Ligue 2 : «Sans les droits télé, on dépose le bilan en janvier», s’inquiète Fulvio Luzi

Le président du FC Chambly est très préoccupé par le flou entourant les droits télé. Il regrette vivement l’attitude de Mediapro, le nouveau diffuseur qui a demandé une renégociation de son contrat.

 Thierry Bertrand (deuxième en partant de la gauche), le directeur général du FC Chambly, et Fulvio Luzi, le président, sont très inquiets de la situation actuelle concernant le versement des droits télé.
Thierry Bertrand (deuxième en partant de la gauche), le directeur général du FC Chambly, et Fulvio Luzi, le président, sont très inquiets de la situation actuelle concernant le versement des droits télé.  LP/Florent Perville

Cette semaine, le FC Chambly a effectué deux matchs amicaux, jeudi devant Lens (0-2) et le lendemain face à Amiens (1-1). Mais, en cette période de trêve internationale, l'actualité du ballon rond s'est presque davantage située en coulisses que sur le terrain.

Mediapro, le nouveau diffuseur de la Ligue 1 et 2, a fait savoir à la Ligue de football professionnel (LFP) qu'elle souhaitait déjà revoir à la baisse le montant des droits télé, négociés au départ à hauteur d'environ 800 M€ annuels. Une véritable onde de choc pour le foot français, dont les clubs sont extrêmement dépendants de cette manne financière.

Le pensionnaire de L 2, qui a annoncé un budget prévisionnel de 7,25 M€ dont 4,8 de droits télé, n'échappe pas à la règle. « Je suis très inquiet, soupire Fulvio Luzi, le président. Une chose est sûre : ce qui se passe ne correspond pas à ce qu'on nous avait annoncé. On nous avait présenté le projet avec une garantie bancaire, et assuré qu'il n'y aurait aucun problème lors de la première année. Or, on se rend compte que cette garantie est celle d'un actionnaire en Chine, dont on peut douter de la fiabilité. » « Pour un contrat d'une telle importance, ça paraît quand même léger », abonde le directeur général, Thierry Bertrand.

Au sein de l'état-major camblysien, le fond comme la forme ne passe pas. « L'attitude de Mediapro est cavalière, tacle Fulvio Luzi. Cette entreprise avait pourtant tenu un discours sécurisant envers nous au départ. Alors, annoncer au bout de deux mois de compétition qu'elle ne peut plus payer, ce n'est pas bien. C'est un coup de poignard dans le dos. » D'autant que, comme les autres clubs professionnels, le FC Chambly enregistre des pertes en termes de billetterie, de boutique, de buvette et de sponsors, conséquence de la crise sanitaire.

Le versement d'octobre devrait être assuré

Depuis l'entame de saison, l'affluence au stade Pierre-Brisson de Beauvais a été divisée par plus de deux par rapport à la moyenne de l'exercice précédent, environ 3 000 spectateurs. Dans ce contexte, une baisse des droits télé pourrait être le coup de trop, et même le coup de grâce si certaines traites étaient amenées à ne pas être versées. « Sans les droits télé, on est morts, on sera en cessation de paiement et on dépose le bilan en janvier, confirme le président. Cela nous enlèverait plus de 350 000 € par mois, vu les circonstances, où pourrait-on les trouver? Je n'ose pas l'imaginer, mais je suis prudent. »

Pour parer au plus pressé, la LFP aurait contracté un prêt pour assurer les versements d'octobre, que les clubs sont censés toucher dans les jours à venir. La suite des événements est en revanche beaucoup plus nébuleuse, et Fulvio Luzi se prépare à toute éventualité. « Il faut être patient et voir comment vont évoluer les choses, souffle l'homme fort du FCCO. La LFP ne va pas pouvoir prendre un crédit tous les deux mois. Donc il y a une grosse inquiétude pour la survie du football français. Il y a deux solutions : soit Mediapro fait jouer sa caution, soit il lâche le partenariat et une autre chaîne récupérera les droits mais à des tarifs moindres. Dans ce cas, il faudra peut-être passer par une renégociation des salaires des joueurs et du staff… »

En attendant, des discussions devraient intervenir entre Mediapro et la LFP pour sauver ce qui peut l'être. Mais la situation de la société espagnole, qui déplore un manque d'abonnés, n'incite pas à la confiance. « Et maintenant, qui va s'abonner à une chaîne qui pourrait perdre les droits et faire faillite ? s'interroge Thierry Bertrand. Pour moi, Mediapro s'est suicidé en direct. » En outre, le DG s'inquiète de ne toujours pas avoir reçu les documents à remplir concernant la deuxième version du budget de la saison, qu'il doit transmettre à la LFP le 30 octobre. Une autre conséquence, peut-être, de ce terrible flou qui entoure les droits télé, nerf de la guerre du foot français.