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Renforcement des mesures anti-Covid : le sport pro pose à nouveau un genou à terre

La nouvelle limitation à 1000 spectateurs met clairement en danger des clubs et des disciplines dépendantes des recettes billetterie.

 Samedi, le Racing 92 recevra les Saracens avec seulement 1000 spectateurs dans les tribunes de la Paris La Défense Arena.
Samedi, le Racing 92 recevra les Saracens avec seulement 1000 spectateurs dans les tribunes de la Paris La Défense Arena. LP/Olivier Corsan

S'il fallait une image pour comprendre tout le désarroi dans lequel se trouve le sport professionnel, ce serait celle-là. Les boxeurs Tony Yoka et Johann Duhaupas vont combattre ce vendredi soir à Paris-La Défense Arena devant 5000 spectateurs. Le lendemain, à peine 12 heures plus tard, au même endroit, seul un millier de spectateurs seront autorisés à franchir les portes de la salle ultra-moderne de Nanterre pour assister à la demi-finale de Coupe d'Europe entre le Racing 92 et le triple champion d'Europe en titre, le club anglais des Saracens.

Entre-temps, le décret ministériel ramenant la jauge à 1000 personnes pour tous les rassemblements publics sera entré en vigueur. Et c'est tout le sport professionnel qui pose à nouveau un genou à terre après avoir pourtant entrevu la sortie du tunnel à la suite du confinement et de l'arrêt brutal de tous les championnats au printemps. L'épée de Damoclès que constituait déjà la limitation à 5000 spectateurs est en train de devenir encore plus menaçante au fur et à mesure que la jauge s'abaisse.

L'époque semble bien loin où les clubs sollicitaient à la fin de l'été des dérogations pour accueillir du public au-delà de la limitation officielle, profitant d'une circulation moindre du virus dans certaines régions de l'Hexagone. La carte de France de l'épidémie de Covid-19 dévoilée mercredi soir par le ministre de la Santé Olivier Véran laisse peu d'espoir de changement à court terme notamment dans les grandes villes qui sont aussi celles qui abritent les grandes équipes.

Paris-La Défense Arena a déjà perdu 28 millions d'euros depuis mars

Dans ce contexte, le club du Racing 92, pensionnaire du Top 14, l'élite du rugby français, a fait ses calculs. En configuration 5000 supporters, la jauge instaurée pour tous les sports avant l'été, l'équipe francilienne perdait 90 000 euros par match. Des pertes sèches qui grimpent à 120 000 euros avec 1000 spectateurs dans les tribunes. « Pour un huis clos, c'est 170 000 euros », se désole Bathilde Lorenzetti, la vice-présidente de l'Arena qui a déjà perdu 28 millions d'euros depuis mars.

Pour l'affiche de ce samedi, un match de gala comme il en existe une poignée chaque saison, le manque à gagner est colossal sans oublier que l'affaire vire au casse-tête. « Nous avions vendu les 5000 billets. En changeant les règles la veille de la rencontre, comment allons-nous faire un tri ? Qui doit venir, ne pas venir parmi les supporters qui ont acheté leur place ? », s'interroge Bathilde Lorenzetti dont les équipes travaillent justement sur ce point, en attendant la parution du décret gouvernemental.

Le sport professionnel a beau retourner le problème dans tous les sens, il ne peut que solliciter l'Etat pour essayer de compenser ses pertes d'exploitation. Si le foot peut compter sur ses généreux droits télé pour amortir la chute des recettes, d'autres disciplines comme le handball, le basket ou le rugby sont très dépendantes des recettes billetterie. « Qu'on nous explique comment on peut imposer de manière discrétionnaire à notre salle une jauge de 1000 personnes alors qu'elle fonctionne avec les normes sanitaires dignes d'un bloc opératoire. Pour nous, c'est la mesure de trop. Elle est disproportionnée et inéquitable », s'emporte la vice-présidente de l'Arena de Nanterre qui n'exclut pas de porter le dossier en justice.