PSG : «Depuis tout petit, j’aime être quelqu’un d’important», confie Marquinhos

En exclusivité pour Le Parisien, Marquinhos nous a accordé sa première longue interview en tant que capitaine du PSG. Le Brésilien de 26 ans entend s’investir pleinement dans ce rôle et imposer sa griffe.

 Arrivé en 2013 au PSG, Marquinhos est l’un des joueurs les plus anciens de l’effectif et a récupéré le brassard de capitaine pour sa 8e saison à Paris.
Arrivé en 2013 au PSG, Marquinhos est l’un des joueurs les plus anciens de l’effectif et a récupéré le brassard de capitaine pour sa 8e saison à Paris. PSG/Thomas Aiche

Sa voix douce et son sourire portent un peu plus. A 26 ans, Marquinhos a pris le relais de Thiago Silva, celui qu'il qualifie de « frère » et même de « père ». « Logiquement », pour reprendre le terme de Thomas Tuchel. Il entend jouer un rôle majeur dans une équipe qui sort d'une finale de Ligue des champions mais doit affronter de nouveaux défis. Pendant 35 minutes, le Brésilien a abordé sans esquive tous les sujets d'un début de saison très animé au PSG.

LE CAPITANAT

Quel genre de capitaine voulez-vous être ?

MARQUINHOS. Je veux donner un maximum d'énergie pour mes coéquipiers. Etre présent, aider, penser toujours à l'équipe avant moi-même ou un joueur en particulier. Etre capitaine, c'est beaucoup de responsabilités. J'ai vu comment Thiago [Silva] occupait ce rôle, et pas uniquement sur le terrain. Il faisait beaucoup de choses que les gens ne voyaient pas, à l'intérieur du groupe. C'est un grand plaisir. Depuis tout petit, j'aime travailler pour l'équipe, être quelqu'un d'important, aider mes coéquipiers. Aujourd'hui, rien n'a changé, même si je suis plus expérimenté. J'essaie toujours de penser à mes coéquipiers d'abord et de faire le maximum pour eux.

Avez-vous parlé avec Thiago Silva de ce rôle ?

Beaucoup. Il m'a donné tous les conseils possibles et on communique encore un maximum. C'est quelqu'un qui m'a apporté beaucoup dans ma vie professionnelle et personnelle. Ça a d'abord été une idole. Aujourd'hui, c'est une idole et un grand ami. Un grand frère et je peux même dire un père. Ces deux dernières saisons, on a souvent échangé, j'essayais de l'aider à propos des décisions dans le vestiaire. Un capitaine ne peut pas tout gérer seul, il ne voit pas tout. Il faut que des leaders l'accompagnent. C'est un jeu collectif, et tout le monde a des responsabilités et des devoirs vis-à-vis de l'équipe pour qu'elle fonctionne bien.

Neymar et Mbappé ont une stature mondiale. Avez-vous craint qu'ils prennent le brassard à votre place ?

Dans un effectif, il y a beaucoup de leaders. Ils en font partie, chacun dans leur domaine, dans leur façon d'aider. On est là pour travailler ensemble. Ce n'est pas parce que je porte le brassard que je suis plus important qu'un autre.

Le capitaine doit-il amener du calme à l'équipe pour lui éviter de perdre ses nerfs ?

Aussi. Le capitaine doit avoir une bonne vision des choses, penser à l'avenir pour le prévenir. Parfois, il faut pousser l'équipe, parfois la calmer.

Les choses se seraient-elles passées différemment si vous aviez été présent pour le Clasico (0-1) ?

Quand on a revu les images, discuté des erreurs, de ce qu'on avait bien fait ou pas, tout le monde aurait voulu faire différemment… Je ne peux pas dire comment j'aurais agi si j'avais été sur le terrain. Par rapport au résultat, on est entrés dans un jeu qui n'était pas le nôtre. Ce n'était pas notre force et on a perdu le sens de ce qu'on devait faire. C'est là que les Marseillais en ont profité.

L'AFFAIRE ALVARO - NEYMAR

Avez-vous parlé avec Neymar des propos racistes dont il aurait été victime ?

