Hippisme : pariez dès maintenant sur le Prix d’Amérique

Pour la première fois en France, il est possible de parier longtemps à l’avance sur une course hippique, le prestigieux Prix d’Amérique. Explications sur le principe de l’ante post, lancé par l’opérateur en ligne Zeturf.

 Qui succédera à Face Time Bourbon au palmarès du Prix d'Amérique ? Les paris sont d'ores et déjà ouverts.
Qui succédera à Face Time Bourbon au palmarès du Prix d'Amérique ? Les paris sont d'ores et déjà ouverts. Scoopdyga/Elliott Chouraqui

Les courses françaises entrent dans une nouvelle ère. À compter de ce jeudi, les parieurs peuvent engager des mises sur le Prix d'Amérique, qui se disputera dans plus de douze (!) semaines. Cette possibilité, comparable aux pratiques des bookmakers, constitue la principale nouveauté dans le partenariat signé pour trois ans entre le Trot, société organisatrice de la course, et l'opérateur de paris en ligne Zeturf. Mais, contrairement à ce qui se fait outre-Manche notamment où les cotes sont fixes pour l'hippisme, comme pour le sport, le principe du pari mutuel sera conservé. « Ce sera un ante post à la française, précise Emmanuel de Rohan Chabot, PDG de Zeturf. Nous sommes en adhésion totale avec la loi nationale qui impose le mutuel. À aucun moment, l'envie de proposer des cotes fixes n'a été formulée, car cela serait dangereux pour la filière dans son ensemble. Il n'y a qu'à voir les ravages que ce mode de paris a provoqués chez nos voisins italiens, belges ou allemands. » Les turfistes continueront donc à jouer les uns contre les autres, et non contre un opérateur.

Une session de paris entre chaque course qualificative

Le partenariat entre le Trot et le principal concurrent du PMU sur le digital ne concerne pas uniquement la plus grande course du monde pour trotteurs, curieusement rebaptisée « Legend Race ». Sont intégrées au dispositif les six épreuves qualificatives (Prix de Bretagne, du Bourbonnais, de Bourgogne, de Belgique, Ténor de Baune et Critérium Continental) et les deux courses, Prix de France et de Paris, qui faisaient office de revanches post-Amérique. L'échec des Epiqe Series, qui avaient vocation à valoriser l'aspect sportif des grandes courses françaises, n'a pas refroidi les acteurs de ce nouveau projet. « On peut se demander si cela va fonctionner, concède le patron de l'opérateur de paris. Mais le concept proposé par Jean-Pierre Barjon (président de Le Trot) m'a particulièrement séduit. Notamment parce qu'il est plus lisible et concentré sur une période plus courte que les Epiqe Series. Il comble la plupart des manques que peuvent contenir les paris hippiques. Comme dans les grands tournois sportifs, éliminations et qualifications animeront l'expérience des parieurs. »

Si loin du Prix d'Amérique, impossible de connaître le nom des 18 champions qui seront au départ le 31 janvier prochain à Paris-Vincennes. Pour la première session de paris (il y en aura une pour chaque épreuve qualificative), c'est donc une liste de 40 trotteurs susceptibles de disputer la grande course, qui est soumise à la sagacité des parieurs sur le site zeturf.fr. À la clôture des enjeux, qui interviendra au départ du Prix de Bretagne (22 novembre), la cote de votre cheval préféré indiquera son rapport s'il venait à gagner le dernier dimanche de janvier. L'occasion de toucher une « surcote », surtout si vous pensez que Face Time Bourbon ne conservera pas son titre. En revanche, si votre favori ne gagne pas, voire n'est même pas au départ du Prix d'Amérique, alors votre mise est perdue. « Ne pas rembourser les mises pour les chevaux non-partants est le seul moyen, dans le cadre d'un pari mutuel, d'offrir des cotes plus intéressantes pour le joueur que le jour J », justifie Emmanuel de Rohan Chabot.

