Mon PSG à moi : «Un club à part enfanté dans la douleur», raconte Daniel Hechter

A l’occasion des 50 ans du PSG, l’ancien président de 1974 à 1978 Daniel Hechter nous raconte ses souvenirs et livre ses impressions sur ce qu’est devenu aujourd’hui son club.

 Daniel Hechter trouve que le PSG ne sait pas imposer son jeu dès que le niveau monte en Ligue des champions et, pour lui, Thomas Tuchel en est le principal responsable.
Daniel Hechter trouve que le PSG ne sait pas imposer son jeu dès que le niveau monte en Ligue des champions et, pour lui, Thomas Tuchel en est le principal responsable. LP/Arnaud Journois

A 82 ans, Daniel Hechter garde toujours un avis tranché lorsqu'il parle du PSG dont il a occupé les fonctions de président entre 1974 et 1978. L'ancien créateur de mode balaie l'actualité et revient sur les premiers pas du PSG à qui il a donné une dimension nationale.

Qu'a-t-il manqué au PSG pour remporter la Ligue des champions à Lisbonne en août ?

DANIEL HECHTER. Il n'y a pas de fond de jeu car, hormis face aux petites équipes, on n'a pas la possession du ballon. Contre Dortmund ou les autres équipes en Coupe d'Europe, le PSG ne dominait pas son sujet. Il n'y a pas de distribution de jeu, à aucun moment le milieu fait la différence. Des joueurs comme Thiago Motta, Rabiot ou Matuidi permettaient d'avoir un beau milieu de terrain. On ne peut pas dire que ceux que ceux qui les ont remplacés, Gueye et Paredes, soient au niveau. Le milieu de terrain est déséquilibré. Contre le Bayern, les Parisiens ont été étouffés au milieu. C'est rageant car le PSG n'a jamais eu une attaque aussi formidable que maintenant et n'en aura plus jamais une comme ça dans le futur. C'était l'année où il fallait gagner! Maintenant ce sera beaucoup plus difficile. Voir le PSG gagner la Ligue des champions est l'une des rares choses que je souhaite de mon vivant. C'est le club de mon cœur!

Quels joueurs le PSG doit-il recruter lors du mercato ?

Des milieux de terrain! Il y en avait un avec Alcantara qui a signé à Liverpool. C'est très difficile de trouver le joueur idéal pour ton équipe lors de la dernière semaine de mercato. L'autre problème est la longue blessure de Bernat (NDLR : rupture des ligaments croisés). Je n'ai pas l'impression que Bakker soit à son niveau… Cette équipe manque de cohésion entre les arrières et les lignes avant. Le football ça se sent, c'est ce que j'ai appris avec Just Fontaine.

« Tuchel fait beaucoup d’erreurs au niveau du coaching », estime Daniel Hechter./LP/Arnaud Journois
« Tuchel fait beaucoup d’erreurs au niveau du coaching », estime Daniel Hechter./LP/Arnaud Journois  

Thomas Tuchel est-il toujours l'homme de la situation ?

Non et depuis ses débuts sur le banc parisien. On l'a comparé à Klopp (NDLR : le coach de Liverpool) mais il n'est pas du tout à son niveau. Tuchel fait beaucoup d'erreurs au niveau du coaching et pour moi il n'est pas meilleur que Laurent Blanc ou d'autres coachs français. Si on prend un entraîneur étranger, il faut qu'il soit meilleur que ceux d'ici. Carlo Ancelotti était un très bon coach pour Paris mais les dirigeants ont tout fait pour qu'il parte à l'époque (NDLR : en 2013). J'ai l'impression que Leonardo est un peu seul. Parmi les dirigeants de ce club, il y en a aucun qui connaisse vraiment le football et c'est ça le problème. C'est dur de prendre des décisions seul.

Que faut-il faire pour convaincre Mbappé et Neymar de prolonger leur contrat avec le PSG ?

La seule chose qui convainc est le résultat. Mbappé est un grand joueur mais s'il sent qu'il ne peut pas monter plus haut avec le PSG il est évident qu'il va partir. Neymar c'est un peu différent car il s'est fait une réputation qu'il ne mérite pas. C'est un très grand joueur qui a mouillé le maillot. Quand il est là, il compense les lacunes du milieu de terrain. Si j'étais président d'un gros club étranger, je le prendrais immédiatement. Je souhaite qu'il prolonge car je veux voir des super joueurs sur un terrain, qui nous surprennent constamment, mais je sens que ça va être compliqué.

