Hippisme : un sulky, ça vaut de l’or

Désormais fabriqué en carbone et pesant à peine plus de dix kilos, le sulky de course a permis d’améliorer les performances. Sa valeur attise également les convoitises.

 D’abord fabriqués en bois puis en acier, les sulkys sont désormais  en carbone, donc plus légers et rapides.
D’abord fabriqués en bois puis en acier, les sulkys sont désormais en carbone, donc plus légers et rapides. Finntack

C'est un peu la course à l'armement. Dans toutes les disciplines où la vitesse est reine, la technologie a sans cesse permis de repousser les limites et battre des records. Il n'en a pas été autrement dans les courses hippiques, notamment au trot, avec l'amélioration des sulkys. D'abord en bois puis en acier, ils sont désormais fabriqués en carbone. « En plus des progrès des chevaux, le matériel a permis d'aller de plus en plus vite ; c'est allé de pair », indique Joel Hallais, l'un des plus grands entraîneurs de l'histoire.

Agé de 73 ans, il a été témoin de ces évolutions et ajoute : « Auparavant, les professionnels accordaient plus d'importance au confort et à la sécurité. Dans les années 1980, il y a déjà eu une nette amélioration. Un sulky coûtait cher pour l'époque, entre 6 000 et 10 000 francs, mais il ne s'agissait pas d'un investissement aussi important qu'aujourd'hui. » Et pour cause, l'utilisation du carbone a fait flamber les prix puisqu'il faut désormais débourser plus de 10 000 euros pour le haut de gamme.

Des vols en série, Bold Eagle victime lui aussi

Cette valeur a d'ailleurs attisé pas mal de convoitises. Ces dernières années, une centaine de vols a eu lieu. En 2019, une information judiciaire a été ouverte, laquelle a abouti à trois interpellations concernant la disparition de vingt-trois sulkys, très vraisemblablement revendus à Malte et en Italie.

De ce fait, les compagnies d'assurances n'acceptent plus de couvrir les risques concernant ces objets, comme le confirme l'expert Didier Delaunay : « En plus des vols au sein des écuries, les sulkys sont régulièrement en transit, notamment vers les hippodromes, ce qui augmente les risques. On ne pouvait plus se permettre de les assurer. » En 2019, le sulky attitré du champion Bold Eagle, double lauréat du Prix d'Amérique, avait été dérobé dans l'Orne, ce qui avait permis de médiatiser ce fléau.

Finntack à la pointe de la technologie

La marque finlandaise Finntack fait partie des principaux fabricants de sulkys dans le monde. Denis Marques, l’un des deux associés dans cette entreprise, explique : « Nous sommes les seuls à fabriquer tous nos produits. On a démarré la fabrication des sulkys il y a 8 ans. Nous avons commencé par confectionner des produits très simples et attractifs au niveau du prix et nous avons vite cartonné en Scandinavie. Aujourd’hui, Finntack est le plus gros fabricant dans le monde. Nos sulkys sont exportés dans tous les pays où il y a des courses au trot (Nouvelle Zélande, Australie, etc…). 2500 sulkys sont vendus par an. » Et d’ajouter au sujet de la fabrication de ceux-ci : « Pour les courses, nous pouvons uniquement utiliser des brancards en bois ou en carbone. En Scandinavie, l’aluminium et le métal sont tolérés. La raison est simple. En France, les pelotons sont touffus et il y a toutes sortes de tracés. Au niveau de la sécurité, le bois et le carbone cassent plus facilement. En cas d’accident, le cheval et le driver sont plus vites libérés. A l’inverse de l’aluminium qui va plutôt se plier. Le bois et le carbone coûtent 20 ou 30% de plus. »

Un sulky de 11,8 kilos à 10 000 euros

Un nouveau sulky révolutionnaire s’appelant Crafit devrait prochainement voir le jour : « Nous sommes en train de développer un sulky qui ne pèsera que 11,8 kilos. Alors qu’à l’heure actuelle, le sulky le plus léger est à 16 kilos. On peut dire que ce modèle sera la « Rolls Royce » des sulkys. Son prix devrait attendre les 10.000 euros alors que notre premier prix est à 1300 euros. »

S. D.