AbonnésSportsRugby

Coupe d’Europe de rugby : pourquoi le rêve du Racing s’est encore envolé

A cause d’une entame complètement ratée contre Exeter et de la faillite de ses cadres, le club francilien voit son destin européen lui filer entre les doigts pour la troisième fois. Autopsie d’une défaite.

 Les Racingmen (Henry Chavancy, à dr.) passent devant le trophée de la Coupe d’Europe, conscients qu’ils ne sont pas passés loin de cette finale.
Les Racingmen (Henry Chavancy, à dr.) passent devant le trophée de la Coupe d’Europe, conscients qu’ils ne sont pas passés loin de cette finale. AFP

Le directeur sportif du Racing Yannick Nyanga rassemble ses troupes dispersées et hébétées sur la pelouse synthétique du Ashton Gate Stadium de Bristol. L'ailier irlandais Simon Zebo, pourtant auteur de deux essais, pleure. A quelques mètres de là, les joueurs anglais d'Exeter exultent même si les tribunes sont restées désespérément vides, huis clos oblige. Pour un coup d'essai, c'est un coup de maître.

Pour leur première finale européenne, les Chiefs repartent avec le trophée de la Champions Cup au terme d'une finale maîtrisée de bout en bout. Une distinction qui échappe encore une fois - la troisième après les échecs de 2016 et 2018 — au club ciel et banc qui croyait pourtant son heure venue. Le Racing 92 s'incline d'une courte tête (31-27), avec les honneurs diront certains, mais comme l'a rappelé le manager francilien Laurent Travers : « On ne se souviendra que du vainqueur ».

Une entame ratée

Mené 14-0 au bout d'un gros quart d'heure, le Racing s'est fourvoyé en concédant deux essais. Le champion de France 2016 a eu l'art de se compliquer la tâche et de faciliter grandement celle de son adversaire. Tombeur du Stade toulousain en demi-finale, Exeter ne s'est pas privé d'exploiter tous les cadeaux et a scoré dès que ses joueurs ont pénétré les 22 mètres adverses. Jamais les coéquipiers du capitaine Chavancy n'ont effectué la course en tête courant constamment après le score.

Coupe d’Europe de rugby : pourquoi le rêve du Racing s’est encore envolé

Les détails, ceux qui font basculer un match couperet, ont encore joué un vilain tour aux Franciliens qui avaient échoué de trois points en 2018 face au Leinster. Dans une finale échevelée, où huit essais ont été inscrits — un record — Russell et Machenaud ont connu un échec chacun face aux perches (20e et 43e), des points qui manquent à l'arrivée alors que leur homologue anglais a réussi un 100 % au pied. Malgré tous ces handicaps, le Racing a quand fait douter les Anglais jusqu'au bout. De quoi nourrir des regrets. « Cela comptait beaucoup pour ce groupe de joueurs. On a probablement fait quelques erreurs mais les efforts et le cœur étaient là », analyse Simon Zebo.

Des cadres défaillants

Le staff du Racing avait opté pour une charnière joueuse avec Teddy Iribaren et Finn Russell à la baguette pour lancer le jeu face à la rigueur anglaise. Le choix ne s'est pas révélé payant. Mais Laurent Travers ne regrette pas l'option retenue. « C'est facile après coup de faire cette analyse », relève le manager. Pour Iribaren, irréprochable durant toute la campagne européenne, la cause de la baisse de régime est simple : le demi de mêlée a ressenti une gêne aux adducteurs dès vendredi lors de l'entraînement aux tirs au but. « A l'échauffement (ce samedi), ça allait et puis dès l'entame il a ressenti quelque chose. » Le technicien a pensé à le remplacer et envoyé Maxime Machenaud à l'échauffement mais, sur le pré, le Racing est revenu dans la bataille grâce aux deux essais de Zebo (20e) et Imhoff (32e). Le changement n'interviendra qu'à la pause.

Concernant le demi d'ouverture Finn Russell, on peut parler d'une finale ratée. L'Ecossais s'est d'abord signalé par une extrême fébrilité en cafouillant une balle dans son en-but avant de manquer un coup de pied rasant qui amènera un contre et le troisième essai des Chiefs. Au retour des vestiaires, après avoir parfaitement servi Zebo pour son deuxième essai, Russell ternit le temps fort du Racing revenu à quatre points (21-17) avec une passe sautée interceptée qui se termine par un essai anglais. « Il n'est pas question de pointer des erreurs individuelles », rectifie Travers qui souhaite plutôt retenir la performance collective de ses joueurs revenus à un point (28-27, 65e). « On a montré qu'on pouvait être champions. La victoire d'Exeter est incontestable. Mais si on l'avait emporté, il n'y aurait rien eu à dire non plus. »

Finn Russell et son compatriote et adversaire Stuart Hogg après le match