Comment avez-vous démarré cette aventure avec le PSG ?

Le Paris FC m'avait sollicité mais je me suis rendu compte que les dirigeants étaient complètement incompétents. J'ai réuni quelques amis chez moi dont Jean-Paul Belmondo, Francis Borelli et Charles Talar pour leur proposer qu'on reprenne un club à Paris. Ils ont tous accepté. J'ai appelé le président du PSG Henri Patrelle pour lui proposer de l'aider avec l'ambition d'accéder à la Ligue 1.

Pourquoi estimez-vous que la date de création du PSG se situe en 1973 plutôt qu'en 1970 ?

Quand j'ai repris le club, le PSG n'existait plus. C'était devenu un petit club amateur et on a dû redemander le statut professionnel. Les gens du Paris FC se sont servis du FC Saint-Germanois pour accéder à la D1. Et au moment où ils y sont parvenus, ils ont supprimé Saint-Germain pour garder le Paris FC. Moi, je me suis engagé auprès du maire de Saint-Germain-en-Laye pour que le nom du club ne change pas.

Comment avez-vous connu Just Fontaine ?

Quelques jours après l'accord avec Henri Patrelle, le PSG affrontait Poissy en finale de la Coupe de Paris. J'ai fait la connaissance de Just Fontaine grâce à Jacques Bloch qui travaillait chez moi comme directeur des sports. On a vu ensemble la finale et ça a collé immédiatement entre nous. La première année, Just occupait le poste de directeur technique mais c'est lui qui manageait l'équipe. C'était un fantastique technicien, un vrai chef d'équipe. A l'époque on n'avait le droit qu'à trois joueurs pros plus des jeunes pour composer l'équipe.

Pourquoi le PSG est un club à part ?

Probablement car il a été enfanté dans la douleur. La rupture avec le Paris FC a rendu les dirigeants de Saint-Germain extrêmement méfiants. Comme nous étions le club de Paris, on avait une étiquette de club de milliardaires sauf que nos moyens restaient limités. Just Fontaine et moi avons su créer un esprit de club avec une osmose parfaite entre joueurs dirigeants et les centaines de supporters présents avec nous au départ.

Le PSG suscite beaucoup de jalousie depuis longtemps…

Aujourd'hui, c'est normal avec les sommes injectées. Les clubs de province sont un peu jaloux et on ne peut rien y faire. Dans les années 1970, on représentait déjà le club de la capitale donc nous étions chahutés en province. La première saison, on disputait même tous nos matchs à l'extérieur. Au Parc des Princes, les Corses habitant Paris venaient soutenir Bastia, les Alsaciens supportaient Strasbourg, les Bretons se déplaçaient pour Rennes…

On dit que l'OM est un club populaire. Est-ce le cas du PSG ?

C'était ma volonté à l'époque. Il n'y avait pas de supporter. Pour y remédier, je suis allé dans les lycées en me disant que les fils de Bretons, Corses et Alsaciens étaient, eux, Parisiens. En compagnie des joueurs, j'ai fait des conférences dans les lycées puis on a créé le premier club de supporters. On vendait un abonnement en tribune avec une carte de supporter pour seulement un franc symbolique. Aujourd'hui, le PSG est toujours populaire car c'est le meilleur club français. Mais depuis l'époque Canal +, le club est devenu une multinationale.

Quel a été le meilleur souvenir ?

L'accession en D1. On était parti avec une équipe d'amateurs et de juniors renforcés par trois pros. Au moment de la trêve on se retrouve 2e au classement. Je demande à Just si on a des chances de montée. Il me répond : « Oui si j'ai un buteur ». On a recruté François M'Pelé qui jouait à Ajaccio et on est monté après un match de barrage épique contre Valenciennes (1-2 à l'aller, 4-2 au retour). En un an seulement j'avais pu recréer une équipe en 1re division.

Qui a été votre meilleur joueur ?

Mustapha Dahleb ! C'était non seulement un grand joueur mais c'est devenu un grand Monsieur. A 20 ans, il est venu négocier son contrat sans conseiller.

Quel joueur auriez-vous souhaité recruter ?

