) se pose également des questions sur des voyages effectués par le quatuor Laporte, Simon, Atcher et Hourquet aux frais d'Altrad dans le cadre de la candidature tricolore à l'organisation de la Coupe du monde 2023…