OM-PSG : un 100e clasico sous très haute tension

La victoire de l’OM au match aller, les accusations de racisme de Neymar à l’encontre d’Alvaro, et l’ambiance délétère à Marseille, ont relancé l’intérêt de ce clasico outrageusement dominé par le PSG ces dernières années.

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 Le match de la phase aller en septembre dernier  s’était terminé en pugilat avec notamment l’affrontement entre Neymar (à g.) et Alvaro Gonzalez (à dr.).
Le match de la phase aller en septembre dernier s’était terminé en pugilat avec notamment l’affrontement entre Neymar (à g.) et Alvaro Gonzalez (à dr.). AFP/Franck Fife

On pensait que le coronavirus avait nivelé nos passions et nos emportements du dimanche soir. On était certain que l'absence de public avait profondément altéré l'essence même du spectacle sportif. On pensait surtout que le clasico était mort avec l'avènement du PSG version Qatar et son outrecuidante domination lors de confrontations à sens unique. Et puis on s'est ravisé.

Ce dimanche, tous les passionnés de football, et peut-être même au-delà, souhaitent assister à la 100e rencontre entre l'OM et le PSG. Canal+, avant de s'emparer de toute la Ligue 1 jusqu'à la fin de la saison, est sorti de sa tanière pour poser 3 millions d'euros sur la table et diffuser ce sommet du championnat. Tout à coup, le clasico est redevenu cette matière inflammable qui faisait le miel des commentateurs dans les années 90.

Pochettino tente de temporiser

Car c'est bien à la fin du siècle dernier, que nous ramènent les souvenirs quand il s'agit d'établir un parallèle entre l'OM-PSG du soir et ceux d'antan. Ne nous leurrons pas. L'animosité entre les deux clubs ne s'est pas soudain drapée d'une rivalité sportive retrouvée. Le PSG — « la meilleure équipe de France » a insisté samedi Alessandro Florenzi, le défenseur parisien — évolue dans des sphères qu'aucun joueur de champ marseillais ne peut espérer tutoyer. Mais les antagonismes profonds ont resurgi en septembre dernier au gré d'une victoire de l'OM (1-0) lors du match aller et d'un climat profondément délétère sur fond d'accusations de racisme de Neymar à l'encontre d'Alvaro, de crachat de Di Maria et d'une série de mandales en toute fin de rencontre.

Conscient que la gestion émotionnelle de ce type de situations n'est pas la plus grande force de son groupe, Mauricio Pochettino tente de réduire l'événement à une quête de succès nécessaire pour ne pas décrocher en championnat. « Ce qu'on veut c'est gagner, a rappelé l'entraîneur du PSG, visage fermé, comme contrarié. Evidemment, il a existé des problèmes juste après le Trophée des champions (victoire 2-1 du PSG sur l'OM le 13 janvier dernier). Mais notre responsabilité, c'est de l'emporter et non pas de générer une atmosphère où le football passe en dernier.»

L'Argentin — qui a connu l'ambiance électrique de ces affiches quand il était joueur entre 2001 et 2003 — sait que son équipe n'a rien à gagner dans la guerre des petits mots. Le PSG a tout intérêt à placer les débats au niveau du terrain, diminué qu'il est par l'absence de Navas et possiblement de Neymar touché par une gastro-entérite au lendemain de son anniversaire (son forfait n'était pas arrêté samedi soir).

D'autant que Marseille nage depuis huit jours dans un climat insurrectionnel. Entre l'attaque du centre d'entraînement par les supporters samedi dernier, la mise pied de l'entraîneur démissionnaire André Villas-Boas insatisfait du recrutement, l'insistante demande des ultras pour la démission du président Jacques-Henri Eyraud, les rumeurs de rachat du club par le prince et homme d'affaires saoudien Al-Walid Ben Talal, la volonté du maire Benoît Payan de vendre le Vélodrome, on a parlé de tout… sauf de football ces derniers jours sur la Canebière.

Au milieu de ce tumulte, la tempérance de l'intérimaire Nasser Larguet au poste d'entraîneur agit comme un cocktail apaisant. «La motivation des joueurs sera naturelle, a expliqué le directeur du centre de formation de l'OM. C'est notre Ligue des champions en Championnat. Sur la première période que l'on a faite à Lens (2-2), on a vu une équipe généreuse, une équipe qui avance, qui est joueuse, complémentaire sur pas mal d'actions.» Comme si le football — celui qui a parfois droit de cité dans ces affiches — voulait à tout crin se frayer un chemin dans ce maelström susceptible d'entraîner l'OM, et ce clasico, par le fond.