Le Vendée Globe vu par Clarisse Crémer : «J’ai pleuré de joie au moins une fois par jour»

Pendant le Vendée Globe, Clarisse Crémer nous a fait partager sa vie en mer à bord du «Banque populaire X». La navigatrice devrait arriver ce mercredi matin aux Sables-d’Olonne.

 « Faire le tour du monde en solitaire est un accélérateur d’émotions qui donne l’impression de vivre dix ans en trois mois », se confie Clarisse Crémer.
« Faire le tour du monde en solitaire est un accélérateur d’émotions qui donne l’impression de vivre dix ans en trois mois », se confie Clarisse Crémer. BPCE/J. Lecaudey

« Je ne veux surtout pas faire le bilan d'une aventure qui n'est pas encore terminée, et surtout pas encore gagnée ! Il me reste moins de 1000 km à parcourir. Ce n'est pas grand-chose au regard des 45 000 km de ce tour du monde, mais c'est tout de même largement suffisant pour réserver des surprises.

Je voulais malgré tout partager une statistique émotionnelle assez représentative de l'aventure que je viens de vivre : en 84 jours de course, à part les cinq premiers jours, j'ai pleuré de joie au moins une fois par jour. Même dans les quelques journées de détresse psychologique que j'ai pu vivre, il y avait forcément un rayon de soleil qui me permettait de m'extasier devant l'incroyable beauté des éléments. Ce n'était pas forcément des torrents de larmes, mais a minima la gorge nouée, l'œil humide et un sourire ineffaçable sur le visage. Et pourtant, je ne suis pas du genre à pleurer de joie pour un oui ou pour un non. Certes, la fatigue aide à se laisser submerger par les émotions, mais tout de même, qui d'autre a pleuré de joie presque tous les jours depuis le 8 novembre?

Faire le tour du monde en solitaire est un condensateur de vie, un accélérateur d'émotions qui donne l'impression de vivre dix ans en trois mois. J'aime bien la formule qui dit qu'on ne peut pas rajouter de jours à sa vie, mais qu'on peut ajouter de la vie à ses jours. Dans la tentative d'ajouter de la vie à ses jours je ne peux que recommander le Vendée Globe! Certes, il n'est pas impossible que cela vieillisse les concurrents prématurément (j'ai lu récemment une étude scientifique peu encourageante au sujet des conséquences très néfastes du manque de sommeil sur le cerveau), mais je dirais que le jeu en vaut la chandelle!

Ainsi, ce dernier mot du bord, écrit au large de la péninsule ibérique, alors que d'autres péripéties m'attendent très certainement encore d'ici Les Sables-d'Olonne, a pour objectif de remercier tous ceux qui m'ont offert ce privilège extraordinaire de vivre plus intensément que jamais pendant 3 mois. Il y a ceux qui ont organisé le Vendée Globe 2020, sans trembler devant les multiples écueils dressés par la pandémie, il y a mon sponsor Banque Populaire qui m'a fait confiance en me propulsant dans cet univers magique, il y a mon équipe qui m'a prise au sérieux quand moi-même je ne me sentais pas forcément légitime, il y a finalement tous ceux qui de près ou de loin ont pensé à moi et m'ont portée, j'en suis sûre, à travers les océans.

Il n'est jamais trop tôt pour dire merci, et quoiqu'il arrive d'ici le passage de ligne je suis pleine de gratitude pour cette aventure unique qu'il m'a été donnée de vivre. »