AbonnésSportsRugby

Rugby et mesures anti-Covid : «On est à deux doigts de la catastrophe», s’alarme Lombard

Le directeur général du Stade Français monte au créneau avant le premier match à domicile cette saison, programmé ce vendredi soir en Top 14. Le stade Jean-Bouin ne pourra accueillir que 1000 personnes en raison d’une mesure préfectorale.

 « On a du mal à comprendre pourquoi on ne peut pas accueillir plus de 1000 personnes dans un stade de 20 000 places », regrette Thomas Lombard.
« On a du mal à comprendre pourquoi on ne peut pas accueillir plus de 1000 personnes dans un stade de 20 000 places », regrette Thomas Lombard.  LP/Guillaume Georges

Le Stade Français se faisait une joie de retrouver son public ce vendredi soir (20h45) contre Bayonne au stade Jean-Bouin. D'autant qu'après un dernier exercice à oublier, cette saison ne pouvait pas mieux commencer, avec un succès à Castres (16-22) et Gonzalo Quesada de retour aux manettes en tant qu'entraîneur principal. Mais la jauge de 1000 personnes, imposée pour lutter contre la propagation du Covid-19, a tout changé. Thomas Lombard, le directeur général du club parisien, le déplore et secoue le chiffon rouge en alertant sur la situation préoccupante du rugby français.

Pour sa première à domicile, le Stade Français jouera devant 1000 personnes. On vous sent agacé ?

THOMAS LOMBARD. On est déjà dans une situation économique proche de l'étranglement et de l'arrêt respiratoire alors… Jusqu'à l'annonce de cette jauge, on avait dit à nos supporters qui ont besoin de revenir au stade après plus de six mois d'absence de match à Jean-Bouin : « Patientez, on va se retrouver et arriver à faire quelque chose ensemble. » Et patatras, tout vole en éclats.

Mais cette restriction est une question de santé publique…

On est d'accord mais on a du mal à comprendre pourquoi on ne peut pas accueillir plus de 1000 personnes dans un stade de 20 000 places en respectant les sécurités sanitaires. J'ai proposé à la préfecture qu'un siège soit inoccupé devant, derrière, et de chaque côté d'un spectateur. Ça nous permettait de monter à 4500 et de proposer un fonctionnement un peu plus rugby, dans l'esprit sportif. Je comprends les intérêts et les besoins de tout le monde mais, objectivement, on est peut-être plus en sécurité dans un stade en extérieur, avec ce que je préconisais, que dans d'autres endroits où l'on mange avec une réelle proximité et sans masque.

Comment allez-vous répartir les 1000 places ?

De la manière la plus incompréhensible possible pour les supporters historiques. C'est celle de privilégier ceux qui nous ramènent le plus de business puisqu'on est à deux doigts de la catastrophe, économiquement parlant. On a besoin d'aller chercher des rentrées (NDLR : d'argent) et ceux qui nous en apportent de façon conséquente, ce sont les gens qui sont dans les hospitalités (NDLR : avec prestations) et ont des loges. On est obligé d'arbitrer en fonction de la donnée économique, on n'est pas les seuls à le faire mais tout ça est absolument insupportable à gérer et pose vraiment question. Le propre du sport est de permettre aux gens de se réunir, de partager un moment de convivialité, autour d'une équipe. Ce n'est pas ça !

Mis à part les partenaires, il n'y aura pas d'autre public dans les tribunes…

Si. Chacune des six associations de supporters gérera la vingtaine de places mise à leur disposition, avec des recommandations de rotation si la situation devait perdurer. Beaucoup ont fait des sacrifices la saison dernière en abandonnant des possibilités de remboursement pour soutenir le club. Aujourd'hui, on est obligé de leur dire : « Vous vous réengagez et on vous en remercie mais on est désolés pour cette première à Jean-Bouin. » On n'a vraiment pas le choix.

Vous parliez d'une situation économique proche de l'étranglement. Le Stade Français se porte aussi mal malgré son propriétaire milliardaire Hans-Peter Wild ?

Le soutien permanent du propriétaire depuis le début de la crise, et même depuis qu'il a repris le Stade Français, existe. Mais un modèle qui perd de l'argent ne permet pas d'avoir une visibilité, il est à remettre en question. Ce n'est pas rationnel de dire qu'un mécène va éponger les dettes tous les mois jusqu'à la fin de la crise. Il faut qu'il y ait un peu de flexibilité qui soit envisagée et des solutions qui soient données.

Quelles sont-elles selon vous ?

Un retour à la normale si la situation sanitaire le permet ou des jauges acceptables. Il y a un certain nombre de questions qui sont soulevées par des gens ou autour du gouvernement pour une proportionnalité de la jauge en fonction de la capacité totale du stade. Par exemple, sur un stade de 30 000 places, on peut quand même se dire qu'il est possible d'accueillir entre 10 et 15 000 personnes en respectant les mesures barrière de tous les jours.

Le rugby français est réellement en danger aujourd'hui ?

Le gouvernement a su trouver des aides. Le rugby a su, lui aussi, se mobiliser en mettant à contribution toutes les parties prenantes : les joueurs ont fait des efforts de réduction de salaires, les administratifs également… Mais regardons la situation en face. Depuis le 1er mars, si je prends l'exemple du Stade Français, il n'y a pas un euro qui est entré dans les caisses. Contrairement à d'autres secteurs d'activité, on ne peut plus bénéficier des mesures gouvernementales toujours en vigueur. Comme le chômage partiel car les joueurs s'entraînent tous les jours et jouent le week-end, les salariés au boulot. Fini aussi les exonérations de charges. Il n'y a pas non plus de fonds qui a été débloqué pour le sport professionnel en général. Et les jours passent… Il y va de la survie du deuxième sport en termes de popularité derrière le football, qui a un ancrage dans les territoires. Une Coupe du monde arrive en 2023 (NDLR : en France) et il est important de la préparer. Sans parler de l'économie globale que génère le rugby français, avec beaucoup, beaucoup d'emplois.