On a beaucoup discuté. Ça a été un sujet délicat à aborder, mais on a beaucoup parlé entre nous, surtout pour savoir ce qu'il s'était vraiment passé. Certaines choses se passent sur le terrain avec le stress et la pression, mais il ne faut pas en arriver à ce genre d'insultes. Tout le monde peut faire des erreurs dans la vie mais, quand c'est le cas, on doit payer. Il faut voir si les images amènent des preuves. Si c'est le cas, le joueur [Alvaro] devra payer et apprendre de ses erreurs.

Selon des sources internes, l'OM prétend avoir des images où Neymar tiendrait des propos racistes envers Sakai. Cela vous semble-t-il possible ?

On n'a pas parlé de ça. Je connais Neymar, c'est quelqu'un qui n'a jamais proféré d'insultes racistes. C'est difficile à dire, parce que je n'étais pas sur le terrain ni à proximité et je n'ai pas vu les images. Mais pour quelqu'un qui connaît bien Neymar, il n'a jamais joué avec des paroles comme celles-là, et je pense qu'il ne l'a pas fait.

Joueur clé de Thomas Tuchel, Marquinhos prend désormais goût à évoluer au milieu de terrain./LP/ Guillaume Georges
Joueur clé de Thomas Tuchel, Marquinhos prend désormais goût à évoluer au milieu de terrain./LP/ Guillaume Georges  

Votre compatriote Dani Alves a déclaré après son départ que les Parisiens étaient « des putains de racistes ». Raphinha, le joueur de Rennes, dit avoir entendu des cris de singe dans certains stades. Trouvez-vous la France ou les Français racistes ?

Ça fait sept ans que je suis en France et je n'ai jamais eu de souci par rapport à ça. Du racisme, il y en a partout dans le monde, pas qu'en France. On en voit aussi au Brésil, en Italie, en Allemagne. C'est quelque chose qu'on doit combattre. Le monde, les gens, l'humanité ont beaucoup évolué. Il n'y a plus de place pour le racisme dans le monde. Le football est mythique, il apporte beaucoup d'émotions, des bonnes, des mauvaises, difficiles à trouver ailleurs. C'est pour ça qu'il est magique. Il faut qu'on affronte les choses lorsqu'elles arrivent pour améliorer le respect et l'éducation.

SON POSTE, SON AVENIR

Après la défense et le milieu, préférez-vous jouer dans les buts ou en attaque ?

( Il rigole ) Il me manque le poste d'arrière gauche aussi! Avant, j'avais une petite préférence pour la défense, c'est vrai. J'aime de plus en plus jouer au milieu. C'est un poste totalement différent, où tu touches plus de ballons, tu participes plus au jeu. Une saison est longue, il y a des suspendus, des blessés… Parfois, il faut jouer au milieu, parfois en défense. Ça ne me gêne pas, c'est une chose qui me plaît. Ça me montre que le coach a une grande confiance en moi. La défense est cruciale et le poste de sentinelle est l'un des plus importants de l'équipe, parce que tout passe par là : pour défendre, pour créer le jeu.

Etes-vous plus fort au milieu ou en défense ?

Franchement, je ne sais pas. J'ai fait quelques bons matchs en défense et quelques bons matchs au milieu. Avant, j'avais l'idée fixe que j'étais un défenseur central. En évoluant au milieu de terrain, j'ai beaucoup changé mon jeu. Tu dois beaucoup anticiper les choses avant que le ballon arrive. Ça va tellement vite, tu as un pressing tellement intense et fort que, si tu ne prévois pas, tu es toujours en retard. Quand je suis au milieu de terrain, je pense aussi à mes repères de défenseur, pour combler les espaces, pour couvrir le latéral, la défense. Je sais combien le joueur devant la défense est important quand j'évolue derrière lui, alors je prends les bonnes choses de chaque poste.

Comment gérez-vous la transition entre les deux postes, d'un match à l'autre ?

Au début, j'étais un peu perturbé quand je changeais beaucoup de postes. Je me perdais un peu. Avec le temps, avec l'expérience, et aussi avec les erreurs que tu commets, tu commences à être plus exigeant avec toi-même. Aujourd'hui, je me concentre sur les repères à trouver immédiatement dans le match, je me mets en tête avant ce que je dois faire. Ces derniers temps, j'ai beaucoup navigué entre les deux postes. Ça ne me pose vraiment plus de problème.

