La championne de dressage non-voyante Verity Smith veut représenter la France aux JO

Installée dans la région de Nîmes (Gard), la championne de dressage franco-britannique Verity Smith, non-voyante, poursuit un rêve fou : intégrer l’équipe de France paralympique, mais aussi l’équipe des valides pour les Jeux olympiques de Paris.

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 Mauguio (Hérault), le 14 janvier 2021. Verity Smith, non-voyante, s’entraîne avec sa nouvelle monture Daisy de Nîmes.
Mauguio (Hérault), le 14 janvier 2021. Verity Smith, non-voyante, s’entraîne avec sa nouvelle monture Daisy de Nîmes. LP/Christian Goutorbe

Dans la carrière couverte du pôle hippique de Mauguio (Hérault), dirigé par l'entraîneur Christian Jannin, chaque matin, Verity Smith, experte en dressage, tourne inlassablement avec sa jument, Daisy de Nîmes. La séance est intense. La cavalière de renommée internationale est totalement concentrée. Au milieu de la piste, France, sa maman, Galloise, assise sur un marchepied en plastique, scande avec un fort accent des lettres à haute voix : A… A… A… B… B… A… Chaque lettre, correspond à une figure de dressage et à un emplacement précis sur les 20 m par 60 de la carrière en compétition.

Verity est non-voyante. Et ces codes criés à la volée par les scobies (crieurs bénévoles) de son équipe sont les seuls repères dont elle dispose pour parfaitement exécuter les différentes postures imposées. L'exercice de dressage est pour elle une véritable gageure. Elle doit placer son cheval au décimètre prés sur la piste pour obtenir les meilleures notes. « Le dressage, c'est comme de la danse artistique, comme un tango. Monture et cavalière doivent former un couple en parfaite harmonie et le cheval doit aussi comprendre que sa partenaire est aveugle. C'est un travail long, un an pour une personne valide et dix-huit mois pour une non-voyante comme moi », explique Verity, au moment de brosser Daisy de Nîmes, à tâtons, après la séance.

Elle est aussi écrivaine et autrice-compositrice-interprète

« Le cheval, c'est ma passion depuis l'âge de trois ans. J'ai perdu la vue à huit ans à cause d'une méningite mais j'ai quand même continué à faire du saut d'obstacles jusqu'à 14 ans avant d'arrêter… Parce que c'était tout de même devenu un peu trop dangereux. Et j'ai bifurqué vers le dressage », raconte-t-elle. Dans les années 2000, la blonde écuyère intègre l'équipe paralympique britannique, avant de s'installer à Nîmes et de réclamer la nationalité française pour rejoindre l'équipe de France. En 2019, coup du sort, Szekit, son magnifique cheval bai tombe malade, puis disparaît après avoir remporté avec elle une cinquantaine de grands prix, y compris devant des cavaliers très bien voyants.

Qu'importent les aléas de la vie! Son avenir? Peut-être les Jeux olympiques de Tokyo, incertains, l'été prochain. Les épreuves de sélection ont été reportées en février. Mais Verity vise plus sûrement le grand rendez-vous des JO de Paris 2024. « Je me suis fixé l'objectif d'intégrer l'équipe de France paralympique, mais aussi l'équipe de France des valides », lance-t-elle comme un étonnant défi avant de fredonner « Supersonic », une chanson qu'elle a elle-même écrite, composée et interprétée, comme un hymne à la jeunesse, au temps béni des JO de Rio en 2016.

Car Verity Smith n'est pas seulement une sorte de fée sur son cheval. C'est aussi une écrivaine et autrice-compositrice-interprète (deux albums à ce jour) avec un beau timbre de voix folk qui mélange ses balades avec le flamenco de Pepe Martinez et de ses amis musiciens de Nîmes, sa terre d'adoption. C'est dans le Gard qu'elle s'est installée, épousant la chaleur humaine, les sonorités, le soleil et les parfums de ce terroir dont elle veut défendre les couleurs. « La France, l'Occitanie, la ville de Nîmes constituent ma nouvelle patrie où je me sens si bien », ajoute-t-elle avec un enthousiasme imperturbable sur la route de son destin.