La liste des chevaux de la première session et du Prix de Bretagne

Aetos Kronos (mâle de 4 ans) - Attraversiamo (m. 5 ans) - Bahia Quesnot (femelle de 9 ans) - Billie de Montfort (f. 9 ans) - Chica de Joudes (f. 8 ans) - Cokstile (m. 7 ans) - Davidson du Pont (m. 7 ans) - Délia du Pommereux (f. 7 ans) - Diable de Vauvert (m. 7 ans) - Double Exposure (f. 7 ans) - Drôle de Jet (m. 7 ans) - Ecurie D (m. 4 ans) - Enino du Pommereux (m. 6 ans) - Face Time Bourbon (m. 5 ans) - Fairplay d'Urzy (m. 5 ans) - Fakir du Lorault (m. 5 ans) - Féerie Wood (f. 5 ans) - Feliciano (m. 5 ans) - Ferrari B.R. (m. 7 ans) - Flèche du Yucca (f. 5 ans) - Foxtrot Sea (m. 5 ans) - Go on Boy (m. 4 ans) - Gu d'Héripré (m. 4 ans) - Gunilla d'Atout (f. 4 ans) - Hail Mary (m. 4 ans) - Handsome Brad (m. 7 ans) - Looking Superb (m. 7 ans) - Milligan's School (m. 7 ans) - Moni Viking (m. 7 ans) - Power (m. 4 ans) - Tony Gio (m. 8 ans) - Valokaja Hindo (m. 9 ans) - Valzer di Poggio (m. 6 ans) - Vernissage Grif (m. 6 ans) - Very Kronos (m. 6 ans) - Violetto Jet (m. 6 ans) - Vitruvio (m. 6 ans) - Vivid Wise As (m. 6 ans) - Zacon Gio (m. 5 ans) - Autre cheval

Au fil de l'hiver, des méformes, soucis physiques des champions ou l'apparition de nouveaux venus, la liste proposée aux turfistes sera modifiée, et souvent réduite, à chaque session.

« Ce n'est pas un pied de nez au PMU »

Les parieurs français vont-ils adhérer à ce type de jeu, nouveau pour la grande majorité d'entre eux ? « Nous n'avons pas d'attente chiffrée pour les volumes d'enjeux, assure l'opérateur de paris. Il s'agit surtout d'accompagner les parieurs dans la montée vers la très grande course. En temps normal, jouer un cheval, c'est l'acheter le temps d'une course. Ici, il s'agit d'acheter un cheval le temps du meeting. » Et donc de suivre avec attention toutes les performances des champions durant leur préparation. Libre à chacun de réinvestir à chaque session sur son préféré ou sur un autre concurrent qui aura fait forte impression. « Le défaut de ce type de jeu, pour les joueurs et l'opérateur, est de bloquer pendant une longue période l'argent misé. En tant qu'opérateur, la notion de recyclage est très importante pour générer du chiffre d'affaires, mais l'idée est d'attirer une nouvelle clientèle, notamment parmi les parieurs sportifs. »

Que ce concept inédit soit mis en œuvre par Zeturf et non par le PMU, opérateur historique et leader incontestable sur le marché hippique, peut interpeller. « Ce n'est pas un pied de nez au PMU, se défend Emmanuel de Rohan Chabot, dont les agissements ont longtemps irrité son concurrent. Pour Jean-Pierre Barjon, l'argent du PMU doit aller directement à la filière. Les sommes investies dans la mise en œuvre du projet et dans la communication auraient été autant de ressources en moins, si le PMU avait été le partenaire de cette opération. Nous n'avons aucune volonté d'antagonisme, nous voulons simplement valoriser les courses hippiques. Ils nous suivront si le concept fonctionne. » Auquel cas la crédibilité de Zeturf s'en trouvera renforcer. Et l'idée d'Emmanuel de Rohan Chabot de proposer du live betting (paris pendant la course) serait peut-être étudiée plus attentivement. Quand on vous dit que les paris hippiques sont entrés dans une nouvelle ère.

« Le reconfinement ? Pas une aubaine »

Durant la première période de confinement, le commerce en ligne a fortement progressé et les paris hippiques n’ont pas échappé à la règle. En dépit de la réouverture de la totalité de ses 13 500 points de vente à compter du 11 mai, le PMU revendique une hausse de 30 % des mises sur ses supports digitaux sur le dernier semestre. Uniquement autorisé à prendre des paris online, Zeturf pourrait se réjouir du reconfinement annoncé par Emmanuel Macron la semaine passée. « Bien que notre croissance depuis le début de cette année si particulière soit supérieure à celle du PMU, ce n’est pas une aubaine, nuance pourtant Emmanuel de Rohan Chabot. L’accroissement des volumes d’enjeux sur Internet ne va pas compenser les pertes du réseau physique (qui représente 85 % des mises). Et tout ce qui peut affaiblir l’écosystème n’est pas une bonne nouvelle. »