Procès Fifa : le parquet fait appel de l’acquittement d’Al-Khelaïfi

Le parquet suisse a fait appel de l’acquittement, en octobre, de Nasser Al-Khelaïfi, patron de BeIN Media et du PSG, dans une affaire de droits TV impliquant aussi l’ex-numéro 2 de la Fifa, Jérôme Valcke.

 Les avocats de Nasser Al-Khelaïfi rappellent qu’il a été totalement acquitté en octobre et que depuis, rien n’a changé.
Les avocats de Nasser Al-Khelaïfi rappellent qu’il a été totalement acquitté en octobre et que depuis, rien n’a changé.  LP/Frédéric Dugit

Premier des multiples scandales du football mondial à aboutir à une décision judiciaire en Suisse, le procès contre Nasser Al-Khelaïfi, patron de BeIN Media et du PSG dans une affaire de droits TV impliquant l'ex-numéro 2 de la Fifa, Jérôme Valcke, s'était soldé par un revers quasi-total pour l'accusation en octobre. Il s'était déroulé devant le tribunal fédéral de Bellinzone. Après avoir reçu en janvier le jugement motivé, le ministère public de la confédération (MPC) a « déposé une déclaration d'appel en février » pour solliciter « la condamnation des trois accusés », a indiqué une porte-parole à l'AFP.

Dans le volet le plus médiatisé, Nasser Al-Khelaïfi et Jérôme Valcke étaient accusés d'avoir conclu un pacte dans le dos de la Fifa, relevant de la « gestion déloyale » et passible de cinq ans de prison. Au terme de dix jours d'audience en septembre 2020, le parquet avait requis vingt-huit mois d'emprisonnement contre le dirigeant qatarien, trois ans contre Jérôme Valcke et trente mois contre un homme d'affaires grec, Dinos Deris, acquitté du chef de « corruption privée » dans une affaire distincte.

Comme l'accusation, le Tribunal pénal fédéral avait estimé que M. Valcke avait monnayé son soutien à BeIN en échange d'une luxueuse villa sur la côte d'Emeraude sarde, achetée pour lui 5 millions d'euros fin 2013 par une société brièvement détenue par Nasser Al-Khelaïfi. L'ancien secrétaire général de la Fifa avait sollicité l'aide du dirigeant qatarien pour financer la villa Bianca, quelques mois avant la signature, en avril 2014, d'un contrat entre BeIN et l'instance du football portant sur les droits en Afrique du Nord et au Moyen-Orient des Mondiaux 2026 et 2030.

Dans leur jugement civil, les magistrats ont qualifié de « pot-de-vin » l'acompte pour la demeure remboursé par Nasser Al-Khelaïfi à Jérôme Valcke. Ils ont donc condamné ce dernier à le reverser à son ancien employeur. Mais au pénal, le tribunal ne pouvait condamner pour « corruption privée », la Fifa ayant retiré sa plainte en janvier 2020 après un accord avec Al-Khelaïfi, dont les termes n'ont jamais été rendus publics.

Une action «désespérée», selon ses avocats

Restait donc l'accusation de « gestion déloyale », qui nécessite de prouver que l'accord entre les deux hommes a lésé l'institution mondiale. Or « rien n'indique que la Fifa aurait pu obtenir un contrat plus avantageux » que celui signé avec BeIN pour 480 millions de dollars (400 millions d'euros) pour deux Coupes du monde, soit 60% de plus que pour les Mondiaux 2018 et 2022, avait tranché le tribunal.

Qualifiant cette action de « désespérée », les avocats de Nasser Al-Khelaïfi précisent : « Notre client a été totalement acquitté en octobre, après une enquête exhaustive de quatre ans, un procès approfondi de deux semaines, au cours duquel l'accusation a présenté tous les éléments et toutes les théories imaginables sans rien prouver. Absolument rien n'a changé depuis octobre, ni en fait ni en droit. »