Rugby : Bernard Laporte et Mohed Altrad en garde à vue

Soupçonné de conflit d’intérêts, le président de la fédération est entendu ce mardi dans l’affaire de ses liens avec le président du club de Montpellier, Mohed Altrad. Trois autres personnes sont en garde à vue, dont Serge Simon.

 Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby (FFR).
Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby (FFR). AFP/CHRISTOPHE SIMON

Bernard Laporte et Mohed Altrad ont été placés en garde à vue ce mardi. Soupçonné de conflit d'intérêts, le président de la Fédération française de rugby (FFR) a été convoqué ce mardi matin à la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDE) pour être entendu dans l'affaire de ses liens avec le président du club de Montpellier (Hérault).

Dans cette enquête préliminaire ouverte par le Parquet national financier (PNF) en 2017, trois autres personnes ont été placées en garde à vue. Il s'agit de Serge Simon, vice-président de la FFR, Nicolas Hourquet, responsable des relations internationales de la FFR et Claude Atcher, directeur général du comité d'organisation de la Coupe du monde 2023 de rugby, prévue en France.

Laporte est notamment soupçonné d'avoir favorisé le Montpellier Hérault Racing (MHR), en intervenant auprès de la commission d'appel de la FFR pour faire diminuer des sanctions contre le club, fin juin 2017. Le dossier portait sur le déploiement de banderoles hostiles à la Ligue de rugby par les supporteurs du MHR.

Amende réduite

Ancien sélectionneur des Bleus (2000-2007) devenu secrétaire d'Etat chargé des Sports de Nicolas Sarkozy (2007-2009), Laporte s'est toujours défendu de toute intervention en faveur de Montpellier, même s'il a reconnu avoir téléphoné au président de la commission, Jean-Daniel Simonet.

Des inspecteurs généraux du ministère des Sports ont également établi, dans un rapport transmis à la justice, que les décisions de la commission ont été « modifiées », entre les 29 et 30 juin 2017. Dans un premier temps, la commission d'appel aurait décidé de confirmer les sanctions prononcées par la Ligue (LNR), soit 70 000 € d'amende et un match à huis clos, avant de passer à 20 000 € d'amende et un sursis sur le match à huis clos.

Le propriétaire de Montpellier sponsorise l'équipe de France

Trois mois plus tôt, le groupe Altrad, spécialisé dans les matériels de bâtiment, était devenu le premier sponsor maillot du XV de France, avant de soutenir la candidature française, finalement victorieuse, pour l'organisation de la Coupe du monde 2023.

En révélant l'affaire en août 2017, le Journal du dimanche avait aussi mis au jour l'existence d'un contrat entre BL Communication, une société dirigée par Bernard Laporte, et Altrad Investment Authority, pour un montant de 150 000 €. Sous la pression, l'ancien manager de Toulon y avait renoncé.

Les policiers ont déjà entendu plusieurs protagonistes en 2019, notamment les trois membres de la commission d'appel de la FFR qui devaient juger le dossier le 29 juin 2017. Sur fond de vives tensions entre la Ligue de rugby et la Fédération, l'affaire a gâché le début de mandat de Bernard Laporte, élu le 3 décembre 2016.

Dans un courrier adressé aux clubs et révélé ce mardi après-midi, Bernard Laporte dénonce une « déstabilisation » et un « calendrier indigne ». Cette garde à vue intervenant alors que l'ancien sélectionneur du XV de France vise une réélection à la tête de la FFR le 3 octobre prochain, face à son principal opposant, Florian Grill.