Barça-PSG : Cazarre, Stephan… ils n’ont pas oublié «le cauchemar absolu» de la remontada

De l’adjoint de Didier Deschamps à l’humoriste de RMC, en passant par l’ancien entraîneur des gardiens parisiens, tous gardent en mémoire le Barcelone-PSG de mars 2017, qu’ils ont vécu aux premières loges.

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 Le 8 mars 2017, le jour où le PSG s’est incliné  contre Barcelone, reste gravé dans les mémoires des fans de football.
Le 8 mars 2017, le jour où le PSG s’est incliné contre Barcelone, reste gravé dans les mémoires des fans de football. LP/Frédéric Dugit

8 mars 2017. La date est gravée dans le marbre comme dans leur esprit. Ce jour-là, tous étaient au Camp Nou pour assister au match le plus invraisemblable de la Ligue des champions. Neutre comme Guy Stéphan, l'adjoint de Didier Deschamps, impliqué comme Nicolas Dehon, l'entraîneur des gardiens parisiens ou passionnés comme Fred le supporter et l'humoriste Julien Cazarre, tous nous racontent pourquoi, quatre ans après, ils n'ont rien oublié de ce Barça - PSG entré dans l'histoire (6-1).

«Ça m'a hanté tous les jours pendant trois ans !»

Fred, 54 ans, abonné au PSG depuis 1982

« J'en ai vécu des matchs déments, mais celui-là sera à jamais inégalable. Dès le premier but, je me suis dit : ça va être un plan méga pourri, on va galérer comme des dingues. Mais, au moment du but parisien (3-1), j'ai pensé que ce serait bon. Beaucoup de gens ont oublié qu'ensuite, Di Maria ne fait pas la passe à Cavani… Ça n'aurait pas été la même chanson. Malgré tout, les mecs autour de moi commençaient à chanter on est qualifiés… J'étais au Parc pour France-Bulgarie, alors ça, je déteste. Quand on prend le 5e but, on sent qu'on va prendre le 6e. Quand il arrive, c'est un cauchemar, l'abattement, la honte totale. Tu dis que le monde entier va voir ça, qu'on est la risée, les crétins de l'Europe. J'étais effondré.

VIDEO. Barcelone-PSG : 4 ans après, la remontada encore dans toutes les têtes

Après le 4-0 de l'aller, j'avais acheté le DVD du match. Il est resté dans mon tiroir, je n'ai jamais voulu le revoir. Plus envie. Ça m'a hanté tous les jours pendant trois ans ! Il y avait toujours quelque chose qui me rappelait ce souvenir. Pourtant, j'ai d'autres passions : le ciné, la BD… Je ne vis pas que pour le PSG. Mais un traumatisme comme ça, on ne peut pas l'imaginer. Mon fils a pleuré pendant au moins une semaine. Aujourd'hui, je l'ai un peu digéré. Mais jusqu'à la fin de ma vie ça sera un fardeau à porter. Même là si on sort Barcelone, ça ne pourra jamais occulter cette défaite. »

«On s'était baladé avec des t-shirts de Shakira»

Julien Cazarre, 48 ans, humoriste, abonné au PSG depuis 1992

« Le 8 mars 2017, c'est le cauchemar absolu pour moi, une date synonyme de souffrance comme le furent le 17 novembre 1993 (NDLR : France – Bulgarie) et le 26 mai 1993 (NDLR : la victoire de l'OM en Ligue des champions). En plus, dans le genre gros cons (sic), avec quatre potes on s'était fait faire des T-shirts et des casquettes à l'effigie de Shakira (NDLR : la compagne de Piqué) faisant le chiffre quatre avec les doigts. Toute la journée on s'est baladé avec dans les rues de Barcelone. Comme on était dans le même hôtel que les joueurs, on avait même réussi à faire passer une casquette à Matuidi… Les joueurs avaient l'air détendu. On l'était aussi, d'autant qu'en arrivant au stade, il n'y avait pas d'atmosphère de remontada.

«Sur le coup, j’avais la haine, mais je ne regrette pas de l’avoir vécu», affirme Julien Cazarre./LP/Frédéric Dugit
«Sur le coup, j’avais la haine, mais je ne regrette pas de l’avoir vécu», affirme Julien Cazarre./LP/Frédéric Dugit  

Quand le Barça est arrivé sur le terrain pour l'échauffement, j'avais l'impression qu'ils étaient en « mode tongs ». Mais au coup d'envoi, Paris a reculé de dix mètres, très vite Suarez a marqué (3e) et là, un truc a changé : tout le stade s'est mis à y croire. Unaï ( NDLR : Emery ) était blanc comme un linge. Les buts se sont enchaînés… et quand Sergi Roberto marque le 6e, là, tu prends un camion dans la gueule (sic). Tout autour les mecs chantent, te font des doigts d'honneur… Toi, tu veux être partout ailleurs, même dans un goulag au fin fond de la Sibérie, mais pas là.

