Rugby : «Je suis un privilégié», reconnaît Juan Imhoff, l’ailier du Racing 92

L’Argentin de 32 ans des Ciel et Blanc Juan Imhoff, ami d’anciens footballeurs du PSG, évoque son parcours de vie avant de défier les Saracens ce samedi en demi-finale de Coupe d’Europe.

 Juan Imhoff a déjà inscrit un total de 62 essais en Top 14 dont le dernier contre Montpellier, le 11 septembre.
Juan Imhoff a déjà inscrit un total de 62 essais en Top 14 dont le dernier contre Montpellier, le 11 septembre. LP/Icon Sport/Sandra Ruhaut

Il n'a pas de fresque à son effigie à Rosario comme Lionel Messi, l'idole qui est née aussi dans la troisième plus grande ville d'Argentine. Il n'a pas non plus la cote de popularité d'Angel Di Maria, originaire également de cette cité de la province de Santa Fe et avec qui il échange parfois. Mais la réputation de Juan Imhoff n'est plus à faire.

L'ailier international de 32 ans, qui sera l'un des principaux atouts du Racing 92 contre les Saracens ce samedi (14 heures, Paris-La Défense Arena) en demi-finale de la Coupe d'Europe, a déjà passé la barre des 100 essais durant sa carrière. Dont 61 à ce jour en Top 14, occupant ainsi le 9e rang des meilleurs marqueurs du Championnat de France.

Il y a aussi le Bouclier de Brennus que Juan Imhoff a décroché avec les Ciel et Blanc en 2016. Ou encore ses 35 sélections avec les Pumas, surnom des joueurs de l'équipe argentine qui est « toujours dans un coin de [sa] tête », même s'il n'a pas été retenu pour la dernière Coupe du monde en 2019 au Japon.

« Dans la vie, on n'arrive à rien tout seul »

« Je suis un privilégié, assure-t-il. J'ai eu beaucoup de chance d'avoir la famille que j'ai eue, mon épouse (Natacha) m'accompagne aussi aujourd'hui alors que ce n'est pas très drôle de manger tous les jours du poisson avec du riz complet et des légumes (sourire). Dans la vie, on n'arrive à rien tout seul. J'ai vécu des choses que je veux garder dans mon cœur, les faire partager plus tard avec mes fils, mes petits-fils. Des souvenirs de fous… »

Comme le 8 août 2015, à Durban, en Afrique du Sud. Les Pumas signent un succès historique (37-25) contre les Boks grâce notamment à un certain… Juan Imhoff. « On fêtait les 50 ans de l'équipe nationale, j'ai marqué trois essais mais il y avait surtout mon père dans les tribunes. A chaque fois que j'en parle, j'ai un peu les larmes aux yeux », confie l'avant-dernier d'une fratrie de six enfants (4 garçons, 2 filles) qui voue une admiration sans bornes pour son patriarche. C'est ce dernier, José Luis, ex-international et sélectionneur argentin, toujours cardiologue à 79 ans, qui a logiquement donné le virus du rugby à Juanito. Un enfant qui détestait perdre et avait des rêves plein la tête.

« Son papa, un Monsieur, m'a donné mes premières sélections en 1996 et je me souviens qu'un gamin venait ramasser les ballons quand on s'entraînait, c'était Juan, raconte Gonzalo Quesada, son compatriote et ancien coach de retour au Stade Français. Je l'ai revu en 2011, au Racing, il avait signé avant moi, arrivait du club argentin de Duendes. J'ai découvert une pépite prête encore à s'améliorer, un type droit, travailleur, généreux, discipliné, très drôle également. Il ne voulait pas seulement devenir un joueur professionnel mais aussi quelqu'un au club. C'est impressionnant ce qu'il a réussi. On vit le rugby de la même façon, avec beaucoup de passion donc on peut vite nous prendre pour des fous. »

« Avec la naissance de mon fils, je ne vois plus les choses de la même manière »

L'arrivée de Bastian, 1 an, a néanmoins changé quelque peu l'ordre des priorités pour l'un des admirateurs de Marcelo Bielsa (l'ancien coach de l'OM, aujourd'hui à Leeds) « pour sa manière de voir les choses et son investissement dans le sport. » « Joe Rokocoko, un joueur exceptionnel avec qui j'ai évolué, m'a dit une fois : Le jour où tu pourras décrocher un peu du rugby, profiter de l'amour de ceux qui t'entourent, tu deviendras meilleur. Avec la naissance de mon fils, je ne vois plus les choses de la même manière même si ma motivation reste intacte », déclare Juan, ami de Giovani Lo Celso, Ezequiel Lavezzi et Javier Pastore, anciens Argentins du PSG, avec lesquels il passe parfois du bon temps autour d'un barbecue proche de Paris. Là, où il voit son avenir.

« J'ai d'ailleurs fait la demande, avant le confinement, pour obtenir la nationalité française et ça a été accepté, indique-t-il. J'aime mon pays mais la réalité est que c'est très compliqué de se projeter en Argentine (NDLR : vu la situation économique). Et, aujourd'hui, ma deuxième maison, c'est la France. »