Alors que vous êtes capitaine et sous contrat jusqu'en 2024, envisagez-vous de terminer votre carrière au PSG ?

Oui, oui, pourquoi pas. J'espère qu'il me reste beaucoup d'années d'ici-là ! Si les choses continuent à aller dans le bon sens et que les deux parties sont contentes, c'est le plus important. On sait aussi ce qui se passe en fin de carrière. Mais j'espère rester le plus longtemps possible ici.

LA LIGUE DES CHAMPIONS

Que vous reste-t-il, un mois après la finale perdue 1-0 contre le Bayern Munich ?

C'est dur d'arriver en finale, aussi près d'un titre et ne pas le gagner. Mais vu d'où on venait ces dernières années, ce qu'on a fait cette saison était un vrai plus pour nous. C'est plus une fierté qu'une cicatrice. J'ai bien aimé la manière dont l'équipe a été compétitive et a vécu comme un groupe, en allant dans la même direction. Beaucoup de choses se sont passées, nous, on est restés ensemble, dans une bonne ambiance. Il faut qu'on garde ça pour cette année, parce qu'on sait combien il est difficile d'arriver là où on est arrivés.

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Avez-vous l'impression d'être un peu passé à côté de la finale ?

On n'est pas passés à côté de ce match. Le Bayern arrivait avec une grande force, il marquait beaucoup de buts contre des grands adversaires. On veut toujours faire plus, mais cette finale a été un bon match. Le Bayern est habitué à jouer cette compétition, arriver en finale et la gagner. C'était notre première finale. Avec notre philosophie, notre manière de jouer, on a essayé de faire le maximum. On a bien défendu, on a eu des occasions. Après, leur but nous a un peu coupés. On savait que ce premier but serait vraiment très important. Il y a une grande fierté du chemin parcouru.

Visez-vous de nouveau la finale cette année ?

L'objectif et l'ambition sont vraiment d'aller le plus haut possible. C'est la compétition la plus importante, tout le monde aime être en finale, cela apporte beaucoup de fierté. Après, c'est différent de vouloir et d'y arriver. Il faut avoir cet objectif et travailler pour l'atteindre.

LE MERCATO

Le PSG risque-t-il d'être moins fort après les départs de Thiago Silva, Cavani, Meunier, Choupo-Moting, Kouassi ?

C'est le moment de travailler avec ce qu'on a. Il ne faut pas trop réfléchir, se demander si on est plus ou moins forts. Si on regarde notre groupe, on a vraiment une très bonne équipe, des joueurs très importants qui ont fait de très bonnes choses dans le foot aussi. Le club travaille encore sur le recrutement et on va voir ce qui va se passer.

Comme Thomas Tuchel, Presnel Kimpembe et Kylian Mbappé, pensez-vous que Paris a besoin de recruter ?

J'ai d'abord envie de dire que mes coéquipiers sont les meilleurs au monde (rires) ! Je crois beaucoup en cette équipe ! Mais si des joueurs peuvent venir nous aider, ça ne peut nous faire que du bien. C'est bon pour la concurrence, pour la saison, pour nos objectifs… On a une très bonne base et, si le club pense à l'étoffer, c'est avec plaisir. Une saison, c'est long, il s'y passe beaucoup de choses. Pour aller loin dans les différentes compétitions, on a de toute façon besoin d'un bon effectif et d'un maximum de joueurs compétitifs.

Marquinhos espère que son compatriote Neymar, lié au PSG jusqu’en 2022, prolongera son contrat./LP/Arnaud Journois
Marquinhos espère que son compatriote Neymar, lié au PSG jusqu’en 2022, prolongera son contrat./LP/Arnaud Journois  

Neymar et Mbappé n'ont toujours pas prolongé leur contrat. Faites-vous le forcing pour les convaincre de rester ?

Quand j'ai l'occasion de discuter avec eux, j'essaie de leur donner les meilleurs conseils possible. Dans ce dossier-là, je la joue égoïste, je leur demanderai toujours de rester (rires). Moi, j'ai prolongé alors je veux que mes coéquipiers restent aussi. Mais je ne peux pas trop entrer dans ce débat, chacun a ses objectifs et sa propre vie. Mais, si on me demande mon avis, bien sûr je veux que Neymar et Kylian restent tous les deux.

