Rugby : les dessous d’une guerre ouverte entre la Fédération et la Ligue

La Fédération française de rugby et la Ligue nationale de rugby, opposées sur la tenue d’un match amical France-Galles samedi 24 octobre, discutent une dernière fois mercredi pour éviter le ridicule.

 Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby, et Paul Goze, président de la Ligue nationale, se déchirent sur les matchs des Bleus.
Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby, et Paul Goze, président de la Ligue nationale, se déchirent sur les matchs des Bleus. LP/Jean-Baptiste Quentin

Au rugby, on se flingue en famille. Pas vraiment à coups de silencieux, mais plutôt dans le style rafales de mitraillette. Un vrai polar, truffé de jeux de pouvoir et de bourses à défendre. Dommage que les dialogues n'aient pas été écrits par Michel Audiard. On aurait ri, au moins. Pas là. Le film noir qui s'étire sous nos yeux vire à la foire d'empoigne, à la cacophonie. Il s'agit d'ailleurs plutôt d'un feuilleton, écornant toujours un peu plus l'image déjà ternie d'un sport qui ne semble plus savoir où il habite.

Ses chefs se crêpent le chignon, comme au temps des pardessus et des gros cigares. D'un côté, Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby (FFR) fraîchement réélu, qui aimerait bien régner sur le domaine tout entier. De l'autre, Paul Goze, le président de la Ligue nationale de rugby (LNR), qui tente d'exister et relaie la parole des patrons des clubs du Top 14, furibonds d'être aussi peu considérés. Ce mercredi 14 octobre, c'est la dernière explication entre eux.

«A-t-on besoin d'un tel match ?»

Résumons les épisodes précédents : les Bleus, qui disputent en novembre et le premier week-end de décembre l'Autumn Nations Cup (compétition qui remplace la tournée européenne des nations du Sud, contraintes de rester chez elles en raison de la pandémie de Covid-19 ), doivent aussi jouer leur dernier match du Tournoi des Six Nations 2020 contre l'Irlande, le 31 octobre. Soit cinq rencontres, auxquelles la FFR, sous l'égide de World Rugby, la fédération internationale, a décidé d'ajouter un match de préparation contre le Pays de Galles, ce samedi 24 octobre, au Stade de France. Le cœur du problème.

Tous les présidents du Top 14, excepté celui de Montpellier, Mohed Altrad, également sponsor du XV de France, refusent en effet de libérer leurs joueurs pour ce match-là. Alors que la convention signée entre la Fédération et la Ligue ne vaut que pour trois rencontres en novembre, ils ont accepté d'aller jusqu'à cinq. Pas plus. Ils se disent étranglés par la crise.

« A-t-on besoin d'un tel match ? interroge Didier Lacroix, le président toulousain. Chaque fois que l'équipe de France joue le Tournoi, en règle générale, il n'y a pas de rencontre de préparation. »

Les sacro-saintes valeurs du rugby enterrées

Bernard Lemaître, son homologue de Toulon, envisage même que Charles Ollivon, le capitaine des Bleus, soit absent contre les Gallois. Bernard Laporte, évoquant l'importance des droits TV, a menacé de représailles les clubs et les joueurs qui ne se plieraient pas à la volonté fédérale…Le ton est monté. Des deux côtés, les avocats se sont plongés dans les textes.

Le Conseil d'Etat s'est, lui, jugé incompétent en la circonstance et a renvoyé tout ce petit monde à des négociations. D'où cette réunion de la dernière chance. L'un des deux camps devra céder. Mais le mal est fait. La guerre entre les deux institutions a éclaté au grand jour, les intérêts opposés des uns et des autres aussi, et les sacro-saintes valeurs du rugby, si elles ont vraiment existé un jour, ont bel et bien volé en éclats.