Mondiaux de cyclisme : l’Argentine qui court à Auber par amour

Fernanda Yapura qui dispute ce jeudi le chrono des Championnats du monde à Imola (Italie) est licenciée à St Michel Auber 93. La jeune argentine est en couple avec un ex-coureur et entraîneur essonnien.

 Fernanda Yapura qui dispute  les championnats du Monde avec l’Argentine a signé dans l’équipe féminine de  St  Michel Auber 93  par l’intermédiaire  de son compagnon Lucas Leblond, ancien coureur essonnien.
Fernanda Yapura qui dispute les championnats du Monde avec l’Argentine a signé dans l’équipe féminine de St Michel Auber 93 par l’intermédiaire de son compagnon Lucas Leblond, ancien coureur essonnien.  LP/Icon Sport/Baptiste Fernandez

De la ville argentine de Salta, située au pied oriental de la Cordillère des Andes, à la région parisienne, Fernanda Yapura (22 ans) a dû surmonter de nombreux obstacles. « C'est dur, chaque année, j'ai envie de rentrer », avoue le sélectionnée pour les Championnats du monde d'Imola (chrono jeudi, course en ligne samedi), licenciée depuis cette saison dans l'équipe féminine de St Michel-Auber 93. « Le niveau est bon en France, Auber est une bonne équipe avec des filles motivées », explique l'Argentine qui a notamment terminé 3e d'une manche de Coupe de France à Morteau début septembre. Mais son choix de venir courir dans une équipe française, a également été dicté par… l'amour.

C'est son compagnon, l'Essonnien Lucas Leblond, ancien coureur amateur qui l'a dirigé vers Auber. « Elle cherchait une équipe UCI (NDLR : le plus haut niveau) mais comme on n'a pas trouvé, j'ai contacté Sébastien Bailly (ex-directeur sportif des féminines d'Auber) qui en a parlé au manager Stéphane Javalet », explique Lucas Lebond, auto-entrepreneur en études posturales et entraîneur de cyclisme.

Fernanda Yapura a déjà réussi des performances marquantes pour l'histoire du cyclisme féminin argentin. En 2018 à Innsbruck (Autriche), elle a été la première femme argentine à terminer un Championnat du monde. Et l'an dernier, elle a pris la 6e place des Jeux-Panaméricains, la meilleure performance dans cette épreuve pour une cycliste de son pays.

«En Argentine, le vélo est très peu développé chez les femmes»

 

« Chez nous en Argentine, le vélo est très peu développé chez les femmes, il y a peu de courses, peu de filles au départ », explique Fernanda qui a débuté à l'âge de 10 ans. « Mon père nous emmenait rouler avec mes frères et sœurs, poursuit-elle. Comme ça me plaisait, on s'est rapproché d'une personne pour faire de la compétition. »

Mais pour vivre à fond sa passion, Fernanda a dû quitter sa famille. Elle a d'abord rejoint le centre de formation à Mar del Plata qui regroupait les meilleurs cyclistes d'Amérique du Sud. Puis repérée sur tests, elle a intégré à 18 ans, le centre mondial de cyclisme à Aigle (Suisse) financé par l'UCI (Union Cycliste International) et destiné aux coureurs des « petits pays » (NDLR : le Britannique Froome , quatre fois vainqueur du Tour, y a été formé). « Partir en Europe était un passage obligé si je voulais progresser, explique-t-elle. Mais pour moi, tout a changé, la mentalité, la nourriture, le climat… Je suis loin aussi de ma famille. Ça fait 4 ans que je suis Europe et j'ai souvent eu des hauts et des bas. »

Une vie de couple « entièrement rythmée par le vélo »

« Elle a une grosse force de caractère et un esprit de compétition », souligne Lucas Leblond qui l'a rencontrée en 2017 alors qu'il était en stage au centre mondial de cyclisme dans le cadre de son Master 2 en Sciences du Sport. « Sa présence est très importante pour moi, il est d'une très grande aide, il me soutient, grâce à lui je peux poursuivre mon aventure européenne et continuer à m'améliorer » glisse Fernanda. Si Lucas avoue que la vie du couple est « entièrement rythmée par le vélo », il a décidé de ne pas l'entraîner alors qu'il suit au quotidien plusieurs cyclistes, hommes et femmes. « On préfère ne pas tout mélanger, bien sûr je la conseille mais elle a gardé son entraîneur espagnol », explique-t-il.

Chaque début de saison, Fernanda qui progresse dans son apprentissage du Français, doit renouveler son visa touristique pour pouvoir disputer la saison européenne. À St Michel-Auber, elle est juste défrayée. Pour les Championnats du monde en Italie, la Fédération argentine prend en charge ses frais ainsi que ceux de l'autre sélectionné, le grimpeur Eduardo Sepulveda (Movistar).

« Notre Fédération nous aide un peu pendant la saison, mais elle n'a pas beaucoup d'argent, reconnaît Fernanda. Pour l'Argentine, ce qu'elle nous donne, c'est déjà beaucoup mais à l'échelle européenne ça ne suffit pas pour vivre. » Pour elle, c'était donc une année importante. « Moi, je l'aide au maximum à tous les niveaux mais on espère qu'elle se fera remarquer pour rejoindre une équipe UCI ou que l'équipe féminine St Michel Auber pourra grandir », conclut Lucas Leblond.

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