Volley : l’encombrant sponsor du club de Beauvais

Promu en Elite cette saison, le Bouc Volley, qui rêve de retrouver le niveau professionnel, sera sponsorisé par Deli-Hemp, une enseigne spécialisée dans la vente de produits à base de cannabidiol. Le contrat a été signé pour 45 000 euros sur trois ans.

 Eric Bataller, le président du Bouc Volley, a signé un contrat de sponsoring de 45 000 euros sur trois ans avec Deli-Hemp,  une enseigne qui a ouvert un magasin à Beauvais et est spécialisée dans la vente de produits à base de cannabidiol.
Eric Bataller, le président du Bouc Volley, a signé un contrat de sponsoring de 45 000 euros sur trois ans avec Deli-Hemp, une enseigne qui a ouvert un magasin à Beauvais et est spécialisée dans la vente de produits à base de cannabidiol. LP/Florent Pervillé

Cinq recrues, dont le central de 2,08 m Stanislav Simin (champion de Ligue A et vainqueur de la Coupe de France avec Tours en 2013), et des objectifs très ambitieux... Promu en Elite cette saison, Beauvais espère planer sur le championnat qui débute ce samedi soir avec un déplacement à Charenton. Mais si le Bouc Volley entend sortir du lot par ses résultats, il se singularise aussi déjà par son maillot.

Le club relégué de Ligue A en N2 en septembre 2016 pour raisons financières vient en effet de signer un solide contrat de sponsoring de 45 000 euros sur trois ans avec la société Deli-Hemp, qui existe depuis deux ans. L'enseigne, dont l'un des trente magasins déjà ouverts (sur un objectif à terme de 200 en France) se situe à Beauvais, est spécialisée dans la vente de produits à base de cannabidiol, comme quelque deux cents marques en France.

Communément appelée CBD, cette autre molécule contenue dans la plante de cannabis ne modifie pas, elle, la pensée, l'humeur et la relation aux autres, à l'inverse du THC. En clair, si ce sont deux substances issues du plant de chanvre et donc des cannabinoïdes, le CBD n'est pas psychoactif et ne rend donc pas « stone » contrairement au tétrahydrocannabinol.

Si la substance n'est pas illégale, il est en revanche interdit de présenter les produits à base de CBD comme ayant des vertus thérapeutiques sous peine de sanction pénale. Elle aurait cependant des pouvoirs antalgiques et tranquillisants selon certains spécialistes.

S'appuyant sur fait que le CBD ne figure plus depuis janvier 2018 sur la liste des produits dopants établie par l'Agence Mondiale Antidopage (AMA), le président du Bouc Volley n'exclut d'ailleurs pas d'utiliser éventuellement ces produits pour son équipe. « Pourquoi pas pour la récupération des joueurs ?, s'interroge Eric Bataller. C'est un produit naturel qui apaise. Et je sais qu'aux Etats-Unis par exemple, il est utilisé dans le domaine médical, ce n'est pas n'importe quoi... »

« On ne ferme pas la porte à un partenaire qui veut s'investir sur le long terme »

Avec ce contrat révisable à la hausse en cas d'accession en Ligue B, le Bouc Volley devient le premier club de sport collectif sponsorisé par Deli-Hemp. La société n'était jusqu'à présent engagée qu'avec le club de boxe pieds-poings d'Allonne, le Team Baron. Elle avait aussi sponsorisé le jeu de maillots de l'équipe de foot vétérans de Saint-Just des Marais.

Deli-Hemp figurera désormais sur le maillot des volleyeurs, mais aussi sur tous les supports du club aux 13 saisons de Ligue A et vainqueur de la Coupe de France en 2008: le nouveau site internet, la chaîne Youtube créée ou encore les différents reportages «inside ».

Reste la question de l'image, inévitable, l'activité de la société se développant dans une sorte de flou juridique. « Je suis précurseur, c'est la seule chose qu'on peut me reprocher, souligne Pascal David, le patron de Deli-Hemp, reconnaissant marcher sur des oeufs au quotidien. Je respecte ce que dit la loi. Elle me tolère. Elle ne m'a pas refusé, elle ne m'a pas accepté non plus, je le sais pertinemment. »

Eric Bataller, lui, n'a pas hésité à s'engager avec la société qui est devenue, du coup, le plus gros sponsor privé du club. « On va me dire que je suis borderline, indique le président du Bouc Volley. On n'interdira pas aux gens de dire n'importe quoi. Il n'y a pas de raccourci à faire. Je ne vois pas sur quelle base je refuserais. Ce qu'il fait n'est pas du tout illégal. On ne ferme pas la porte à un partenaire qui veut s'investir sur le long terme et promouvoir le club avec nous. Il faudrait être fou... »

La Fédération française de volley attend de voir...

« C'est une activité normale de cosmétique/bien-être, souligne Pascal David, précisant qu'une grosse partie de sa clientèle va de 30 à 80 ans. Après, c'est vrai que ça paraît encore atypique. Mais on respecte la législation. » A l'appui, une comparaison imagée. « C'est comme une bière sans alcool, poursuit-il. Tu en as bu quatre, comme tout le monde tu as trinqué, tu as envie d'uriner mais tu n'es pas bourré... Si on nous demande notre position quant à la légalisation du cannabis, on est complètement sur la même ligne que le gouvernement à ce sujet : on y est fortement opposé. »

Du côté de la Fédération Française de Volley, on attend de voir. « C'est un vrai cas à étudier, il ne s'est jamais posé à la FFVB, souligne Eric Tanguy, le président de l'instance. Se prononcer est impossible, surtout en le découvrant aujourd'hui. Il y a la loi Evin. Couvre-t-elle ce genre de produit ou pas ? Nous, notre seule position, c'est la loi. Je demanderai aux juristes de se renseigner. »