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Exeter-Racing 92 : Laurent Travers, du milieu bancaire au toit de l’Europe ?

Le manager du Racing 92 pourrait devenir le premier Français à remporter la Coupe d’Europe en tant que joueur et entraîneur en cas de succès contre les Anglais d’Exeter ce samedi. Après avoir mené une carrière dans le milieu bancaire.

 Entraîneur du Racing 92 depuis 2013, Laurent Travers fait face au défi le plus excitant de sa carrière.
Entraîneur du Racing 92 depuis 2013, Laurent Travers fait face au défi le plus excitant de sa carrière. Icon Sport/Sandra Ruhaut

Sarlat et son vieux quartier médiéval où il aime flâner, sa fête de la truffe où il se rend parfois pour le plaisir des papilles… Laurent Travers pourrait parler pendant des heures de sa terre natale du Périgord qu'il chérit tant. Au point d'y avoir gardé une maison secondaire car « c'est le bien-être à tout point de vue, mes attaches sont là-bas, mes deux sœurs et mon frère y habitent encore. »

A Sarlat, comme au Racing, le manager, qui dispute ce samedi (17 h45) une troisième finale de Coupe d'Europe contre le club anglais d'Exeter à Bristol, est toujours appelé Toto. Le sobriquet que son oncle Fernand lui avait trouvé « parce que j'avais tendance à faire rire tout le monde par mes bêtises jeune. » On le considère aussi comme un exemple de réussite, « la preuve vivante que tout le monde peut y arriver avec le travail et la persévérance, quand on s'en donne les moyens », comme le dit sa femme Christelle qu'il a rencontrée au lycée Pré-de-Cordy de… Sarlat.

Il a dirigé douze agences du Crédit Agricole

Rien n'était écrit d'avance, comme une évidence, pour ce fils d'un artisan menuisier charpentier couvreur et d'une employée communale qui fêtera ses 52 ans mercredi prochain. Il y a une trentaine d'années, celui-ci alliait rugby comme joueur à Brive et vie professionnelle dans le milieu bancaire, jusqu'à diriger douze agences du Crédit Agricole. « Il faisait deux allers-retours par jour, avec trois quarts d'heure de route à chaque fois depuis Sarlat, je me souviens de ses mini-siestes après l'entraînement du matin dans sa bagnole avant de repartir au boulot, confie Didier Casadéi, son ancien coéquipier et ami. En 1995-1996, Toto était remplaçant au poste de talonneur, derrière Moscato. Il a sûrement été déçu par moments, aurait pu se dire : allez, je mets le rugby un peu de côté. Certains auraient baissé les bras à sa place mais lui n'a jamais rechigné, a fermé sa gueule, et la roue a tourné en sa faveur. Il est devenu champion d'Europe en 1997 (NDLR : en tant que titulaire contre les Anglais de Leicester). »

« Le rugby, que j’ai commencé à 5 ans, coule dans mes veines depuis tout le temps », confie Laurent Travers./LP/ Frédéric Dugit
« Le rugby, que j’ai commencé à 5 ans, coule dans mes veines depuis tout le temps », confie Laurent Travers./LP/ Frédéric Dugit  

Trois ans plus tard, le Périgourdin met fin à sa carrière, et décide de s'investir à 100 % dans l'ovalie, devenant entraîneur des espoirs brivistes. « Le rugby, que j'ai commencé à 5 ans, coule dans mes veines depuis tout le temps. Je me suis vraiment épanoui dans le secteur bancaire mais ma passion a pris le dessus, et j'ai sauté le pas, sachant que j'avais toujours eu cette conviction de vouloir entraîner. J'avais d'ailleurs passé mes diplômes quand j'étais joueur », explique celui qui va rapidement connaître ses heures de gloire.

Après Clermont (2001-2003), il forme un binôme gagnant avec Laurent Labit à Montauban (champion de Pro D2 en 2006), Castres (champion de Top 14 en 2013) puis au Racing en décrochant le Bouclier de Brennus en 2016, trois ans après son arrivée. Samedi, Laurent Travers, seul aux commandes des Ciel et Blanc après le départ au goût amer de son acolyte Labit pour le XV de France en 2019, pourrait devenir le premier Français à remporter la Coupe d'Europe en tant que joueur et entraîneur.

«Il ne pensait pas réaliser tout ce chemin, il s'en émerveille encore»

« Le plus important est que le club puisse être champion d'Europe, coupe-t-il. Quand on obtient quelque chose, ce n'est jamais seul. Ma réussite n'est pas la mienne uniquement mais celle de tous ceux qui m'ont toujours soutenu : mes amis, ma famille, mon épouse qui a toujours été présente même dans les moments difficiles. Elle a fait le choix d'arrêter de travailler pour pouvoir m'accompagner dans ma carrière professionnelle. » Mais pour Christelle, 51 ans, salariée d'une compagnie d'assurances jusqu'en 2009, c'est de l'histoire ancienne. « Je m'y suis très bien accommodée, c'était un confort pour toute la famille », sourit celle qui s'est mariée avec Laurent en 2016, après… 25 ans de vie commune.

« On trouvait que c'était bien que nos enfants (Carla et Max, 24 et 21 ans aujourd'hui) nous apportent les alliances, qu'ils puissent vivre cette union parce qu'on a construit avec eux », précise ce dernier qui érige le partage comme principe fondamental. « C'est quelqu'un de généreux, fédérateur, exigeant mais juste en toute sincérité, il aurait tendance à s'emporter assez vite mais regrette aussitôt, poursuit Christelle. Depuis le début, il ne pensait pas réaliser tout ce chemin, il s'en émerveille encore… » « Laurent travaille du matin au soir pour le rugby, il est capable de regarder plusieurs matchs chez lui, même de Pro D 2, glisse Didier Casadéi. C'est aussi l'humilité, la remise en question, l'ambition… Et je vous parle avec la plus grande honnêteté. Il n'a jamais marché sur personne non plus, il s'est fait à la force du poignet ! »