Affaire Neymar-Alvaro : «S’il y a des preuves il faut marquer le coup», estime Fabrice Pancrate

L’ancien attaquant du PSG revient sur la supposée insulte raciste du Marseillais à l’encontre du Parisien et réagit aux propos de Noël Le Graët, le président de la FFF, sur la question du racisme dans le football.

 « A l’image du coup de tête de Zizou contre Materazzi, on peut deviner que des propos virulents sont sortis de la bouche de la personne (NDLR : Alvaro) », pense Fabrice Pancrate.
« A l’image du coup de tête de Zizou contre Materazzi, on peut deviner que des propos virulents sont sortis de la bouche de la personne (NDLR : Alvaro) », pense Fabrice Pancrate.  LP/Arnaud Journois

Tandis que la commission de discipline poursuit l'instruction de l'altercation entre Neymar et Alavaro Gonzalez pour tenter de savoir si le Marseillais a bien traité de « mono » (singe en espagnol), le président de la Fédération française, Noël Le Graët, a été fortement critiqué pour avoir minimisé la place du racisme dans le football. L'ancien attaquant du PSG Fabrice Pancrate (40 ans), nouveau consultant de beIN Sports, a accepté de commenter la situation en faisant part de son vécu.

L’ancien Parisien Fabrice Pancatre, ici en 2009. LP/Matthieu de Martignac
L’ancien Parisien Fabrice Pancatre, ici en 2009. LP/Matthieu de Martignac  

Comment avez-vous accueilli les propos de Noël Le Graët qui affirme que le racisme « n'existe pas ou peu » dans le football ?

FABRICE PANCRATE. C'est un discours pour atténuer les choses et se décharger du problème. Mais en vrai ça n'atténue rien. Les faits sont là tous les jours. Dans la société ou dans le football, le racisme existe depuis que le monde est monde. Dire ça c'est se mentir à soi-même. Il y a des gens qui subissent du racisme tous les jours. Au boulot, sur les terrains, dans la vie de tous les jours. Pour ceux qui ont subi ça, ce genre de déclarations est déplacé.

Avez-vous été directement témoin de racisme sur un terrain ?

On a eu assez d'exemples dans les stades en Espagne, en Italie, en Grèce pour le voir…

Mais entre joueurs ?

Je pense que ça arrive. Souvenez-vous de l'histoire entre Evra et Suarez (NDLR : début 2012 l'attaquant uruguayen de Liverpool Luis Suarez a été suspendu 8 matches pour avoir lancé « négro » au Français). Ça existe malheureusement. Moi je l'ai vécu aussi quand je jouais en réserve avec Louhans-Cuiseaux dans un match de championnat à Saint-Georges-les-Ancizes. Un défenseur m'avait sorti « sale négro ». Je m'étais retourné : coup de tête. Il avait fini au sol, j'avais pris 5 matchs mais voilà. C'est une réalité mais en fait personne ne dit rien, ne fait rien. Les gens assimilent. On met une sanction et allez hop c'est reparti. Tant que vous n'aurez pas choqué les gens par des manières radicales…

Dans l'affaire Neymar - Alvaro, le problème vient de la difficulté d'apporter la preuve de ce qui s'est passé…

Ce que je peux dire c'est qu'un joueur, quand il sort de ses gonds, ce n'est pas pour rien. Alors quelle est la nature de l'insulte ? Je ne sais pas. Mais à l'image du coup de tête de Zizou contre Materazzi, on peut deviner que des propos virulents sont sortis de la bouche de la personne. Après, savoir si c'est raciste ou intime, il faudrait pouvoir décortiquer les images. Mais pour que Neymar réagisse comme ça c'est que c'est sans doute plus qu'insultant.

Les insultes sont une réalité sur un terrain ?

Ca fait partie du jeu oui. Quand vous avez un joueur fort et que son adversaire n'a pas les moyens techniques de le faire déjouer, il lui reste la partie verbale pour essayer de toucher la corde sensible et le faire sortir de son match. Le problème c'est que certaines insultes ont leur importance en fonction du contexte et de ton humeur. Des mots de la sorte, tu en as déjà employé même pour t'amuser entre potes sur le terrain à l'entraînement ou dans le vestiaire quand tu veux chambrer. Mais c'est sûr que ça a plus d'importance et d'impact négatif quand ça sort de la bouche d'une personne de couleur blanche envers une personne de couleur noire.

Est-ce la même chose à l'étranger ?

Je n'ai pas le souvenir qu'un joueur m'ait pris à partie sur ce thème-là. Mais quand j'avais évolué au Betis Séville (NDLR : L1 espagnole), comme le club était mal classé, on avait pu faire l'objet d'insultes racistes de la part de nos propres supporters. Un petit groupe qui mimait des singeries et balançait des bananes sur le terrain. Ça m'avait marqué.

Qu'attendez-vous de cette affaire Neymar - Alvaro ?

S'il y a des preuves, il faut marquer le coup. Mais on ne peut pas accuser quelqu'un sans preuve. Aujourd'hui s'il n'y a pas d'éléments majeurs pour prouver tout ça, c'est comme si vous portiez plainte contre X. Seuls Neymar et Alvaro savent ce qui s'est dit.

Neymar aurait-il dû réagir plus fortement ?

Il aurait peut-être fallu dès la mi-temps poser une réclamation et qu'avec sa force, le PSG mette tout de suite la pression sur les arbitres en disant c'est inadmissible, on ne reprend pas le match… Ca aurait mis les choses au clair direct. C'est comme pour Marega, le joueur de Porto qui a subi des insultes racistes, et qui était sorti du terrain. Peut-être que Neymar aurait dû quitter le terrain s'il voulait vraiment marquer le coup. Après la réaction d'un Brésilien et d'un Africain n'est pas la même. Les Brésiliens pensent au jeu, au jeu, au jeu et après ils voient. Alors que nous, joueurs africains, on pense aussi au jeu mais comme on est souvent la cible, à un moment donné, on pète un câble.