Avez-vous peur de les perdre ?

Quand des joueurs importants partent, comme ce fut le cas avec Edi, avec Thiago, on prend toujours un coup. Mais c'est la vie, le sens du foot aussi. De l'époque où j'ai signé à Paris, il ne reste plus que Verratti, Presko (Kimpembe) et moi… Le foot est comme ça, fait de changements permanents. Nous, on travaille dans le présent, sans réfléchir à tout ça. Aujourd'hui, quand ils enfilent le maillot, je suis convaincu qu'ils donnent tout sur le terrain pour le PSG. Mais j'espère qu'ils resteront toujours avec nous car ce sont deux grands joueurs de classe mondiale.

LE COVID

Comment avez-vous traversé la période où vous et votre famille avez contracté le Covid ?

On est partis en vacances avec ma femme, mes enfants, mes parents, mon frère pour profiter de quelques jours de repos, après les efforts fournis en Ligue des champions. Attraper ce virus, ça peut arriver à Paris comme à Ibiza. C'est un phénomène mondial auquel on doit vraiment faire attention car ça peut poser des problèmes. Comme quelques joueurs, je me suis senti un peu mal. J'ai eu l'impression d'avoir une grosse grippe, j'avais mal à la tête, j'ai eu de la fièvre, perdu l'odorat et le goût. Toute ma famille a eu les mêmes symptômes. La semaine a été un peu compliquée mais, heureusement, rien de grave n'est arrivé.

Comprenez-vous néanmoins que ces vacances à Ibiza aient été critiquées ?

Par rapport à la manière dont on a contracté le Covid, c'est normal qu'il y ait eu quelques critiques. Mais si on n'avait pas eu cette maladie, ces vacances n'auraient pas déclenché autant de commentaires. Malheureusement, c'est arrivé, il faut qu'on l'accepte. Mais on n'a rien fait de mal. C'était nos vacances, on avait mérité ces jours de repos. On est partis en famille pour se reposer, retrouver de l'énergie avant la longue saison qui s'annonce. Les critiques font partie du jeu, on le sait. Dans le foot, il y a beaucoup d'amour, de passion et le fait de perdre des joueurs pendant plusieurs matchs peut susciter de mauvaises réactions. J'essaie de me mettre à la place des gens et de les comprendre. J'espère qu'ils en font de même avec nous, qu'ils comprennent qu'une longue saison se profile, qu'on a juste pris une semaine de vacances et que, malheureusement, c'est arrivé à ce moment-là.

Justement, les cadences infernales vous font-elles craindre la méforme ou les blessures ?

Cette saison nous imposera de faire très attention, de gérer la récupération et l'intensité des entraînements comme des matchs. Avec le cumul des dates, ça va faire beaucoup. On multiplie forcément les risques. En tant que professionnels, on doit penser à nos corps et être attentifs à la récupération.

Malgré le calendrier surchargé, le Covid et les deux matchs perdus en début d'exercice, imaginez-vous que Paris ne soit pas champion cette saison ?

Il faut qu'on poursuive la série de ces dernières années. Si on commence à lâcher des points à droite à gauche, les écarts vont se creuser et les adversaires vont gagner en confiance. Alors, peu importe qu'on joue mal, qu'on ne soit pas dans les meilleures dispositions, il faut toujours gagner. On aura tout le temps de réfléchir à ce qu'il faut améliorer après les victoires. Les points, c'est ce qu'il y a de plus important, surtout en ce début de saison où on sait qu'on est retard sur les autres dans la préparation et dans la dynamique.

Souhaitez-vous disputer la Copa America et les JO comme en 2016 ?

J'ai fait ça une fois et ça va être dur de le faire accepter une deuxième fois au club (rires). Nous, les joueurs, on veut faire toutes les compétitions. Les JO, c'est un beau rendez-vous, pas seulement pour le foot, mais pour tout le sport en général. Quant à la Copa America, c'est une compétition importante pour la sélection brésilienne… On verra le moment venu !