Mon PSG à moi : «Le titre européen a marqué les esprits», se souvient Laurent Fournier

A l’occasion des 50 ans du PSG, l’ancien joueur (1991-1994 et 1995-1998) puis entraîneur (2005) se remémore une période où Paris a remporté son deuxième titre de champion de France et remporté la Coupe d'Europe des vainqueurs de Coupe.

 Laurent Fournier avec Patrice Loko le soir de la victoire en finale de la Coupe d’Europe des vainqueurs de Coupe face au Rapid Vienne (0-1).
Laurent Fournier avec Patrice Loko le soir de la victoire en finale de la Coupe d’Europe des vainqueurs de Coupe face au Rapid Vienne (0-1). LP

L'ancien joueur international (3 sélections) s'était distingué par sa polyvalence en jouant aussi bien au poste de latéral que de milieu défensif. Laurent Fournier (55 ans) a tout gagné en six saisons avec le PSG. Il est aussi l'un des cinq joueurs parisiens à être devenu coach du PSG même si l'aventure s'est terminée en queue de poisson.

A quoi ressemblait le PSG à votre arrivée en 1991 ?

LAURENT FOURNIER. Un club qui commençait seulement à se structurer malgré le titre de 1986. L'arrivée de Canal + à la tête du PSG a apporté plus de professionnalisme avec des joueurs qui avaient l'ambition de réaliser quelque chose. Cela a aussi permis de concurrencer Marseille.

Avez-vous été chahuté à votre arrivée au PSG en provenance de l'OM ?

Pas du tout ! A l'époque, la rivalité nationale était surtout entre Marseille et Bordeaux. Ensuite, elle a changé car le club de la capitale commençait à devenir important.

Quel est votre meilleur souvenir ?

La victoire en Coupe d'Europe en 1996! C'est la concrétisation de tout ce qu'on a fait depuis le début. Le nom de notre adversaire en finale n'était, certes, pas très ronflant (NDLR : les Autrichiens du Rapid Vienne) mais durant notre campagne européenne nous avions éliminé de grandes équipes comme Parme et La Corogne. Ce trophée européen a marqué les esprits! Moi, j'avais eu l'expérience de la finale perdue à Bari avec l'OM en 1991 (NDLR : défaite aux tirs au but en finale de la Coupe d'Europe des Clubs champions contre l'Etoile Rouge de Belgrade). Je me suis dit : « Celle-ci il faut la gagner! »

Quel est votre plus mauvais souvenir ?

Il y en a deux. La Supercoupe contre la Juventus, on avait pris cher sur cette double confrontation (1-6 au Parc et 1-3 en Italie) mais, nous, on n'avait pas de créatine… Ensuite, le titre de champion de France perdu en 1996. On avait mal géré la trêve hivernale en restant à Saint-Quentin-en-Yvelines où on faisait des sprints dans une salle… Ngotty se blesse, d'autres ont des pépins… Quand tu es en tête avec dix points d'avance à la trêve sur ton dauphin et qu'au final tu ne finis pas champion, ça fait très mal.

Quel a été le rôle exact de Yannick Noah lors de la finale de la Coupe des Coupes ?

Il a décontracté tout le monde en dédramatisant l'événement. Après la perte du titre en 1996, Yannick nous a permis d'avoir moins de pression et il a apporté une sérénité qui n'était pas présente dans le groupe à l'époque. Il a gommé toutes les incertitudes qu'on pouvait avoir par rapport à cette finale. On s'est remobilisé en un temps réduit et on a su créer une solidarité.

Quelle était la force de cette équipe ?

Le talent, la complémentarité et la solidarité du groupe.

Cela vous a blessé d'entendre Zlatan Ibrahimovic dire qu'« avant à Paris, il n'y avait rien » ?

Pas du tout! Peut-être que dans le club on ne lui a pas expliqué ce qu'il y avait avant. J'ai rencontré d'autres joueurs comme Thomas Meunier et, lui, il savait ce qu'on avait fait. Quand on aime le foot, on doit savoir ce qui s'est passé avant.

Quel est le joueur qui vous a le plus marqué ?

David Ginola. Quand il était en forme, il faisait des trucs exceptionnels. Sur le terrain, on pouvait le trouver facilement même s'il ne défendait pas trop. Il était très fort techniquement et c'était un monstre physiquement. Si tu l'avais sur le dos, c'était compliqué. Je l'ai vécu aux entraînements (sourire).

En 1997, le PSG perd sur tapis vert (3-0) au Steaua Bucarest en tour préliminaire aller de Ligue des champions car vous aviez disputé cette rencontre alors que vous étiez suspendu. Comment avez-vous vécu cette période ?

Six personnes avaient été convoqués au camp des Loges. Claude Le Roy (manageur général) et Jean-Michel Moutier (directeur sportif) m'ont appris qu'effectivement, je devais être suspendu. Le PSG avait oublié de consulter un fax de l'UEFA annonçant ma suspension lors du match aller (initialement perdu 3-2). On m'a alors dit de rentrer chez moi et de ne pas répondre au téléphone. C'est difficile de se retrouver dans une telle situation. Tu te dis : « J'aurais dû y penser avant le match ». Après ça ne fait pas professionnel par rapport au club mais ça a au moins permis au PSG de faire un de ses meilleurs matchs européens.

Le PSG a, en effet, réussi à vous qualifier en l'emportant 5-0 au Parc des Princes…

On était revanchard. Avec une équipe composée de Leonardo, Raï, Simone, Gava et Maurice, on savait que si on ne prenait pas de but et qu'on marquait rapidement dans les 15-20 premières minutes, on allait les exploser. L'ambiance était exceptionnelle. Tu sens tout le monde derrière toi. Il ne peut rien t'arriver.

En 2005, Laurent Fournier reste dix mois au poste d’entraîneur, nommé par Francis Graille, remercié par Pierre Blayau. /LP
En 2005, Laurent Fournier reste dix mois au poste d’entraîneur, nommé par Francis Graille, remercié par Pierre Blayau. /LP  

A l'instar de Luis Fernandez, Ricardo, Antoine Koumbouaré et Paul Le Guen, vous avez été d'abord joueur puis entraîneur du PSG pendant un an en 2005. Avez-vous des regrets ?

Non, j'ai fait ce que j'avais à faire. Après quand tu ne t'entends pas avec ton président (Pierre Blayau), tu ne peux rien y faire… Quand j'ai pris le PSG après le licenciement de Vahid Halilhodzic, il occupait la 15e place. Il a fallu gérer les joueurs pour pouvoir se maintenir. La saison suivante on était 6e avant mon éviction et l'équipe a terminé 9e…

Quel joueur aimeriez-vous entraîner ?

Un joueur qui fait gagner les matchs, Kylian Mbappé! Quand tu es coach, tu veux les meilleurs même si parfois ils sont difficiles à gérer. Quand ils te font gagner tu n'as pas à te plaindre. Sa progression est énorme. Il marque des buts incroyables. Il dégage une facilité que les autres n'ont pas.

Que pensez-vous de l'évolution du PSG ?

En 1991, le camp des Loges n'avait pas de sauna, des douches pourries… Aujourd'hui, quand tu vois le centre d'entraînement que les dirigeants préparent à Poissy, tu te dis que ce club doit se rapprocher encore plus dans les années à venir du Real Madrid et du Bayern Munich. Cela a mis 30 ans. Ce nouveau centre va leur permettre de passer un cap avant peut-être un autre stade plus tard qui amènera beaucoup plus de monde. Le PSG va devenir un des grands clubs mondiaux.