Basket : «C’est une sacrée saloperie», témoigne Pascal Donnadieu, victime du Covid

Eloigné des parquets depuis le début du mois de novembre en raison du Covid-19, l’entraîneur de Nanterre revient sur cette période.

 Touché par le Covid-19, Pascal Donnadieu, coach de Nanterre, a été écarté des terrains pendant trois semaines.
Touché par le Covid-19, Pascal Donnadieu, coach de Nanterre, a été écarté des terrains pendant trois semaines. LP/Icon Sport Anthony Dibon

La bonne nouvelle est tombée en milieu de semaine. Les tests effectués lundi ont révélé que Pascal Donnadieu, 56 ans, n'était plus positif au Covid-19. La fin d'un calvaire de trois semaines pour l'entraîneur de Nanterre qui est considéré comme une personne à risque en raison d'une faiblesse à un poumon. S'il n'a pas effectué le déplacement à Trento mercredi en Eurocoupe (victoire 102-104 a.2p), laissant les rênes avec succès au duo Philippe Da Silva et Michaël Bur, Pascal Donnadieu sera de retour sur les parquets ce dimanche (18h50), à Levallois, pour le derby chez le voisin des Metropolitans. Avant de rejoindre l'équipe de France lundi pour deux matchs de qualification à l'Euro 2022.

Comment vous sentez-vous ?

PASCAL DONNADIEU. Je savais qu'avec ma fragilité pulmonaire, il y avait de grands risques que ce ne soit pas simple si j'attrapais ce virus, je confirme, ça n'a pas été simple. Mais j'ai été bien suivi par mes médecins. Il y a plus malheureux que moi. Je ne vais pas m'apitoyer sur mon sort. Je suis allé passer des examens dans un hôpital et j'ai croisé des personnes bien plus touchées que moi. Il ne faut pas prendre ce truc à la légère. C'est une sacrée saloperie. Il faut être extrêmement vigilant.

Pour vous, cela n'a pas suffi pour éviter de tomber malade ?

J'ai toujours respecté le protocole sanitaire mais on sait qu'on est plus exposé dans le sport. À Nanterre, la majorité des joueurs et quasiment tout le staff ont été touchés. On ne sait pas où on a été contaminé mais les premiers cas sont arrivés quand on est rentré de Patras en Grèce (en Eurocoupe). Dans le sport, on a beau respecter strictement les gestes, quand on joue c'est compliqué. Si un joueur est touché, ça se propage forcément.

Vous auriez pu vous mettre en retrait quand les premiers cas ont été révélés ?

Je savais qu'il y avait un risque mais après tu ne vis plus. Et c'est mon métier. J'ai rapidement été bien entouré et j'avais anticipé en prenant des vitamines, en ayant une hygiène de vie plus stricte. L'objectif était de surveiller mes poumons. Ça été lourd et fatigant, j'ai attrapé une grosse pneumonie, mais je n'ai pas été hospitalisé. Cela n'a pas été tragique.

Vous avez eu quels symptômes ?

J'en ai eu pas mal et de façon assez importante. Pendant 15 jours je ne pouvais rien faire, j'ai eu beaucoup de fièvre pendant 10 jours environ. Moi qui suis plutôt insomniaque j'aurais pu dormir 24 heures sur 24 pendant plusieurs jours. On est vraiment KO. Quand on voit que même des athlètes de haut niveau le prennent de plein fouet, vous pouvez imaginer que pour les autres c'est encore plus violent. Ça va mieux depuis quelques jours, je peux même mettre le nez dehors pour marcher un peu.

Avez-vous pu vous tenir informé des résultats de votre équipe ?

C'était compliqué au début mais j'ai essayé de rester en contact. On échangeait régulièrement avec le staff pour partager nos idées. Dans ces cas-là, il faut faire confiance et déléguer. J'ai pu regarder les 3 matchs que j'ai manqués. J'ai même commencé à regarder pour remplacer Buycks (NDLR : le meneur et le club se sont séparés d'un commun accord début novembre). C'est normal quand tu as ça dans la peau… Même à 40 de fièvre.

Vous sentez-vous assez remis pour être présent au derby ?

A partir du moment où mon état s'améliore et que mon test est négatif, c'est normal d'être présent. Mais c'est en concertation avec les médecins, je ne suis pas fou. Je reviens sur la pointe des pieds, Philippe (Da Silva) a drivé l'équipe depuis deux semaines (NDLR : Franck Le Goff, l'autre assistant, est aussi positif). On est frustré qu'il n'y ait pas de public. Ce match, c'est une belle fête normalement, avec une grosse ambiance. Mais on est bien obligé de s'adapter.

Que pensez-vous du huis clos ?

C'est un moindre mal, mais on ne s'y retrouve pas complètement. Comme pour les théâtres ou les concerts, on préfère jouer devant un public, même hostile car c'est la passion. C'est forcément un manque. Ça se ressent aussi sur la qualité du jeu. L'ambiance permet de se transcender. Mais il faut accepter pour le bien de tous.

Cela impacte aussi l'économie des clubs ?

Le sport pro souffre comme beaucoup de secteurs. Ça m'a rassuré de voir qu'il allait être aidé comme les événements culturels. Il y a eu cette prise de conscience des pouvoirs publics. A Nanterre, on avait anticipé en baissant la masse salariale et le budget mais les temps sont durs pour tous les clubs. Jouer à huis clos ou arrêter le championnat n'est pas sans conséquences. C'est une situation très compliquée. L'idée serait peut-être que tout le monde ne fasse que quelques matchs. Ce qui me fait peur aussi, c'est que le virus va dicter d'une certaine façon le classement. Il y a un souci d'équité pour les équipes de la seconde partie de tableau qui jouent sans certains joueurs, testés positifs.