Hippisme : Les apprentis en lumière sur l’hippodrome d’Amiens

Six courses de la réunion prévue sur le site du Petit Saint-Jean seront exclusivement dédiées aux futurs professionnels, ce samedi. Une manière d’encourager la jeunesse moins attirée par le métier de jockey.

 Ce samedi 19 septembre le champ de courses d’Amiens (Somme) organise six courses exclusivement dédiées aux apprentis.
Ce samedi 19 septembre le champ de courses d’Amiens (Somme) organise six courses exclusivement dédiées aux apprentis. Scoopdyga

Il y a une forme de logique à ce que la première ville française à être désignée capitale européenne de la jeunesse, en 2020, mette les apprentis à l'honneur. Six des huit courses PMH (Pari Mutuel Hippodrome, des paris enregistrés uniquement sur hippodrome) organisées samedi sur l'hippodrome d'Amiens (Somme) leur sont dédiées.

Entraîneur, driver et éleveur de trotteurs installé à Rouvroy-en-Santerre (Somme), Guy Verva est à l'origine du projet, dont il explique l'objectif. « C'est une première. Le but de cette expérience, en accord avec les professionnels et la société des courses d'Amiens, est de promouvoir et d'encourager nos jeunes. » Il ne cache pas son enthousiasme face à l'accueil qu'a rencontré l'initiative. « Toutes nos courses sont complètes. Je suis content que les entraîneurs aient joué le jeu en engageant leurs chevaux. »

« Un secteur qui recrute »

Cette main tendue vers la nouvelle génération n'aurait pas été possible sans le soutien de Franck Pellerot, vice-président de la société LeTrot, et celui de Philippe Levasseur, président du site du Petit Saint-Jean, que Guy Verva tient à saluer. « Je les remercie tous les deux d'avoir permis la réalisation de cette réunion novatrice, qui, je l'espère, se reproduira dans l'avenir. C'est aussi l'objectif », précise l'homme de 68 ans riche d'une belle expérience dans le domaine. « J'ai commencé dans le métier à 14 ans », confie-t-il.

Si ce rendez-vous est une opportunité supplémentaire pour ces futurs jockeys drivers de pouvoir s'exprimer, l'événement est aussi, et surtout, créé pour motiver les nouvelles forces vives. La filière accuse depuis quelques années un inquiétant manque d'effectif. « Nous peinons à recruter des apprentis dans nos écuries », déplore le metteur au point.

Mais, pour cela, encore faut-il répondre à l'attente de ces jeunes gens avec une offre plus riche en épreuves pour leur permettre de pratiquer ce à quoi ils se préparent. Se produire en piste est pour eux la récompense des efforts consentis. Selon le rapport 2019 de la société organisatrice des courses de Trot en France, sur les 11 055 épreuves disputées chaque année sur notre sol, seulement 903 courses s'adressent aux novices, soit 8,17 %. Pas suffisant pour attirer de potentielles recrues.

« Nous avons constaté cette pénurie d'apprentis, avance Penny Johnston, responsable de la communication de l' Afasec (Association de Formation et d'Action Sociales des Écuries de Courses). Nous avons bien conscience du gros travail à accomplir pour faire connaître notre secteur, qui, il faut le souligner, est un domaine qui recrute. Neuf de nos diplômés sur dix sont embauchés dans les écuries. » Pour le faire encore plus savoir, samedi prochain, un stand de l'Afasec et un autre de la MFR (Maison Rurale et Familiale) seront installés sur l'hippodrome d'Amiens pour cette manifestation.

Une nouvelle génération sur le marché

La méconnaissance du monde hippique n'est pas l'unique explication du désintérêt pour la profession selon la responsable. « Nous avons face à nous la nouvelle génération dite « Z » pour zapping. La formation pour la vie, ça n'existe plus. Ils changent très vite d'orientation, tout en recherchant plus de sédentarité, ce qui n'est pas compatible avec cette profession ouverte à l'international. C'est un changement de mentalité plus complexe à canaliser. » La contrainte du poids et de la taille, surtout dans la discipline du galop, s'avère également être de plus en plus un obstacle. « C'est un effort supplémentaire que certains ne peuvent pas assumer sur le long terme, d'autant que les mensurations de nos enfants tendent à s'accroître », reconnaît Penny Johnston.

Guy Verva s'en défend, mais faire sa place et s'imposer dans ce circuit est loin d'être une sinécure, notamment pour les nouveaux arrivants non issus du sérail. Le relais s'y effectue bien souvent, et particulièrement chez les trotteurs, par transmission familiale. Sans pour autant dénigrer les qualités professionnelles « des fils de », en témoignent les noms des trois pilotes têtes de liste en 2020, Eric Raffin, Matthieu Abrivard et David Thomain. Ce trio d'excellence est né avec de belles origines. « Notre plus grand entraîneur français, Sébastien Guarato, s'est construit tout seul », rétorque notre professionnel et d'ajouter : « nous évoluons dans le milieu de la compétition où les compétences et le talent l'emportent sur tout. »

Et ce samedi, les jeunes concurrents auront le loisir de mettre leur aptitude en valeur. Depuis le bord de la piste, le public n'aura d'yeux que pour eux au cours de cette réunion tournée vers l'avenir.