Paris-Roubaix, le nouveau défi du miraculé Romain Carlier, brûlé à 55 % sous du goudron

Enseveli sous sept tonnes d’enrobé bitumeux à 180°C en 2017, Romain Carlier, ancien joueur de rugby à Compiègne, se reconstruit en se lançant des challenges. Il compte participer au Paris-Roubaix amateurs en avril.

 Romain Carlier se prépare pour participer à la mythique épreuve de Paris - Roubaix.
Romain Carlier se prépare pour participer à la mythique épreuve de Paris - Roubaix. DR

Son histoire tient du miracle. A 30 ans, revenu de si loin après avoir été brûlé à 55 % par des tonnes de goudron à 180°C, Romain Carlier s'est mis en tête de boucler son premier Paris-Roubaix. Normal, la mythique course cycliste aux pavés part de chez lui, Compiègne (Oise). Depuis qu'il est tout môme, Romain Carlier a suivi les départs de l'un des plus grands événements de la cité impériale picarde. Il compte faire son Paris-Roubaix, juste avant la 119e édition de l'Enfer du Nord, le 11 avril.

Mais le véritable enfer, Romain Carlier sait ce que c'est. Il y a trois ans, il a été victime d'un effroyable accident de travail. Cette date claque encore dans sa mémoire : le 25 avril 2017. « Je travaillais sur un chantier quand 7 tonnes de goudron m'ont enseveli, raconte le trentenaire. Je dis souvent que je suis né deux fois : le jour de ma naissance et ce jour-là. »

«Je me suis battu pour survivre»

Brûlé des pieds jusqu'aux pectoraux, et pour une grande partie au 3 e degré, Romain Carlier, dont le pronostic vital avait un temps été engagé, est plongé dans le coma pendant deux mois. « Le plus dur a été d'ouvrir les yeux, indique-t-il pudiquement. Peu importe alors que les médecins me disent que je finirai ma vie en fauteuil roulant. J'avais fait le plus difficile. J'étais prêt à me battre pour continuer à repousser mes limites. » En fauteuil roulant, Romain retrouve l'usage de ses jambes après plusieurs mois de rééducation à l'hôpital spécialisé de Coubert (Seine-et-Marne). « Je me suis battu pour survivre, j'avais envie de me battre pour retrouver le maximum de mes capacités. »

Il a écrit un livre après avoir réappris à tenir un stylo

En 2019, il se lance dans l'écriture de son histoire, qu'il raconte dans son livre : « Ne sifflez pas la fin ! » écrit avec Clémence Outteryck, une amie journaliste. « Cela m'a soulagé d'un poids. Cela m'a fait du bien dans la tête mais aussi dans mon corps. Moi qui avais tout réappris, à manger, à respirer, à parler et à tenir un stylo pour écrire mon livre… »

Outre raconter son histoire, Romain Carlier avance grâce aux défis qu'il se lance. « J'ai besoin de faire mal à mon corps, explique-t-il. Il n'y a que comme ça que je peux retrouver mes sensations d'avant. Plus on me dit que ce n'est pas possible, et plus j'essaie de le faire. » Passionné de sport, Romain se met à la boxe avec les frères Delarue, des amis de longue date. Il n'oublie pas le rugby et devient l'entraîneur des jeunes à Compiègne. Et il espère toujours rejouer un match avec le RCC. « J'ai tellement envie de marquer un essai, pour prouver à la terre entière que j'ai enfin réussi à surmonter toutes ses épreuves. »

Il rêvait du Marathon des Sables, il fera Paris-Roubaix

Avec Yannick Renier, un athlète de Compiègne, Romain Carlier s'est mis en tête de faire un marathon. « Je voulais faire le Marathon des Sables, explique-t-il. J'en ai parlé au professeur Duhamel de l'hôpital militaire Percy, notamment spécialisé dans les grands brûlés, à Clamart (Hauts-de-Seine). Et il m'a clairement dit que ce n'était pas la peine. J'ai alors cherché un autre défi. C'est alors que j'ai pensé à Paris-Roubaix. »

Romain se prépare pour l'édition 2020. L'ancien arrière doit le faire assis dans une bécassine, tirée par huit coureurs. « Et puis la course a été annulée à cause du Covid. Je me suis dit que cela me laissait du temps pour le faire à vélo. »

Le défi est immense : parcourir plus de 200 km avec les terribles secteurs pavés. « Je partirai dès le vendredi après-midi (NDLR : le 9 avril, quant à la course, elle s'élancera le dimanche 11), précise Romain Carlier. Je ferai l'épreuve en deux jours et demi. Pour les secteurs pavés, il est prévu que je le fasse en VTT. Je ferai Paris-Roubaix pour Burns and Smiles (Une cagnotte Leetchi est ouverte. Tous les dons seront reversés à l'association), une association qui aide les grands brûlés. On ne fait pas assez de prévention sur les accidents de la vie quotidienne. »

Pas une journée sans penser au drame

Un peu moins de quatre ans après ce drame, Romain Carlier est toujours debout et regarde l'avenir avec confiance. « Je rêve de devenir éducateur sportif et social pour faire partager mon expérience. Je suis fier du combat que j'ai mené et que j'ai gagné. » Le Compiégnois avoue qu'il ne passe pas une journée sans penser à l'accident : « C'est le tournant de ma vie. Je me lève le matin, j'y pense, le soir j'y pense. J'ai des flashs : la vague de chaleur dans mon dos, le bruit de l'hélicoptère, les rêves dans le coma… »

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Mais que de chemin parcouru pour celui qui a subi 36 opérations. « J'ai été brûlé à 55 % dont 48 % au troisième degré. Cela voulait dire qu'il ne restait plus rien. Au début, je ne pouvais pas me regarder dans la glace. Voir ce corps greffé, cette couleur rouge sang… Mais aujourd'hui, j'ai appris à m'accepter. Je suis même un peu fou fou avec mon nouveau corps. Cette expérience m'a aussi appris la patience… »

Le livre de Romain Carlier/DR
Le livre de Romain Carlier/DR