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Natation : la ligue privée veut mettre ce sport à «sa vraie place dans le monde du business»

L’ISL (International Swimming League) lancée l’an dernier débute sa saison 2 ce vendredi à Budapest (Hongrie). Hubert Montcoudiol, directeur commercial de cette ligue privée, en dresse les ambitions.

 « Les nageurs se rendent bien compte de ce qu’on leur apporte : ils peuvent valoriser leur image plusieurs fois par an », confie Hubert Montcoudiol.
« Les nageurs se rendent bien compte de ce qu’on leur apporte : ils peuvent valoriser leur image plusieurs fois par an », confie Hubert Montcoudiol. Icon Sport/LaPresse

ISL, acte II. La ligue de natation lancée par le milliardaire Konstantin Grigorishin l'an passé reprend du service à partir de ce vendredi à Budapest, où se déroulera l'ensemble de la « saison ». La compétition sera diffusée dans 145 pays et les organisateurs espèrent une audience minimum de 100 millions de téléspectateurs…

Pourquoi et comment avez-vous maintenu l'ISL malgré la crise du Covid ?

HUBERT MONTCOUDIOL. On aurait pu faire une année blanche. Mais on a fait une promesse au monde du sport, à nos nageurs. Une grande partie d'entre eux vit sous une forme de précarité et au printemps, quand les JO ont été reculés, on a créé un programme solidaire pour leur donner une allocation mensuelle qui les aide à faire face. Après, l'organisation de la compétition a été un défi quotidien. Il a fallu se battre au niveau du sponsoring, des diffuseurs mais on n'avait pas le droit de baisser les bras. On a une vision à long terme et on fait tous les efforts nécessaires.

A quoi va ressembler votre bulle de Budapest ?

Les 320 athlètes, qui ont passé les tests PCR avant de partir de chez eux et en arrivant, sont logés dans deux hôtels sur l'Ile Marguerite, la Duna Arena est à 300 m et ils ont des bus spécifiques. Interdiction de sortir du périmètre défini. C'est contraignant. Mais les nageurs deviennent professionnels et pour pouvoir vivre de leur métier, ils vont devoir répondre à des exigences sanitaires, horaires, etc. Il y aura par exemple des compétitions pour les TV japonaises en début d'après-midi, d'autres pour les TV américaines en fin de journées. Ils vont devoir s'y faire. Nadal accepte bien de jouer à minuit à Roland-Garros, alors…

Où en sont vos relations avec la fédération internationale (FINA) ?

On est tout récents, on doit absolument arriver à intégrer les deux mondes ensemble. Notre volonté est de travailler avec toutes les fédérations pour élever le monde de la natation. Sans les fédérations, nous n'arriverons à rien. On ne veut pas créer un circuit fermé, isolé. On veut mettre la natation à sa vraie place dans le monde du business. Que les nageurs soient rémunérés pour ce qu'ils font, qu'ils aient des assurances médicales quand ils terminent leur sport, des possibilités fortes de reconversion. On n'a aucune relation avec la FINA. Il y a eu un cas juridique, ils l'ont perdu et voilà. Ils nous ont vus arriver en se disant : « Oui, oui, c'est bon… » Mais le caillou dans la chaussure devient réalité.

L'an passé, les Championnats d'Europe de Glasgow ont presque servi de préparation à la finale de l'ISL…

Les nageurs se rendent bien compte de ce qu'on leur apporte : ils peuvent valoriser leur image plusieurs fois par an. Ils ont là une exposition sans commune mesure. Sinon, ce sont les Europe, les Mondiaux tous les deux ans et les JO tous les quatre ans. Si ce jour-là vous êtes malade ou blessé, c'est fini. Et puis il y a l'émotion, la dramaturgie du format. ISL, ça les fait kiffer !

ISL a un côté sport spectacle. C'est une évolution inévitable ?

Oui. J'étais en tribune d'un match de foot avant le Covid et je voyais tous les gens accrochés à leur téléphone. Aujourd'hui, les jeunes ont besoin de sensations, il faut qu'ils reçoivent des ondes de choc régulières, qu'ils soient continuellement alimentés. Si on veut pouvoir communiquer avec eux, il faut entrer dans leur univers. Dans notre format sportif, on doit aller chercher cette base de fans. Il faut ressembler aux codes de l'e-sport. On appelle ça du « sportainment ». On allie les performances mondiales, les meilleurs athlètes et le show.

Tous les sports doivent-ils revoir leur format ?

En tout cas, il faudra uniformiser. Je ne crois pas à deux formats différents. Aujourd'hui, par exemple, le format du tennis ne marche plus. Ce qu'a fait Mouratoglou, ça suit ce sujet-là. Même le foot est en danger. Il faut peut-être du temps pour que les gens s'habituent. Nous, on n'a pas de tradition. Si on me dit deux jours de compétition c'est trop long, on réduit sur une journée, pourquoi pas? Allez demander à Nadal ou Federer de changer les règles du tennis, ça ne va pas leur aller du tout! Le tennis, le foot doivent avancer.

2020 est une année d'adaptation. A quoi ressemblera ISL la saison prochaine ?

L'idée est d'avoir une saisonnalité, avec un mois de compétition en mars, juin, octobre/novembre et finale en décembre.

Mais il y a les Jeux…

On ne sait pas s'il y aura les Jeux ! On verra… S'ils n'ont pas lieu, la saison 3 de l'ISL commencera début 2021. Sinon ce sera septembre, un peu comme cette année.

Six Français sur le plot de départ

L’ISL regroupe dix franchises de 24 à 28 membres, dont deux nouvelles (Tokyo Frog Kings et Toronto Titans). Six nageurs tricolores participent cette saison à la compétition. Avec en tête de liste Florent Manaudou (Energy Standard Paris), l’une des figures de proue du projet. Le champion olympique de 50 m NL croisera en Hongrie Mélanie Hénique et Clément Mignon (Iron), Marie Wattel et Amaury Leveaux (London Roar) et Béryl Gastaldello (LA Current).

La phase préliminaire débutera ce vendredi à huis clos dans la Duna Arena de Budapest. Dix « matchs » de 39 courses sur deux jours, avec quatre équipes à chaque fois, seront programmés d’ici au 15 novembre. Ensuite, les demi-finales regrouperont les huit meilleures du 19 au 22 novembre avant la finale à quatre fin décembre. Les organisateurs étaient en discussions avancées avec Tokyo mais les contraintes sanitaires (quatorze jours de quarantaine obligatoires pour deux jours de compétition) sont trop fortes. Budapest risque d’être la solution de repli.

Parmi les nouveautés, la mise en place d’un « jackpot time ». Le nageur ou la nageuse qui gagne une course dans un temps proche d’un record mondial peut rafler l’ensemble des points mis en jeu sur la course. Les « skins » (enchaînement de trois courses en moins de dix minutes) ne seront plus forcément en nage libre. C’est l’équipe qui remportera le 4x100m mixte qui aura le choix des armes…