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Racing 92 : «J’ai manqué d’humilité», confie le président Lorenzetti

Conflit avec la Fédération française, nouvelles mesures sanitaires, préparation de la finale de la Coupe d’Europe samedi… Le président francilien revient sur les sujets brûlants qui impactent son club.

 « Une victoire en finale de la Coupe d’Europe serait la concrétisation de quatorze ans d’efforts », affirme le président du Racing Jacky Lorenzetti.
« Une victoire en finale de la Coupe d’Europe serait la concrétisation de quatorze ans d’efforts », affirme le président du Racing Jacky Lorenzetti. Icon Sport/Dave Winter

Impossible de profiter du lieu ni du moment. Jacky Lorenzetti n'a pas pu partir à Porto-Vecchio, en Corse, où il a une maison, rejoindre son équipe qui prépare cette semaine à l'abri des regards et du virus la finale de la Coupe d'Europe ce samedi à Bristol en Angleterre contre Exeter.

Le président du Racing 92 est resté chez lui pour gérer ses affaires, touchées par la crise liée à la pandémie et pour mener le combat, avec ses homologues du Top 14 représentés par la Ligue nationale, contre la Fédération française. Cette dernière a en effet fixé six dates pour les matchs du XV de France cet automne, privant les équipes de leurs internationaux pendant six semaines.

Vers la fin de la guerre Fédération-Ligue

« On devrait finir par trouver une solution (NDLR : un accord devrait intervenir ce jeudi). Il ne faut pas de gagnant, ni la Fédération ni la Ligue. Les clubs ont fait beaucoup d'efforts. La convention qui nous lie porte sur la libération de nos internationaux pour trois matchs en automne. Vu le contexte dû à la crise liée au coronavirus, nous avons accepté d'aller jusqu'à cinq, mais, même si nous sommes supporters de l'équipe de France, nous ne pouvons pas perdre nos meilleurs joueurs sur une période trop longue sous peine de nous mettre en péril (NDLR : les internationaux devraient finalement être libérés pour six rencontres face aux Gallois, le 24 octobre, aux Irlandais, le 31, puis les quatre matchs de l'Autumn Nations Cup, avec l'assurance qu'aucun Tricolore ne les dispute toutes). »

L'impact des mesures sanitaires

« Financièrement, c'est très difficile pour le Racing mais ça l'est encore plus pour Paris-La Défense Arena. Les joueurs ont consenti des efforts salariaux, 80 % des employés de la salle sont en chômage partiel depuis le début du confinement en mars dernier. Là, il va y avoir un couvre-feu. Cela ne va pas arranger les choses. J'entends tellement d'experts qui savent tout soi-disant et, en fait, c'est l'ignorance qui prévaut. Personnellement, j'aurais préféré qu'on laisse vivre normalement les gens qui sont sains et en bonne santé et que l'on s'occupe uniquement des malades et des personnes fragiles. Mais, bon, il ne sert à rien de se lamenter. Il faut faire avec les mesures qui sont prises. La chance du Top 14, c'est que beaucoup de clubs sont aux mains de chefs d'entreprise qui peuvent courber l'échine. Sinon, ils seraient en grand danger. Ce qui pourrait nous aider maintenant, c'est la création d'une Coupe du monde des clubs tous les quatre ans, regroupant les huit meilleurs de l'hémisphère Nord et les huit meilleurs de l'hémisphère Sud. Elle remplacerait la Coupe d'Europe cette saison-là. Elle générerait des droits télé importants. Il faut tendre vers cela. »

Le voyage en Corse

« Les joueurs et le staff sont allés s'isoler cette semaine en Corse à Porto-Vecchio où la situation sanitaire est bien meilleure. J'aime cette région, nous y avons été accueillis chaleureusement. Nous avons privatisé un hôtel, qui a fermé pendant deux jours le temps de tout désinfecter, puis a rouvert juste pour nous. Nous avons un terrain et les installations nécessaires à notre disposition. Le groupe va passer d'une bulle à l'autre en rejoignant l'Angleterre directement. Tous les joueurs ont été testés négatifs ce mercredi matin. J'ai aussi passé un test. J'attends les résultats. J'espère que ce sera bon et que je pourrai faire le voyage. »

La finale de la Coupe d'Europe

« J'espère que ce sera la bonne. C'est notre troisième finale européenne (NDLR : défaites en 2016 contre les Saracens et en 2018 contre le Leinster). Nous sommes la seule équipe du Top 14 à avoir participé à toutes les phases finales depuis que nous avons retrouvé l'élite en 2009. Nous avons été champions de France à Barcelone (2016). Mais je dois l'avouer, quand je suis arrivé au club, que je l'ai repris (NDLR : en 2006), j'ai manqué d'humilité. Je pensais que le rugby était plus facile que cela et que l'on gagnerait des titres plus rapidement. Quand je me retourne sur les quatorze années qui se sont écoulées, il y a eu des grands moments et d'autres très durs, comme la fusion ratée avec le Stade Français. Mais je suis satisfait de ce que nous avons construit, en termes de structures, de formation. Il y avait quatorze joueurs issus du club la semaine dernière contre le Stade toulousain. Une victoire serait la concrétisation de quatorze ans d'efforts. »