Hippisme : Face Time Bourbon, le champion qui coûte cher au PMU

Payé ou remboursé ? Générosité ou frustration ? La question se pose chez l’opérateur de paris à chacune des sorties de ce phénomène des hippodromes. Qu’en sera-t-il cet après-midi à Vincennes, où Face Time Bourbon sera au départ ?

 Le 9 février 2020 à Vincennes, Sébastien Guarato et Face Time Bourbon recevaient la visite de Clémence Botino.
Le 9 février 2020 à Vincennes, Sébastien Guarato et Face Time Bourbon recevaient la visite de Clémence Botino. Scoopdyga/Jean-Philippe Martini

Preuve de sa popularité, Face Time Bourbon a eu le privilège, en février dernier, de recevoir la visite de Clémence Botino. Comme Miss France, le trotteur de 5 ans fait l'unanimité dans le cœur des parieurs. Et pour cause, le champion de Sébastien Guarato atteint sa cible à chacune de ses sorties, ou presque. Ses 25 victoires et 4 deuxièmes places en trente courses expliquent l'engouement quasi aveugle des turfistes qui le plébiscitent. 90 % de leurs paris, en simple placé, portent le nom, ou plutôt le numéro, du recordman de la piste de Vincennes.

À mille lieues de ces considérations, le beau bai pourrait pourtant finir par coûter très cher au PMU. Le premier opérateur européen surveille chacune des courses du dernier vainqueur du Prix d'Amérique, et favori à sa propre succession. Quand Face Time Bourbon gagne, pour ainsi dire toujours, les gains versés à ses preneurs peuvent excéder les mises (voir encadré). A priori, pas vraiment le but recherché par une entreprise de jeux.

Plus rentable qu'un placement bancaire

De nouveau annoncé comme le grand favori du Prix Marcel Laurent (14h25 à Vincennes), Face Time Bourbon devrait confirmer la fidélité de ses suiveurs. Et attirer les matelassiers, ces joueurs qui engagent de grosses sommes, parfois des dizaines de milliers d'euros, sur les paris très peu risqués. Malgré un espoir de gain minime, pour la mise de base d'un euro, l'investissement reste bien plus rentable que tout placement bancaire. Une place dans les trois premiers, dans une course d'à peine trois minutes, assure un rendement de 10 %. Le bilan n'est pas passé inaperçu sur les réseaux sociaux. « Ce n'est plus un écureuil, mais un golden boy », peut-on lire sur Twitter.

Cette rentabilité ne vaut que par la volonté du PMU. L'entreprise aux 9 milliards d'euros de CA a choisi, lors des deux dernières sorties victorieuses du trotteur d'exception, de payer, à perte pour elle, les gains de ses clients. Alors que son règlement l'autorise en pareil cas à rembourser les mises. Jouer la carte de la séduction plutôt que celle de la frustration sera-t-elle encore de mise au PMU ce 12 novembre? Cyril Linette, son directeur général, s'interrogeait déjà le 29 septembre dernier, lors d'une conférence de presse. « On ne veut pas pénaliser nos clients, donc on fait preuve d'empathie. J'ai le sentiment que ce genre d'expérience arrive plus souvent qu'avant. Il faut donc réfléchir à mieux se protéger sans impacter nos clients. »

Le risque de fragiliser une filière déjà boiteuse

Dans le cas de Face Time Bourbon, « c'est un geste commercial très exceptionnel, qui a un coût, reconnaît-on du côté de l'opérateur. Mais, à plus long terme, il porte ses fruits » au travers de la fidélisation de la clientèle. Pourtant, la marge de manœuvre du PMU est relativement faible. Si d'autres épreuves à l'issue moins prévisible lui permettent de « se refaire », le taux de retour aux joueurs – incompressible - de 85 % minimise les bénéfices. La seule marge de manœuvre de l'opérateur, pour pérenniser cette faveur, consisterait à réduire la contribution qu'il verse aux sociétés mères, France Galop et LeTrot, après s'être acquitté des taxes dues à l'Etat. Avec le risque évident de fragiliser une filière déjà boiteuse.

C'est donc au coup par coup que le PMU prend la décision de faire plaisir, ou non, à la clientèle « après avoir évalué l'impact économique que cela peut avoir », précise-t-on et d'ajouter « pour Face Time Bourbon, jeudi à Vincennes, il est vraisemblable que le choix du paiement soit retenu. » Le PMU devra alors casser sa tirelire, dans l'éventuelle arrivée du grand favori, voire aller puiser bien plus profond, si Gu d'Héripré et Fairplay d'Urzy, les deux autres chevaux de classe du lot, étaient ses suivants immédiats. La présence des partenaires de Franck Nivard et Jean-Michel Bazire sur le podium ferait alors exploser le compteur des paiements.

Faire preuve d'empathie est louable, mais jusqu'à quel point le PMU pourra-t-il mettre la main à la poche ?

Explication en chiffres avec les deux dernières courses de Face Time Bourbon

Le 12 septembre dans le Prix de l’Étoile à Vincennes, les enjeux au jeu Simple placé dans les points de vente s’élevaient à 1 272 959,05 €, dont plus de 93 % étaient engagés sur Face Time Bourbon. En faisant le choix de payer les places des trois premiers, dont le favori, à 1,10 €, le PMU a dû verser 1 314 323, 31 €. Le geste commercial se monte à plus de 41 000 €, sans compter les enjeux en ligne qui ont engendré une « perte » de 23 770 €.

Le 5 octobre à Naples (Italie), les enjeux au simple placé, uniquement en ligne cette fois, toujours pour le Simple placé, de 368 263 € pour 401 760 € de gains versés après la deuxième place de la belle mais coûteuse vitrine du PMU.