Christophe Dominici raconté par son ami, ancien reporter du Parisien

Bertrand Bourgeault, ancien spécialiste du rugby du Parisien, s’était lié d’amitié avec Christophe Dominici. Il raconte l’homme à part qu’était le joueur du Stade Français.

 Bertrand Bourgeault et Christophe Dominici en 2003, lors de la Coupe du monde en Australie.
Bertrand Bourgeault et Christophe Dominici en 2003, lors de la Coupe du monde en Australie.  DR

Pendant 37 ans, Bertrand Bourgeault a suivi l'actualité du rugby francilien et du XV de France pour Le Parisien - Aujourd'hui en France. Aux premières loges pour suivre l'épopée du Stade Français dans les années 1990 et 2000, il s'est vite lié d'amitié avec un joueur hors du commun à la personnalité hors norme : Christophe Dominici.

« L'histoire débute en septembre 1997, se souvient Bertrand Bourgeault, 66 ans aujourd'hui. Son culot m'a tout de suite séduit. Ne se sentant plus à l'aise à Mayol (NDLR : le stade de Toulon), il n'hésite pas à monter à Paris avec Franck Comba, son complice de toujours. J'ai aimé la manière où, totalement inconnu, il aborde Max Guazzini qui le confondait avec Comba. Un véritable gag, cette première prise de contact que le grand Max m'a souvent contée ».

«Il ne voulait pas être bon, mais le meilleur»

L'ancien journaliste explique ensuite comment il est tombé sous le charme de cet ailier explosif à qui aucune défense ne résistait. « Bien vite, j'allais découvrir le talent de cet insouciant gamin de Solliès-Pont (Var), qui deviendrait, au fil des saisons, le roi du cadrage débordement. Et nous nous sommes pris d'affection. Il allait faire de Jean-Bouin (NDLR : l'enceinte parisienne du Stade Français) son jardin et en être le chouchou aux cheveux peroxydés et aux crochets déroutants. »

Le 7 février 1998, au Stade de France, il fête ses débuts internationaux face à l'Angleterre et en profite pour inscrire le premier de ses vingt-cinq essais en Bleus. « J'ai bondi de ma chaise pour la première fois, pas la dernière… se souvient notre ancien confrère. J'étais tombé sous son charme. Une fabuleuse carrière était en route ». Et le journaliste n'allait rien manquer des exploits de son pote Domi.

«Imprévisible, il l'était sur le terrain comme dans la vie»

« Il était capable à lui seul de faire basculer une rencontre, ajoute notre ancien confrère. Il ne voulait pas être bon, mais le meilleur. Il était dans le défi permanent. Toujours plus haut, plus loin et plus fort était sa devise. Imprévisible, il l'était sur le terrain comme dans la vie. Il fallait le veiller comme le lait sur le feu, il aimait donner du spectacle. »

Hors du terrain, Dominici était un homme au grand cœur. « Il était dans le partage. Pour les jeunes ou les nouveaux, il se comportait en grand frère. Nos liens étaient très forts. Il me l'a témoigné en 2001, lors du terrible accident de mon fils, Thomas, qui l'a rendu tétraplégique. Tout ce qui ne tue pas rend plus fort, répétait-il à l'envi. Depuis, tous les ans, il ne manquait pas de lui souhaiter son anniversaire. Il fait partie de ma famille, me disait-il. »

Bertrand Bourgeault a « toujours eu les yeux de Chimène » pour Domi. Il ne s'en cache pas et assume totalement d'avoir parfois manqué d'objectivité. En 2007, alors que l'ailier tricolore était en fin de carrière, personne ne l'imaginait, à 35 ans, sélectionné pour la Coupe du monde. Bourgeault enchaîne les articles dithyrambiques à l'égard de son ami, s'attirant les foudres de ses collègues. Au final, Dominici est retenu par son ami Bernard Laporte, alors sélectionneur du XV de France.

Bertrand Bourgeault (à g.) pose au côté de son ami Christophe Dominici (2e à dr.) en visite au Parisien avec le bouclier de Brennus récompensant le champion de France de rugby. /Le Parisien
Bertrand Bourgeault (à g.) pose au côté de son ami Christophe Dominici (2e à dr.) en visite au Parisien avec le bouclier de Brennus récompensant le champion de France de rugby. /Le Parisien  

Au fil des années, les deux amis évoquent régulièrement la rédaction de la biographie du joueur. « Il était convenu que je tienne la plume. Et puis, un jour, nous déjeunions aux Princes, dans sa brasserie. Gêné, il m'a dit : Bertrand, ne m'en veux pas, pour me confier, j'ai préféré une personne du sexe opposé. La confession sera plus aisée. Meurtri, j'ai d'abord accusé le coup, avant de le comprendre ».

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Retraités, les deux amis n'ont jamais coupé le lien. « Même à distance, je continuais à le suivre et à l'aimer, confie celui qui est parti s'installer à Tours (Indre-et-Loire). Il était mon soleil, mon idole. J'ai eu l'énorme chance de le croiser. Du fond du cœur, je le remercie d'avoir figuré dans son cercle d'amis. A mes yeux, il restera à jamais un monument, l'un des plus grands rugbymen au monde. »