Mondiaux de ski : température, humidité, apparence… comment la neige est scrutée

Les fédérations, les équipementiers et les techniciens analysent le plus précisément possible les flocons pour favoriser la performance des skieurs.

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 Le type de neige, comme ici à Wengen en 2013 où le vent fait s’envoler des cristaux, est étudié de près par l’encadrement des équipes.
Le type de neige, comme ici à Wengen en 2013 où le vent fait s’envoler des cristaux, est étudié de près par l’encadrement des équipes. AFP/Olivier Morin

Il s'élance. Et file tout droit dans la pente, sans chercher à faire le moindre écart. Quatre cents mètres plus bas, le skieur monte sur une motoneige qui le ramène à son point de départ. Pour une nouvelle descente dénuée de fioritures, chronométrée par une balise GPS. Un ballet déroutant, mais classique sur le circuit de ski alpin. Chaque jour, pendant les Mondiaux de Cortina d'Ampezzo en Italie (8 au 21 février), où se déroule ce dimanche 14 février la descente messieurs, les testeurs des équipementiers vont répéter la manœuvre pour scruter la moindre variation du temps de passage. Et donc de la neige des Dolomites.

« On se positionne juste à côté de la piste de course pour avoir la même exposition que celle-ci, décrit Stéphane Mougin, le directeur du service course du groupe Rossignol. Le but est d'aller le plus vite possible à faire ces rotations pour qu'il y ait le moins possible de variation météorologique entre les chronos. Ça nous permet de tester les skis qui correspondent. »

La température de la neige en temps réel

Perfectionniste ? Non, juste logique. Dans un monde où descendeurs et slalomeurs gagnent ou perdent une course pour quelques centièmes, l'analyse de la neige occupe une place centrale dans la performance. Et permet aux techniciens de déterminer de quel fart, le produit pour améliorer la glisse, ils vont enduire les skis des coureurs pour le jour J. A Cortina, les importantes chutes de flocons, qui ont conduit les organisateurs à reporter les trois premiers jours de compétition.

« Les neiges récentes évoluent rapidement en fonction du vent et des températures, explique Pascal Lemoine, technicien en charge du développement des farts de Vola, une des entreprises spécialisées du secteur. Il faut donc constamment contrôler la neige, notamment dans la trace des coureurs. » Pour ce faire, celui qui travaille également avec l'équipe nationale suisse s'appuie sur une centrale météo à côté de la piste qui lui fournit en temps réel des données comme la température de la neige et de l'air.

Les chutes de neige fraîche perturbent le travail des techniciens. AFP/Fabrice Coffrini
Les chutes de neige fraîche perturbent le travail des techniciens. AFP/Fabrice Coffrini  

« Si elle est à - 10 C° à 5 heures du matin quand on travaille sur les skis, on peut estimer avec les prévisions météo à quelle température elle sera à l'heure du départ de la course », poursuit l'ex-technicien du champion olympique français de descente, Antoine Dénériaz.

« L'impact de l'ombre projetée par une montagne »

Depuis la France, les prévisionnistes de la Fédération française de ski vont aussi passer deux semaines à surveiller de près ce petit coin du nord-est de l'Italie. « On met en place un système qui va permettre d'anticiper l'évolution de la température de la neige en tenant compte de l'exposition au soleil des différentes zones, décrit Nicolas Coulmy, directeur du développement scientifique et sportif. On est capable de mesurer l'impact de l'ombre projetée par une montagne ou des arbres sur la piste. »

Sur la piste, les entraîneurs des différentes nations se succèdent en amont des courses. Une session où les coachs effectuent des relevés à des endroits stratégiques pour, outre la température, connaître le taux d'humidité du manteau et déterminer le type de neige sur laquelle glisseront leurs athlètes quelques heures plus tard. Sèche, humide, accrochante, salée : chez les Bleus, le verdict est envoyé via un groupe WhatsApp aux techniciens restés dans les ateliers.

Des durcisseurs de neige qui compliquent les prévisions

« On se place à des points stratégiques de la piste pour avoir la meilleure vue d'ensemble, décrit Xavier Fournier, chef du groupe vitesse tricolore. Tu peux avoir du béton en haut, où il fait plus froid, et une neige plus humide et plus molle sur le bas. Sur certaines courses, ils vont mettre des produits pour faire durcir la neige, il faut aussi en tenir compte. »

Aux JO de Sotchi en 2014, certaines substances utilisées par les Russes sur la piste avaient ainsi dérouté les modèles de Nicolas Coulmy et son équipe, établis sur des produits utilisés en Europe de l'Ouest ou Amérique du Nord. Mais à Cortina d'Ampezzo, étape classique de la Coupe du monde féminine, la qualité de neige est bien plus connue par les techniciens.

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« Il y a une part d'expérience, glisse Pascal Lemoine. La neige, on va la prendre en main, regarder si elle est poudreuse, comment elle se tient. Ça se joue à l'œil. » Une expertise déterminante une fois la course lancée quelques heures plus tard.