Décès de Christophe Dominici : « Je l’aimais tellement ! », pleure Bernard Laporte

Le monde de rugby et ses anciens partenaires sont sous le choc après la disparition du joueur.

 L’ancien ailier du XV de France et du Stade Français Christophe Dominici est mort brutalement ce mardi à l’âge de 48 ans.
L’ancien ailier du XV de France et du Stade Français Christophe Dominici est mort brutalement ce mardi à l’âge de 48 ans. LP/Matthieu de Martignac

Quelques heures après l'annonce du décès de Christophe Dominici à l'âge de 48 ans, ses ex-partenaires nous ont confié leur très grande émotion. Celui qu'ils appelaient tous « Domi » n'était pas le plus grand en taille mais il avait su compenser avec une technique et une vitesse d'exécution au-dessus de la moyenne. Il avait su fédérer autour de lui un vrai capital sympathie comme en témoignent les réactions recueillies ce mardi. Même si tous connaissaient sa fragilité.

Bernard Laporte était en route pour le stade Jean-Bouin afin de retrouver notamment Thomas Lombard, le manageur général du Stade Français, pour en savoir plus sur les circonstances du décès de Christophe Dominici, lorsque nous l'avons joint. En larmes, le président de la Fédération française et ancien sélectionneur du XV de France (1999-2007) a d'abord pensé à la femme de l'ancien joueur et à ses deux filles. Il a ensuite glissé quelques mots : « Je m'exprimerai peut-être plus longuement dans la soirée dans le cadre du point presse du XV de France. Même si c'est dur, je me dois de lui rendre hommage. Mais ça va être dur, sincèrement. Je l'aimais tellement ! Quel con alors… Je l'ai eu la semaine dernière au téléphone. Je l'avais souvent Christophe… C'est comme ça… »

Fabien Galthié et Raphaël Ibanez, sélectionneur et manager des Bleus. Alors qu'ils n'étaient pas prévus pour le point presse de l'équipe de France, à quatre jours du match contre l'Italie pour la Coupe d'Automne des nations, Raphaël Ibanez et Fabien Galthié ont débarqué en début de soirée dans l'auditorium du centre national de Marcoussis (Essonne). Le manager des Bleus a d'ailleurs pris la parole avec un ton grave, d'une voix pleine d'émotions : « Nous sommes venus vous parler de Christophe. Nous étions en séance de travail cet après-midi quand Bernard Laporte nous a informés de cette terrible nouvelle. Christophe était une légende de notre sport, il a porté le maillot bleu avec tellement d'énergie et de passion. Christophe, c'était surtout un ami avec lequel on a vécu de grandes et belles émotions sur le terrain et en équipe. » Le sélectionneur Fabien Galthié a ensuite prononcé quelques mots, la gorge serrée, à la limite des larmes : « Nous pensons forcément à sa famille, à tous ceux qui aiment notre sport et samedi, nous tâcherons de lui rendre hommage. »

Philippe Bernat-Salles, ancien international (41 sélections) : « On n'a jamais joué sous le même maillot en club, mais on a partagé de beaux moments pendant 5-6 ans en sélection. Ensemble, on a gagné un tournoi et fait cette fameuse finale de Coupe du monde en 1999. Je me souviens d'ailleurs d'un énorme fou rire après la demie face aux Blacks. Dans l'euphorie de la victoire, on est allé faire un tour dans leur vestiaire pour échanger les maillots. En franchissant la porte, on s'est rendu compte qu'un truc n'allait pas. Du haut de nos 77 kg (moi) et 78 kg (Christophe), torses nus à côté des Lomu et des autres monstres, on s'est dit qu'il y avait un truc qui n'allait pas… On s'est regardé et sans se parler on est ressortis, pliés de rire, pour aller mettre un t-shirt avant de revenir faire l'échange. Christophe était un type généreux dans la vie comme sur le terrain, un mec entier qui n'avait peur de rien. En club, j'ai toujours dit que je préférais affronter un mec de 1,90 m et 100 kg que jouer contre Dominici. Face à un gros, tu savais à quoi t'attendre : tu le prenais dans la gueule, point. Christophe, lui, il pouvait tout te faire. C'est incroyable, ça fait chier qu'un génie du rugby comme lui disparaisse. »

