«Le sport rend mon fils heureux» : la maman d’un adolescent autiste raconte

L’activité physique a aidé Julien, un ado de 15 ans atteint d’autisme, à s’épanouir. Sa mère, Magali, nous explique comment son fils s’est mis à pratiquer la natation, le ski alpin, le VTT et plus récemment la course à pied.

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 Grâce au ski, Julien, autiste, arrive à surmonter sa maladie. Une passion pour le sport qu’il partage avec sa mère, Magali.
Grâce au ski, Julien, autiste, arrive à surmonter sa maladie. Une passion pour le sport qu’il partage avec sa mère, Magali. DR

Julien a 15 ans. Autiste, il ne parle pas « mais comprend tout », comme sa maman l'a fait écrire sur son tee-shirt. L'adolescent, qui vit à Saint-Martin-d'Hères (Isère), a une passion, en plus des parties de Mario Kart sur sa console, le sport. « Chaque personne autiste a un pic de compétences, le petit truc où il se sent le plus à l'aise, décrypte Magali Pignard, sa maman. Pour Julien, c'est le sport. C'est dans ce domaine qu'il a le moins de retard par rapport aux adolescents de son âge. Alors, on l'exploite à fond. »

A 5 ans, comme tous les autres enfants, Julien a appris à faire du vélo. Rapidement, il s'est mis au roller, à la natation, au trampoline, au ski de fond, au ski alpin et, plus récemment, au VTT de descente! Lors du premier confinement, alors qu'il n'était possible de pratiquer une activité physique qu'à un kilomètre au maximum autour de chez soi, Julien a découvert la course à pied. « C'était ça où les neuroleptiques », glisse Magali.

«Le sport, c'est vital pour lui, pour nous»

La maman se souvient de cette crise au cours de laquelle son fils, qui ne comprenait pas le confinement, s'est mis à casser ce qui lui passait sous la main. « Pour faire tomber la pression », Magali et Julien enfilent leurs chaussures et partent faire le tour du quartier en courant. Une vraie découverte pour l'adolescent et un soulagement pour la maman qui, grâce à la course à pied, est parvenue à rendre le confinement moins pénible à son fils.

Julien a également trouvé une nouvelle motivation. « Il ne court pas forcément très longtemps, mais il progresse beaucoup. » Le sport l'aide à s'épanouir. « Julien est un hyperactif. Rester devant la télévision est pour lui impossible. S'il n'est pas occupé, il tourne en rond et s'énerve. Le sport, c'est vital pour lui, pour nous. Je le sens vraiment heureux lorsqu'il pratique une activité physique. Quand il court, il fait des petits sauts de cabri et refuse une chose : que je le double ! »

Ces temps de sport sont aussi des doux moments d'échanges entre Julien et ses parents, qui se partagent sa garde. Chaque samedi, Magali et son fils prennent ainsi le train pour Chambéry (Savoie). « J'ai repéré un col que nous grimpons à vélo. Toujours en danseuse concernant Julien ! Les gens hallucinent parfois de nous voir toujours bouger. » Mère et fils s'offrent un joli défi dans la bonne humeur. « La récompense à l'arrivée, c'est un pain au chocolat blanc ! Parfois il s'énerve, alors je le charrie, et ça le fait éclater de rire. »

Apprendre à se maîtriser et à se dépasser

Aux beaux jours, les séances de VTT se font à la station de Chamrousse (Isère), avec des montées en télécabine, dont l'adolescent raffole. Le sport, c'est aussi l'occasion pour Julien de composer avec les consignes et de se dépasser. En 2020, outre la course à pied, il a réussi un sacré défi : celui de réussir à prendre un télésiège. « Avec beaucoup de patience, de détermination et aussi l'aide des personnes chargées du télésiège, se souvient la maman. Julien reculait, voulait partir, mais on lui a fait confiance. Il a vu qu'il était capable de le faire. »

Les séances de sport sont quotidiennes pour Julien, qui séjourne à mi-temps dans une structure spécialisée, dont la maman est l'une des familles fondatrices. « Le sport est vital pour les enfants comme Julien qui sont exclus de l'école et des centres de loisirs, estime Magali. Seulement, notre fils a la chance d'avoir des parents extrêmement sportifs, qui peuvent pratiquer avec lui. Beaucoup d'enfants handicapés ne peuvent pas faire d'activités physiques. »

«C'est bien mieux que les médicaments»

Les structures prêtes à accueillir des enfants autistes manquent cruellement. Les associations ne sont pas armées pour prendre en charge des adolescents très peu autonomes comme Julien. La bataille est permanente. « On peut faire éventuellement appel à un éducateur, mais il faut compter 20 à 30 euros de l'heure. » Magali ne baisse pourtant pas les bras. Son projet est de créer une synergie entre des coachs qui s'occuperaient d'enfants handicapés et qui bénéficieraient d'une formation spécialisée, dans le but de leur permettre d'apprendre à communiquer avec ce public à la fois particulier et extrêmement réceptif.

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« Le sport rend mon fils heureux… et son papa et moi sommes tellement contents de partager ces moments avec lui », insiste Magali. Celle-ci a malgré tout conscience qu'elle ne sera pas toujours là pour Julien. D'où l'importance de faire bouger les lignes pour que les enfants autistes puissent aussi faire du sport. « Parce que c'est structurant pour eux, et parce que c'est bien mieux que les médicaments. »