Handball : «J’ai toujours voulu inspirer la crainte», confie Thierry Omeyer

A l’occasion de la sortie de son livre «Chaque but est une défaite», l’ancien gardien du PSG et de l’équipe de France de handball nous a rendu visite et s’est retourné sur sa riche carrière.

 Thierry Omeyer, meilleur gardien de handball de tous les temps, pose dans les locaux du Parisien.
Thierry Omeyer, meilleur gardien de handball de tous les temps, pose dans les locaux du Parisien. LP/Philippe Lavieille

« J'ai toujours voulu inspirer la crainte chez mes adversaires, sentir ça dans leur regard! Avant les matchs, je voulais que les gars se disent : on va jouer contre Omeyer, ça va être une vraie galère! » Nul autre mieux que le général des goals pouvait raconter cela. Dépeindre le plaisir de se sentir infranchissable, de prendre le dessus sur l'adversaire et d'imposer la peur chez l'autre. Raconter aussi l'obsession de mieux faire, de s'améliorer, toujours, et de repousser encore et encore les limites de l'exigence. Et donner la clé pour comprendre, un peu mieux, comment Thierry Omeyer s'est forgé l'un des plus beaux palmarès du sport français.

Voilà ce qu'évoque le double champion olympique dans « Chaque but est une défaite » (Editions Marabout. 19,90 euros), le livre qu'il est venu nous présenter dans les locaux du Parisien - Aujourd'hui en France ce mercredi après-midi. Pas besoin de le voir tomber le masque pour vérifier l'évidence. Un an et demi après avoir mis un terme à sa riche et longue carrière, le bonhomme, désormais coordinateur sportif au PSG hand, n'a pas pris une ride, pas un gramme. Malgré ses quarante-trois ans, il donne encore l'impression d'avoir joué son dernier match la veille, pourrait encore faire croire qu'il disputera le prochain demain.

Pourtant, le meilleur gardien de tous les temps l'avoue : il « n'est aujourd'hui plus le même. » « Je me suis libéré dans certains domaines », sourit l'homme aux 59 trophées, réputé pour son professionnalisme exacerbé. « Pendant ma carrière par exemple, je ne suis jamais allé manger au restaurant la veille d'un match. Pour moi, une bonne préparation, c'était repas à la maison et coucher tôt. » Désormais, il s'amuse à dire qu'il n'a plus de scrupules lorsqu'il s'autorise un verre de vin.

«Chaque but encaissé était pour moi une douleur»

Mais rien de rien, il ne regrette rien. Bien au contraire. Il le sait, sa carrière n'aurait pas été celle-ci sans ce caractère si singulier. « Ai-je été psychorigide, psychopathe de la performance ? Peut-être que c'est la bonne description », se marre-t-il avec une autodérision qu'il n'a pas toujours affichée. En réalité, sa passion pour son sport, pour son poste est aussi née d'autre chose : « J'ai rapidement intégré qu'un gardien pouvait avoir une influence, tout aussi positive que négative, sur le résultat d'un match, explique-t-il. C'est sûrement ça qui m'a fait évoluer à un niveau que je n'aurais jamais imaginé atteindre. »

Fallait-il être fou, comme on le dit si souvent, pour intégrer la confrérie des gardiens ? « Dans la vie de tous les jours, je ne suis ni casse-cou, ni barjot, s'amuse l'Alsacien. Mais sur un terrain, c'est autre chose. Quand je suis dans ma zone, je me transforme, je n'ai pas l'appréhension qu'on a en tant que spectateur quand les ballons arrivent vite et fort. »

Au contraire, celui qui dit « avoir toujours mal vécu la défaite, et encore plus (s)es contre-performances » a toujours fait en sorte « de ne pas porter le poids de la responsabilité d'une défaite. » D'où ce titre, « chaque but est une défaite », révélateur de son « état d'esprit et son mode de fonctionnement ». « Chaque but encaissé était pour moi une douleur, révèle-t-il. Ce n'était pas une douleur physique, mais une espèce de vexation. C'est grâce à ça, à cette insatisfaction permanente que j'ai duré. » Et marqué l'histoire du sport français.