Mort de Diego Maradona : «C’était une rock star, avec un ballon»

L’écrivain Olivier Guez, Prix Renaudot 2017 et passionné de football, évoque avec des mots choisis le mythe Diego Maradona.

 La fresque de Diego Maradona, dans le quartier de la Boca, à Buenos Aires (Argentine).
La fresque de Diego Maradona, dans le quartier de la Boca, à Buenos Aires (Argentine).  AFP/Alejandro Pagni

Il a passé deux mois à l'automne dernier à Buenos Aires dans le pays de Diego Maradona et Jorge Luis Borges en repérage pour son futur ouvrage intitulé « Une passion absurde et dévorante » (Editions de l'Observatoire). Olivier Guez, Prix Renaudot 2017, passionné de football et auteur de « L'Éloge de l'Esquive », une ode aux dribbleurs brésiliens, revient sur le décès de l'idole argentine.

Quelle a été votre réaction à l'annonce de la mort de Maradona ?

OLIVIER GUEZ. D'abord une immense tristesse car il est de très loin le plus grand joueur de l'histoire. Et au-delà du foot, c'est un très grand personnage du XXe siècle, pour l'Argentine, pour l'Amérique du Sud et le football. Peu de joueurs sont montés aussi haut et descendus aussi bas que lui.

LIRE AUSSI > Documentaires, série… Maradona était aussi une bête d'écran

Mais on n'est pas non plus surpris, étant donné la vie dissolue menée par Maradona ?

Malheureusement oui. Il a connu tellement de problèmes de santé ces 20 dernières années. Quand je me suis rendu en Argentine pour la rédaction de mon livre, j'ai rencontré un médecin qui le connaissait bien et m'a dit « c'est un miracle que cet homme soit encore vivant ». Il a subi des infarctus, prenait 30 kg, en perdait 20, entrait en cure de désintox… Il est totalement dépendant à la cocaïne et au sexe! Il avait une résistance physique hallucinante. Bon, Maradona a fini par décéder à 60 ans mais quelque part je n'ai pas été surpris. Tout cela était très loin de l'hygiène de vie d'un footballeur de haut niveau.

Il avait plutôt une hygiène de vie de rock star ?

C'était une rock star absolue. Sauf qu'au lieu d'avoir une guitare, il avait un ballon. Je ne connais pas un seul footballeur dans l'histoire, aussi fort, aussi fou, aussi charismatique que Maradona. Et je ne vous parle même pas des joueurs actuels, tous globalement ennuyeux.

Newsletter L'essentiel du matin
Un tour de l'actualité pour commencer la journée
Toutes les newsletters

VIDÉO. Mort de Maradona : l'ex-star du foot avait subi une opération du cerveau début novembre

Pelé a été immense mais fut un homme extrêmement sérieux qui a ouvert le bal des footballeurs modernes, capables de se faire énormément d'argent avec le foot. Je n'oublie pas non plus le symbole pour la cause noire. Mais Maradona, c'est un mélange de Keith Richards, du meilleur acrobate de cirque et de Pelé. Il est unique en son genre.

En quoi Maradona symbolise-t-il le XXe siècle ?

Il incarne un football encore fantaisiste, un football plaisir, le foot pour les enfants. C'était un gosse, un surdoué, le Mozart du football quelque part. Ce football n'existe plus aujourd'hui. Ensuite, il incarne l'Argentine du XXe siècle. Quand il émerge à la fin des années 1970, ce sont des années terribles pour ce pays en pleine dictature. Il a permis à beaucoup d'Argentins de tenir.

Ce petit génie apparaissait à la télévision, effectuait des séances de jonglage à la mi-temps de certains matchs. Il a égayé ce quotidien terrible. Ensuite, il a imposé l'Argentine tout en haut du palmarès du football. En 1986, c'est limpide, le plus grand joueur de l'histoire éclabousse la compétition comme aucun athlète n'a marqué une Coupe du monde. C'est une revanche immense pour l'Argentine.

Notamment avec le match contre l'Angleterre ?

Imaginez ce petit bonhomme qui va smasher la balle au nez du gardien anglais, de l'arbitre et du monde entier. C'est l'idée du gamin des terrains vagues qui veut absolument marquer contre ses copains. Et lui, le réalise en quart de finale de la Coupe du monde. C'est l'idée de celui qui est tout en bas et ruse contre les puissants. Le deuxième but, c'est un slalom d'extraterrestre. C'est le cerf-volant cosmique, le surnom donné par le commentateur argentin à la télévision, face à l'ennemi héréditaire qui a remporté quatre ans plus tôt la Guerre des Malouines. Plus tard, en étant proche de Castro, Chavez, Maduro, il donnait encore l'image de celui qui va défier les puissants, les anciennes puissances colonialistes. Il avait un Che Guevara tatoué sur un bras.

Pour vous c'est le plus grand joueur de l'histoire ? Devant Pelé ?

Je suis biaisé car je suis né en 1974 et je n'ai pas vu Pelé jouer. J'ai grandi avec Maradona. Pour un artiste, c'est beaucoup moins intéressant de travailler sur Pelé. Les frasques de Maradona, ses relations avec la mafia, la Coupe du monde 1990. C'est un film ce Mondial. Il joue l'Italie à Naples, sa ville d'adoption. Quand il entre sur la pelouse, il sait que quoiqu'il arrive, il va tout perdre. C'est une tragédie.