Stéphane Glas, ancien partenaire au Stade Français et équipe de France (37 sélections) : « Je suis sous le choc. J'ai d'abord une grosse pensée pour sa compagne (Loretta) et ses deux filles (Chiara et Mia). Et aussi pour ses parents qui avaient eu la grande douleur de perdre leur fille, la sœur de Domi, dans un accident de voiture. J'étais à ses côtés en 1998 pour sa première sélection en équipe de France contre l'Angleterre. Le premier match au Stade de France de l'histoire du Tournoi des Six Nations. Christophe avait marqué un essai venu d'ailleurs. C'est un moment gravé dans ma mémoire car j'avais partagé la chambre avec lui toute la semaine avant la rencontre. Sur un terrain, il incarnait le refus de la défaite, la rage de vaincre. Malgré son petit gabarit, il compensait avec une volonté hors du commun. En dehors des terrains, il était attachant mais on l'avait senti très marqué par le décès de sa sœur. Il était parfois sur un fil. Quand on le croisait, on passait toujours un bon moment à ses côtés. »

Christophe Lamaison, ancien partenaire en équipe de France (37 sélections) : « C'est un mec qui aimait déconner, être avec ses potes. C'était le farceur du groupe, le mec du Sud qui aime être au centre de l'attention. Il ne faut pas que retenir la demi-finale contre les Blacks de sa carrière de joueur. Pour moi, c'était le gars qui détonnait avec son physique atypique dans un rugby qui voulait de plus en plus de gros gabarits. Sa vitesse et son tempérament lui ont permis de se retrouver dans des situations extraordinaires sur le terrain. Comme contre la Nouvelle-Zélande, avec ce fameux rebond… Ça, c'était vraiment du Domi. »

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Abdelatif Benazzi, ancien international (78 sélections) : « C'était un homme d'une sensibilité exceptionnelle, on ne savait pas qu'il avait une telle souffrance qui a pu motiver son geste. Les gens voient un monstre de rugby, mais il avait ses fragilités, comme on l'avait constaté lors de sa dépression. Il était sensible et fragile. Mais sur le terrain, il avait un comportement de gagneur. Tu pouvais compter sur lui en dehors du terrain. »

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Son club du Stade Français où il a évolué de 1997 à 2008 : « C'est avec une immense tristesse et un profond déchirement que le Stade Français Paris apprend la disparition de Christophe Dominici. Durant les 11 années passées sous nos couleurs, Christophe aura, grâce à son incroyable talent et sa classe, grandement contribué à écrire la légende du club. International à 65 reprises, ses exploits sous le maillot bleu auront ébloui des milliers de jeunes rugbymen et permis à l'Equipe de France d'écrire parmi les plus belles pages de son histoire. Génie du rugby et compagnon hors pair, il laisse un grand vide dans notre grande famille. Nos pensées vont à sa famille, sa compagne Loretta, ses filles Chiara et Mia. »

Serge Simon, champion de France 1998 avec le Stade Français à ses côtés, aujourd'hui vice-président de la Fédération : « C'est inacceptable quoi ! Je pense à sa famille évidemment en premier. Mais ce qu'il nous a fait là, c'est terrible. Oui, on savait bien sûr sa fragilité. Oui on savait ça. Mais à côté de ça, c'était un garçon aussi lumineux, solaire. Tous ceux qui l'ont connu peuvent le dire : c'était un soleil Domi. Il avait cette fragilité mais il avait ça aussi qui faisait que quand on se retrouvait, c'était toujours des moments extraordinaires. C'est ça qui vient de nous être arraché. Et le rugby français perd une légende, une étoile.

Domi, c'est la demi-finale de 99. Au milieu des montagnes tu as ce feu follet qui passe quasiment entre les jambes ! C'est un film ! Mais c'était la réalité. Celle d'un type qui sentait tellement bien le rugby, qui avait de telles pattes, un tel crochet qu'il a foutu tout le monde par terre ! Lomu et les autres, il les a complètement écartelés ! Le rugby de Domi, c'était ça.

C'est vrai aussi qu'il est le symbole de cette renaissance du Stade Français de 1998. Quand on s'est retrouvé dans cette aventure improbable, avec un guide qui s'appelait Max (Guazzini)… Cette rencontre a créé une histoire et des liens assez incroyables jusqu'à se réunir pour les 20 ans du titre. Ce qui nous emporte tous ce soir, c'est ce mélange de dévastation, de colère… J'aurais envie de lui filer des tartes s'il était là… »

Émile Ntamack, ancien international (46 sélections) : « Je garderai comme souvenir de lui le joueur ô combien talentueux qu'il était et avec qui j'ai disputé la Coupe du monde en 1999. Forcément, quand on pense à lui, son fameux essai contre la Nouvelle-Zélande en demi-finale cette année-là. À ce moment du match, on était sur une phase d'euphorie où tout nous réussissait. Il y a ce coup de pied et ce ballon qui rebondit. Lui, il fonce dessus comme un âne, il doit être le seul à croire qu'il peut l'avoir. On voit surgir cette petite tête blonde au milieu des All Blacks. Quand il attrape le ballon, je sais que c'est bon et qu'il va au bout. Sur ce match, il avait été royal. »