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Mort de Christophe Dominici : sa dernière blessure, la reprise avortée du club de Béziers

L’ancien international du XV de France, décédé mardi en chutant d’un toit dans le Parc de Saint-Cloud, avait été marqué par l’échec, cet été, de la rocambolesque reprise du club de Béziers en Pro D 2.

 «J’ai mis tout mon cœur et toute mon âme dans ce projet», confiait Christophe Dominici en juin dernier.
«J’ai mis tout mon cœur et toute mon âme dans ce projet», confiait Christophe Dominici en juin dernier. LP/Frédéric Dugit

Christophe Dominici n'allait pas bien. Tous ceux qui l'ont croisé ou approché ces derniers jours disent à peu près la même chose. L'ancien ailier des Bleus (67 sélections), décédé tragiquement mardi à 48 ans, avait l'air morose. Il paraissait renfermé, peu enclin aux discussions ou bavardages, loin de ses habitudes. Comme s'il s'était réfugié dans son monde intérieur où il menait un combat perpétuel avec sa blessure d'enfance. D'ailleurs, il ne répondait pratiquement plus au téléphone. L'enquête dira s'il s'est jeté volontairement du toit d'un bâtiment désaffecté de la caserne Sully dans le Parc de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) ou s'il s'agissait d'un accident, mais son mal-être ne faisait aucun doute depuis quelques semaines.

Un homme blessé qui a vu resurgir les signes de la dépression, celle qui le cueillait dès qu'il baissait la garde, et le renvoyait aux souvenirs effroyables du drame de son adolescence, la disparition brutale de sa grande sœur Pascale dans un accident de la route, alors qu'il avait 14 ans.

Sa dernière cicatrice, encore à vif, s'est creusée du côté de Béziers, dans l'Hérault, lors de la rocambolesque affaire de reprise du club de rugby local, pensionnaire de Pro D 2, dans laquelle il a laissé beaucoup de plumes. « Il avait été profondément marqué par les différents commentaires et jugements prononcés à son encontre à ce sujet, a réagi dans nos colonnes Thomas Lombard, le directeur général du Stade Français, son ami. Il était en train d'essayer de se reconstruire. Christophe, c'était un gagneur, quelqu'un qui méritait beaucoup plus de respect que celui qu'on lui a accordé pendant cette période-là. D'autant qu'il a fait les choses avec cœur et convictions, comme toujours. »

«Le mec m'a séduit en une heure»

Que s'est-il donc passé à Béziers? Un feuilleton où les dettes, les intérêts locaux, les luttes de pouvoir et les dossiers mal ficelés ont fini en éclats de voix. Résumons. Nous sommes en février. Le club va mal financièrement et espère un repreneur. Parallèlement, Yannick Pons, l'associé de Christophe Dominici, fait la connaissance du franco-émirati Samir Ben Romdhane, à la tête d'une société de matières premières, Sotaco. Il est d'abord question d'achat de vignobles dans l'Hérault, puis le sujet du rugby est évoqué et l'investisseur se montre enthousiaste. « Le mec m'a séduit en une heure », nous avait raconté Dominici.

Une rencontre est organisée avec le maire de Béziers Robert Ménard. Ce dernier se montre conquis par le projet. Il en devient le premier supporter. Christophe Dominici passe ses jours et ses nuits au téléphone, attire Rodrigo Roncero, Juan-Martin Hernandez et Frédéric Michalak pour manager l'équipe, et prévoit le recrutement de stars de l'hémisphère Sud, dont le All Black Ma'a Nonu.

En interne, on grince des dents. Un projet concurrent voit le jour avec notamment l'ancien président du Stade toulousain René Bouscatel. Les rebondissements se multiplient jusqu'à ce que la DNACG, le gendarme financier du rugby tricolore, juge les garanties apportées par le groupe émirati peu convaincantes. Le temps s'étire. Le 23 juin, Dominici tient une conférence de presse devant le stade Raoul-Barrière : « J'ai mis tout mon cœur et toute mon âme dans ce projet. Nous avons été confrontés à de l'injustice, des coups bas, de la médisance. » Il veut continuer la lutte. Un nouveau délai est imposé par la DNACG.

Il coupe les ponts avec la plupart de ses proches

Samir Ben Romdhane se retire. Christophe Dominici est assommé. Début juillet, il perd ses nerfs en volant un chapeau dans une boutique de Sanary-sur-Mer, dans le Var, et en bousculant une vendeuse. Il coupe les ponts avec la plupart de ses proches. Du jour au lendemain, Rodrigo Roncero ou Frédéric Michalak n'ont plus aucune nouvelle de lui alors qu'il les appelait plusieurs fois par jour.

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Et Robert Ménard, lui, change de ton et charge l'ancien joueur : « En faisant croire des choses dont il n'avait pas le début d'une preuve, Monsieur Dominici a fait un mal terrible à ce club et à cette ville… Il n'est plus le bienvenu dans cette mairie […] Il fut un immense joueur de rugby mais il aurait dû s'en tenir à cette réputation-là ». Le maire de Béziers est revenu sur ses propos après la mort de l'ancien ailier du Stade Français. « C'était un garçon attachant, a-t-il déclaré. Quelqu'un de compliqué, avec un mal-être. Il a représenté des gens qui nous ont menti et qui lui ont peut-être menti à lui. On va oublier ça et retenir que c'était un garçon qui pouvait séduire ou exaspérer, mais qui ne laissait personne indifférent. »