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MMA : «Ce n’est pas un sport de sauvages», clame Laëtitia Blot, ex-championne de judo

L’ancienne championne de judo et de lutte se lance dans une nouvelle carrière en MMA. Elle est à l’affiche du premier gala officiel en France, ce jeudi, à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne).

 Laëtitia Blot se réjouit d’être à l’affiche du premier gala organisé en France.
Laëtitia Blot se réjouit d’être à l’affiche du premier gala organisé en France. Samuel Yalap

Elle ne sera pas à bord ce jeudi d'un Thalys, à contrôler les billets en direction de Bruxelles ou Amsterdam. Laëtitia Blot, train manager de 37 ans dans le civil, montera pour la première fois dans l'octogone à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). Là où le premier gala officiel de MMA (Mixed Martial Arts) a lieu à partir de 19 heures, depuis la légalisation de la discipline en compétition en février dernier.

L'ancienne championne de France de judo et de lutte explique pourquoi elle s'engage dans ce sport de combat extrême qu'elle pratique depuis 2019, à la Science Duca (Marseille) et Obyfight (Vitry). Elle dénonce également les préjugés autour de sa nouvelle passion.

Après le judo et la lutte, pourquoi vous lancez-vous dans une nouvelle carrière, en MMA ?

LAETITIA BLOT. Pour le challenge. On est venu me chercher en octobre dernier. David Ducanovic de la Science Duca m'a persuadé toute une soirée, autour d'un verre, de me lancer parce que j'avais un bagage technique important. Il m'a assuré que le MMA n'était pas si dangereux qu'on le prétendait, m'a annoncé qu'il allait être légalisé en France, sachant que j'avais toutes les qualités pour percer.

Mais n'avez-vous pas un peu peur de pratiquer ce sport de combat extrême ?

Au début, j'ai pensé à mon visage, je ne voulais pas qu'on l'abîme. Mais on m'a convaincu encore une fois que ce n'était pas plus dangereux qu'un autre sport. En judo, je me suis déjà ouvert une arcade, on a parfois les épaules qui sautent, une rupture des ligaments croisés à un genou… En MMA, on peut être dans l'appréhension car il y a du sang qui gicle mais ce n'est pas ça qui va me freiner. On met un pansement et c'est bon (rires). Et l'arbitre peut arrêter le combat à tout moment.

PODCAST. MMA, ce que la légalisation va changer

La possibilité de gagner de l'argent a-t-elle compté dans votre prise de décision, sachant que le MMA est bien plus lucratif que le judo ou la lutte ?

Ce n'est pas mon moteur, si tu penses à ça, tu es perdue. Forcément, mon but est d'aller le plus haut possible, l'argent viendra donc avec. Ça pourrait réduire ma charge de travail chez Thalys. Mais avant de se voir sur une montagne d'or, il y a encore beaucoup de travail. J'arrive seulement dans le MMA, on ne mise pas sur un cheval de course sans être sûr de sa valeur. Mais encore une fois, c'est plus un nouveau défi après avoir végété, être tombée un peu en dépression après la fin d'une relation qui devait au départ me permettre de construire une famille… L'adrénaline du sport de haut niveau me manquait également.

Vous voilà donc à l'affiche du premier gala officiel en France…

C'est une fierté parce qu'on me fait confiance sur le premier événement. J'espère prouver mes qualités à ceux qui m'ont traité de folle quand j'ai décidé de me lancer.

Justement, que répondriez-vous à ceux qui pourraient se montrer critiques sur le fait qu'une femme s'adonne à cette discipline ?

On autorise bien les hommes à pratiquer la natation synchronisée (rires) ! Plus sérieusement, comment peut-on prôner l'égalité hommes femmes avec autant de force, d'insistance, et s'interroger dès lors qu'une femme choisit une voie prétendument peu conventionnelle ? Le goût du défi, de l'effort, ou l'abnégation, n'est pas une valeur masculine, et peu importe le moyen de l'exprimer. Et je rassure tout le monde : ma féminité ne s'en trouve pas le moins du monde contrariée.

Mener de front cette nouvelle passion et votre emploi chez Thalys ne doit pas être facile...

Parfois, je me demande comment je trouve la force pour aller courir à 6 heures du matin avant de partir travailler. Ou de filer m'entraîner avec des garçons de 80 kg après le boulot, le soir.

Pourquoi le MMA peut connaître un véritable succès en France ?

Déjà, ce n'est pas un sport de sauvages, on est tous des gens normaux qui travaillent et essaient d'y associer cette passion. Après, le MMA, c'est le Graal de tous les arts martiaux puisqu'il regroupe tous les sports de combat. Et le spectacle est au rendez-vous.