A quoi joue le PSG avec Rabiot ?

La mise à pied du milieu parisien est susceptible d’aboutir à la rupture de son contrat. Mais le club ne devrait toutefois pas aller jusqu’à cette extrémité.

 Adrien Rabiot, lors de l’arrivée des joueurs du PSG à Nîmes, le 1er septembre 2018.
Adrien Rabiot, lors de l’arrivée des joueurs du PSG à Nîmes, le 1er septembre 2018. LP/Arnaud Journois

La mise à pied d'Adrien Rabiot, ce jeudi, a ouvert un nouveau chapitre dans le psychodrame entre le joueur parisien qui refuse de prolonger son contrat et son directeur sportif Antero Henrique.

Comme souvent dans les différends où les joueurs refusent de se plier à ses exigences, le directeur sportif a décidé d'employer la manière forte avec le milieu de terrain parisien. Avec à chaque fois la même méthode : exclure le récalcitrant de l'équipe première. « Antero Henrique m'a rendu la vie impossible », avait ainsi raconté Rolando, le défenseur marseillais, banni du jeu pendant six mois à Porto pour avoir refusé de prolonger son contrat.

Ben Arfa avait connu le même sort la saison dernière parce qu'il ne souhaitait pas quitter le club sans indemnités à l'été 2017. Mais jeudi, le dirigeant a ajouté un étage à la fusée. Le PSG a décidé de la mise à pied d'Adrien Rabiot à titre conservatoire jusqu'au 27 mars pour « faute grave ». Le joueur serait coupable d'être sorti en boîte de nuit après la défaite face à Manchester United (1-3), le 6 mars, et d'avoir « liké » (aimé) une vidéo de Patrice Evra.

Liberté d'expression contre charte éthique

La nature de la vidéo en question diffère d'ailleurs selon les parties. Le club semble affirmer que le joueur a « liké » la vidéo dans laquelle Evra hurle sa joie dans les tribunes du Parc des Princes après la qualification mancunienne. Le clan Rabiot soutient, lui, qu'Adrien a « aimé » la séquence où l'ex-latéral répond de manière peu amène à Jérôme Rothen. Quoi qu'il en soit, la notification de la mise à pied de Rabiot a donné lieu à une scène assez musclée racontée par RTL.

Henrique a d'abord tenté de remettre la lettre de sa mise à pied au joueur, jeudi, avant l'entraînement. Un courrier que ce dernier a refusé de prendre et de signer. Finalement, Rabiot a participé à la séance, et la notification lui a été transmise par mail plus tard. Elle contient une convocation à un entretien, avec une sanction pouvant aller jusqu'à la rupture du contrat. En clair un licenciement alors que le contrat de Rabiot se termine le 30 juin prochain.

« Le fait de liker une vidéo relève de la liberté d'expression et ne peut pas à proprement parler être considéré comme une faute grave, relève l'avocate Claire Bielakoff, spécialiste en droit du travail. Après, le joueur a certainement dans son contrat un règlement ou une charte éthique à respecter, c'est sur ce motif-là que le PSG doit le poursuivre. Mais si on lui reproche uniquement ce fait, c'est largement critiquable et contestable. Quant au fait d'être aperçu en boîte de nuit, cela relève clairement de la liberté d'aller et de venir. »

Quand Meunier « likait » un tifo marseillais

Le PSG aura donc certainement du mal à aller jusqu'au licenciement de son joueur de 24 ans. « La faute grave doit être suffisamment grave pour empêcher le maintien du salarié dans l'équipe ou dans l'entreprise, soutient l'avocate. En revanche, si l'employeur décide que la mise à pied est la sanction, il va devoir en déterminer le nombre de jours. » En 2017, Serge Aurier avait écopé de six jours de mise à pied, à l'issue de la mesure conservatoire, et d'un renvoi de trois semaines en équipe réserve pour ses propos injurieux sur Periscope à l'endroit de ses partenaires et son entraîneur.

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L'année dernière, Thomas Meunier avait « liké » une photo d'un tifo des supporteurs de l'OM, le grand rival du PSG sans être inquiété par son club. Le Belge avait simplement dû présenter ses excuses aux ultras parisiens lors d'un entretien privé. Plus récemment, c'est le jeune Stanley Nsoki qui avait « liké » un message d'insultes visant… Adrien Rabiot. À l'époque, le service communication avait plaidé « une mauvaise manip » auprès des journalistes. « En cas de licenciement, l'avocat d'Adrien Rabiot pourrait clairement s'en servir comme d'une mesure discriminatoire vis-à-vis de son client », souligne Me Bielakoff.