Hippisme : quand un père turfiste donne le virus des courses à ses enfants devenus entraîneurs

Partis de rien, Mansour et Ibrahim Krouchi ont monté leur écurie, guidés par leur papa Nordine, parieur et désormais propriétaire. La famille présente un partant ce lundi à Vincennes.

 Vincennes, le 13 septembre 2019. Mansour Krouchi (en casaque) pose avec son frère Ibrahim (derrière lui) et ses parents (à gauche), après la victoire de Geronimo de Busset.
Vincennes, le 13 septembre 2019. Mansour Krouchi (en casaque) pose avec son frère Ibrahim (derrière lui) et ses parents (à gauche), après la victoire de Geronimo de Busset. Scoopdyga/Jean-Philippe Martini

Rares sont les professionnels partis de rien à réussir dans le monde des chevaux. C'est pourtant le rêve que tente de réaliser Mansour Krouchi, 27 ans, en essayant de se faire une place dans l'univers du trot qu'il affectionne. Accompagné de son frère Ibrahim, 25 ans, et de son père, Nordine, 57 ans, l'aventure familiale a démarré dès son plus jeune âge. « Mon père est un turfiste au départ. Il nous a amenés très tôt sur les hippodromes, a ensuite acheté un cheval de course, puis un autre… On l'accompagnait régulièrement sur les hippodromes. Il nous arrivait même de sécher les cours », sourit Mansour.

Pour parvenir à leur rêve de gosses, les deux frères ont dû redoubler d'effort. « Avec Ibrahim, on est arrivés à l'école de Graignes sans savoir monter, ni s'occuper d'un cheval, précise-t-il. Ce n'est pas évident de rivaliser avec des fils d'entraîneur qui font cela depuis leur plus jeune âge. On a dû travailler plus dur pour rattraper notre retard. Heureusement, comme notre père avait quelques chevaux à nous faire driver, on a pu se mettre à courir un peu. »

« Les remarques sur mes origines, c'était mon quotidien »

Malgré tout, les premiers pas n'ont pas toujours été évidents pour les deux frères, surtout dans ce milieu où il est difficile de s'imposer. « Nos parents ont toujours été d'un incroyable soutien », garantit Mansour. Avant d'évoquer les barrières qui ont pu se dresser sur son chemin, liées à son nom : « Les remarques sur mes origines (algériennes), c'était mon quotidien. Ce n'était pas facile aussi mais je m'y suis habitué. Cela nous a forgé une force de caractère. Il y a des racistes et des c… partout. »

Au fil des années et de ses expériences auprès de Mickaël Tourteau, Daniel Béthouart, Yannick Henry ou des frères Terry, Mansour gravit les échelons progressivement. « Le déclic s'est passé lors de l'hiver 2015 à Grosbois, se souvient-il. Quand j'ai rejoint l'écurie de Daniel Béthouart, j'ai gagné ma première course à Vincennes avec Ruy Blas d'Ariane. Après cette victoire, les gens ont commencé à m'appeler. »

À partir de ce moment, trois années lui auront été nécessaires pour passer le cap des 50 victoires, synonyme de passage dans le rang des professionnels. « Contrairement à mon frère, j'ai l'avantage de courir au trot monté. C'était plus facile », indique-t-il.

« C'était un rêve […] mais je pensais que cela ne se réaliserait jamais »

De 2018 à 2019, Mansour, passé tout juste professionnel, travaille aux côtés de Charles Cuiller puis décide de voler de ses propres ailes. « C'était un rêve de s'installer en tant qu'entraîneur, souffle-t-il. Mais je pensais que cela ne se réaliserait jamais. » Il saute donc sur l'opportunité que lui tend Charles Cuiller : « Il m'a proposé de louer des boxes chez lui. On est à une dizaine de kilomètres de Cabourg. L'emplacement est idéal, notamment pour aller à la plage avec nos chevaux. »

La tête dans les étoiles, la petite famille structure progressivement l'écurie familiale. Et leur organisation pourrait bien être la clé de leur réussite. Mansour précise : « Mon père Nordine est comptable dans la vie, gère donc toute cette partie. Il investit également sur des chevaux à réclamer. Il a l'œil pour ça. Il repère des chevaux et on échange sur notre ressenti. Mon frère, Ibrahim est installé sur le centre d'entraînement de Grosbois (à Boissy-Saint-Léger, Val-de-Marne), où il s'occupe des poulains. Il a qualifié l'ensemble de nos 2 ans et se débrouille vraiment bien. De mon côté, je gère les chevaux prêts à courir, leurs engagements. Je profite aussi des bienfaits de la mer. C'est bon pour leur moral. Je me spécialise vraiment dans les chevaux montés car j'aime ça. C'est ma marque de fabrique. »

Frodon Thonic, fer de lance de l'écurie

Au total, l'écurie familiale compte douze succès depuis ses débuts. Un score honorable compte tenu de leur effectif. « On a débuté avec trois chevaux, détaille Mansour. On est à 14 aujourd'hui. Frodon Thonic est le fer de lance de l'écurie. Je n'hésiterai pas à faire des kilomètres à travers la France cette saison. Je compte sur lui. Geronimo de Busset a pris des gains, et sa tâche se complique maintenant. Mon espoir pour l'avenir se nomme Imperator Vrie. Il n'a pas encore débuté car je le préserve. Il sera à suivre dans la deuxième partie de la saison. » Déterminée et motivée comme jamais, la famille Krouchi tentera de se mettre en évidence dès ce lundi, à Vincennes, avec Frodon Thonic qui porte la casaque du père, et « ne devrait pas être ridicule ».