Mort de Maradona : dribbles, fulgurances, vista... pourquoi c’était un génie du foot

Diego Maradona, décédé ce mercredi en Argentine, est sûrement, avec Pelé, le plus grand joueur de l’histoire. Il avait un don unique et inné forgé dans les bidonvilles de son enfance.

 Diego Maradona lors de la remise du trophée de la Coupe du Monde de 1986 après la finale de l’Argentine contre la RFA (à droite, Helmut Kohl).
Diego Maradona lors de la remise du trophée de la Coupe du Monde de 1986 après la finale de l’Argentine contre la RFA (à droite, Helmut Kohl).  Presse Sports

Il était petit (1,65 m). Il n'a pas toujours été à son poids de forme. Il a multiplié les frasques et les excès, oubliant parfois la plus élémentaire hygiène de vie. Diego Maradona fut pourtant un pur génie du jeu, capable de fulgurances incroyables, de dribbles comme presque plus personne n'en a jamais effectué.

Qui d'autre que lui aurait été capable, en quart de finale d'une Coupe du monde, de dribbler six joueurs anglais médusés pour remonter une moitié de terrain et aller marquer un but, qualifié plus tard de « but du siècle »? C'était seulement trois minutes après la « main de Dieu », cet autre but inscrit d'une manchette au dessus du gardien anglais Peter Shilton.

C'est alors un pur génie qui jouait au ballon : « Il avait le sens inné du jeu, confesse Guy Roux, l'ancien entraîneur d'Auxerre qui était dans les tribunes au Mexique il y a trente-quatre ans. Il avait un chromosome qui lui permettait de réagir avant tout le monde. Une fois qu'il avait décidé de ce qu'il voulait faire, il avait une vitesse de réaction phénoménale. »

Pour trouver l'origine de son don, il faut remonter à son enfance. Pelé a appris a joué avec une chaussette roulée en boule. Maradona, enfant pauvre, a trouvé une autre astuce : « J'avais toujours une orange, des boules de papier ou de chiffon sur moi pour faire office de balle. Jouer au football me donnait une paix unique », racontait-il.

Esquiver les tacles des gamins du bidonville

Le « Pibe de Oro », le gamin en or, a appris à jouer pieds nus dans la poussière de son quartier d'enfance, le bidonville de Villa Fiorito à côté de Buenos Aires. C'est là, sur un « potrero », comme disent les Argentins, un terrain bosselé, avec un ballon souvent en mauvais état et des morceaux de bois en guise de poteaux de but, qu'il a appris les rudiments. Il jouait face à des gamins plus grands que lui qui n'avaient qu'une envie : briser ses chevilles.

Quoi de mieux que ces conditions dignes de Dickens pour apprendre à manier la balle et passer entre ses adversaires ? Guy Roux concède : « Il était déjà un gamin tellement fort qu'en 1978 en Argentine où j'étais, les Argentins disaient à l'époque qu'ils étaient devenus champions du monde sans sélectionner leur meilleur joueur, jugé trop jeune. »

Michel Platini, Pelé et Diego Maradona en 1988. Presse Sports
Michel Platini, Pelé et Diego Maradona en 1988. Presse Sports  

Le phénomène n'a jamais oublié cette humiliation. « Maradona a été un inventeur, poursuit l'ancien coach auxerrois. Il était capable plus que quiconque sur terre de réaliser n'importe quel geste. Pelé avait ça aussi : cette qualité commune de comprendre le jeu mieux que tout le monde. Tous les footballeurs sont capables de comprendre ce qu'il faut faire sur un terrain. Mais Maradona le faisait génialement mieux et tellement plus rapidement que tout le monde. » Cela s'appelle du génie.