Je m'étais mis d'accord avec Franz Beckenbauer le défenseur champion du monde du Bayern Munich. A l'époque on avait du mal à se maintenir et j'avais besoin d'un joueur expérimenté pour encadrer les jeunes. Je suis même parti à Munich pour négocier avec lui. Mais notre sponsor RTL n'a finalement pas suivi.

A l'époque vous jouiez uniquement le maintien…

On avait une équipe qui donnait de l'émotion. On concédait des buts, on en marquait… Quand on a affronté Saint-Etienne au Parc des Princes lors de notre première saison en D1, le stade était tout en vert. Les supporters ont crié « allez les Verts » pendant la rencontre. On menait 2-1 et à la 87e minute le stade a commencé à scander « allez Paris ». On a su conquérir un public parisien. Il y avait une ambiance extraordinaire au Parc. Nous avons également mené une politique de formation qui a débouché sur vingt-et-un joueurs professionnels dont Jean-Claude Lemoult et Luis Fernandez qui sont devenus des internationaux.

Comment vous est venu l'idée du maillot Hechter loué encore aujourd'hui par les supporters ?

Pour moi, le stade est le plus grand spectacle et il doit être habillé comme une pièce de théâtre ou d'opéra. J'ai dessiné ce maillot aux couleurs de Paris. Pour un créateur, ce n'est pas le plus difficile… Le rouge et le bleu pour représenter la ville et le blanc pour apporter une touche de stylisme.

Pour Daniel Hechter, le nouveau maillot du PSG est « bien » mais ressemble trop à celui qu’il a créé dans les années 1970./LP/Arnaud Dumontier
Pour Daniel Hechter, le nouveau maillot du PSG est « bien » mais ressemble trop à celui qu’il a créé dans les années 1970./LP/Arnaud Dumontier  

Est-ce que le maillot du cinquantenaire vous plaît ?

Il est bien mais c'est pratiquement le même que le mien ! Il y a un an, j'avais proposé au PSG de leur dessiner le maillot du cinquantenaire. Celui-ci aurait été dans le même esprit mais nouveau. Les dirigeants n'ont pas donné suite.

En 1975 vous aviez fait venir Johan Cruyff au PSG…

Il s'habillait chez moi. Je connaissais Johan et sa femme. Je lui ai demandé s'il voulait bien renforcer notre équipe pour le tournoi de Paris et, très gentiment, il a accepté. Il a disputé deux matchs avec nous mais on n'avait pas les moyens de se payer une star comme Cruyff. C'était un type exceptionnel comme joueur, entraîneur et philosophe du football.

Le scandale de la double billetterie vous a obligé à quitter le PSG…

Il fallait m'écarter car je dérangeais politiquement l'équipe Seguin-Chirac. J'avais trop d'influence à Paris. Si je m'étais présenté à des élections à Paris en 1977, j'aurais été élu car je bénéficiais d'une belle popularité. Quand je suis rentré au Parc le lendemain de la radiation, 50 000 spectateurs criaient « Hechter président » et « Chirac démission ». Vous pouvez tromper 50 ou 100 personnes mais pas 50 000. Deux ans après, je gagnais mon procès au Conseil d'Etat. Toutes les sanctions ont été annulées. J'étais, certes, président mais je n'avais pas connaissance de cette double billetterie.

Que pensez-vous de l'évolution du PSG ?

C'est bien que les Qatariens soient arrivés et qu'ils injectent beaucoup d'argent. Cela a permis de construire une belle équipe. Maintenant gagner la Coupe d'Europe est un autre problème. Il faut l'expérience. Il manque une âme pour le top niveau européen. Celle qui existe au Real ne se trouve pas encore à Paris. On appelle aussi cela la culture du club. Les nouveaux dirigeants ne l'ont pas très bien compris. Tous les joueurs et dirigeants passés par le PSG incarnent l'âme d'un club.

Quel est votre joueur préféré ?

J'en ai deux ! Le duo Neymar-Mbappé est exceptionnel ! Ces deux joueurs accompagnés de n'importe quel avant-centre constituent la meilleure triplette du monde. C'est un régal de les voir jouer !

Est-ce plus dur d'être président au PSG qu'ailleurs ?

Non. Chaque club a ses propres caractéristiques, ses problèmes… Les difficultés d'un président sont toujours les mêmes. Il faut obtenir les meilleurs résultats. Etre président du PSG m'a permis de vivre l'une des plus belles pages de ma vie mais aussi une des plus difficiles.