En plus, tu attends une heure que le stade se vide avant de sortir, tu rentres à l'hôtel comme un zombie et quand tu arrives, tu tombes sur le bus du PSG avec le slogan « Rêvons plus grand ». Sur le coup, j'avais la haine, mais aujourd'hui, je ne regrette pas de l'avoir vécu. Les défaites, c'est ce que tu partages le mieux entre supporters. »

«Même Hitchcock n'aurait pas fait mieux !»

Guy Stéphan, 64 ans, entraîneur adjoint de l'équipe de France

« Quinze mois avant la Coupe du monde, je venais au Camp Nou pour superviser Umtiti, Matuidi, Rabiot et Kurzawa. Ce jour-là, j'ai assisté au match le plus fou, sans doute, qu'il m'ait été donné de voir. Comment imaginer à 3-1 à la 87e, que le Barça allait mettre trois buts en sept minutes? Le scénario est inimaginable, même Hitchcock n'aurait pas fait mieux.

«Les Parisiens ont eu un déficit mental ce jour-là», estime Guy Stéphan./LP/Olivier Arandel
«Les Parisiens ont eu un déficit mental ce jour-là», estime Guy Stéphan./LP/Olivier Arandel  

La première image qui me vient, c'est l'immense joie des Parisiens sur le but de Cavani. Tous s'embrassent sur le banc comme si c'était la fin du match. C'est presque la même folie dans les rangs de Barcelone lorsque Sergi Roberto marque le 6e but. Luis Henrique et son staff exultent, courent partout, entrent sur le terrain alors que le match n'est pas terminé.

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Pour Paris, c'est cauchemardesque. Il y a eu des faits de jeu, des décisions arbitrales extrêmement défavorables… Mais les Parisiens n'ont pas été à la hauteur, ils ont eu un déficit mental ce jour-là. C'est ce qui explique le cauchemar puissance 1 000 qu'ils ont vécu en l'espace de sept minutes. La leçon de courage et de mental qu'ils ont reçue est la preuve qu'une situation a beau être mauvaise, elle n'est jamais désespérée. Je le savais, mais j'en suis encore plus convaincu depuis ce match. En finale de la Coupe du monde, j'ai d'ailleurs attendu la dernière minute pour me permettre de dire à Didier : je crois qu'on va être champion du monde. Et encore, c'est parce que nous avions le ballon. »

«La fébrilité d'Emery a rejailli sur les joueurs !»

Nicolas Dehon, 52 ans, entraîneur des gardiens du PSG de 2013 à 2017

« Ce jour-là, on a appris l'importance de savoir rester calme sur un banc de touche. Force est de constater que ça n'a pas été le cas. Je ne sais pas si on aurait gagné avec un entraîneur avec un gros passé de Ligue des champions, comme Ancelotti ou Laurent Blanc. Mais avec eux, on n'aurait pas vécu cette débandade. Les messages envoyés dans le vestiaire dès le match aller ont installé la fébrilité au sein de l'équipe. Au lieu de laisser les gars savourer la victoire 4-0, on leur a tout de suite mis dans la tête que rien n'était fait, que le Barça pouvait revenir… Au lieu de se servir du 4-0 pour les gonfler, on leur a fait comprendre qu'ils pouvaient passer à la trappe.

Après le match, tout le monde était abattu. Il n'y a pas eu de larmes. Mais ça se regardait en chien de faïence, ça baissait la tête, chacun se demandait comment ce qui venait d'arriver était possible. Au fil du match, on a vu qu'on ne maîtrisait rien du tout. Il fallait arrêter l'hémorragie, mais le banc de touche était tellement fébrile, qu'il a été incapable de le faire. Quand on marque, tout le monde se lève car on sentait que le Barça avait pris le dessus psychologiquement sur nous. Je suis le seul à rester assis, car je me disais qu'il pouvait encore se passer quelque chose.

Quand tu prends le 3e, tu sais que les autres peuvent suivre. On le sent, la tournure des événements, l'enchaînement des buts, l'arbitrage, le public… Tout fait que ça ne sent pas bon. À ce moment-là, tu as un sentiment d'impuissance, l'impression d'être là et de ne rien pouvoir faire. Moi, je ne suis pas grand-chose, juste entraîneur des gardiens… mais j'ai été marqué par la fébrilité du banc. Tout le monde voyait qu'Emery était fébrile. On peut me dire ce qu'on veut, mais sa fébrilité a rejailli sur les joueurs. Avec d'autres, il y aurait eu plus de calme et de sérénité.

Le plus dur a été l'après-match. Retourner au Camp des Loges et croiser le regard des joueurs a été difficile. Il y avait de la gêne chez certains, de la défiance chez d'autres, chacun se renvoyait la faute… Ce match, on m'en parle tout le temps. Même encore maintenant. Ça fait jamais plaisir mais il faut l'accepter. Même le mot remontada est entré dans le dictionnaire, c'est dire à quel point ça a été marquant. »