Mercato, Campos, Galtier… pourquoi Lille est en tête de la Ligue 1

Victorieux à Bordeaux ce mercredi soir (3-0), les Lillois dominent le classement du championnat. Voici comment les Nordistes se retrouvent dans la peau d’un candidat crédible au titre.

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 Le Bordelais Adli est maîtrisé par le duo Ikone (à gauche) et Celik. Le Losc se promène en tête de la Ligue 1.
Le Bordelais Adli est maîtrisé par le duo Ikone (à gauche) et Celik. Le Losc se promène en tête de la Ligue 1. AFP/Mehdi Fedouach
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Elle a la tête de l'équipe pas si surprenante qui pourrait créer la sensation dans cette Ligue 1. Vainqueur à Bordeaux mercredi (3-0), Lille conserve la tête du championnat avec seulement deux défaites enregistrées depuis le début de la saison et reste en lice en Ligue Europa, où il affrontera l'Ajax Amsterdam en 16e de finale. Une réussite sportive liée à plusieurs facteurs. Explications.

Une politique d'achat-vente poussée à outrance

Il y a eu Monaco, et ses plus-values faramineuses à la fin des années 2010. Il y a eu ensuite le Losc, autre club de l'Hexagone à s'être spécialisé dans le domaine du trading, une méthode qui consiste à recruter des joueurs prometteurs en vue de les revendre ensuite bien plus cher.

Un homme en commun : Luis Campos. Le Portugais, ex-conseiller sportif puis directeur sportif sur le Rocher, a ensuite officié aux côtés de Gérard Lopez, propriétaire du Losc de 2017 à 2020. Avec lui, l'homme d'affaires hispano-luxembourgeois a réussi les deux plus grosses ventes de la Ligue 1 lors des deux dernières fenêtres estivales de transfert : les départs des attaquants Nicolas Pépé (80 millions, Arsenal) et Victor Osimhen (70 millions, Naples).

Un modèle censé lui assurer une croissance sportive, le club est passé de 120 à 147 millions d'euros de budget cet été, mais pas que. « Dans le cas de Lille, le club a été racheté et financé par l'endettement, explique Jérémie Bastien, maître de conférences en sciences économiques à l'université de Reims-Champagne-Ardenne. Le trading servait à payer une partie de la dette du Losc. »

Mais, en décembre, le principal bailleur de fonds du leader de la Ligue 1, le fonds d'investissement américain Eliott Management, a dit stop, estimant que Lopez ne serait pas en mesure de rembourser les quelque 200 millions d'euros de dette. Le club a été racheté par le fonds d'investissement Merlyn Partners, qui a injecté 50 millions d'euros dans le club et nommé l'ancien dirigeant du PSG, Olivier Létang, comme président. Ce dernier a promis un retour à un modèle plus classique.

« Cela me semble compliqué d'en changer à court terme, estime Jérémie Bastien. Le club va devoir faire face à la baisse probable des droits TV, n'a pas de billetterie avec les contraintes sanitaires et la crise complique la possibilité de jouer sur le sponsoring. » « Si un club offre 80 millions d'euros pour un de nos joueurs, je vous le garantis, il partira », soulignait récemment l'entraîneur lillois, Christophe Galtier.

Des trouvailles de recrutement

Elle s'appelle Scouting System Pro, et fait saliver de nombreux clubs. La très convoitée base de données de Luis Campos et son réseau très dense ont permis au club nordiste de multiplier les bons coups ces dernières années.

« Quand le Lille de Lopez achetait un joueur prometteur, ils savaient que sa durée de vie au club était d'une saison, voire deux. Quand ils prennent quelqu'un, ils sont déjà dans l'optique de le remplacer, décrit l'ancien joueur du Losc et consultant de la chaîne L'Equipe, Ludovic Obraniak. Ils ont fait un travail de fourmi qui n'a pas d'équivalent en France. » Les Turcs Yazici, Celik et Yilmaz, le Croate Bradaric, le Néerlandais Botman : le Losc se repose en partie sur une légion étrangère, recrutée dans les championnats secondaires. Comme Victor Osimhen avant lui, l'avant-centre canadien Jonathan David a été acheté à un club belge.

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« Lille sait aller sur des marchés parallèles, où il y a des joueurs qui ne sont pas forcément des premiers choix, analyse le recruteur Antonio Salamanca. Gabriel est parti pour 25 millions à Arsenal, ils sont allés chercher Botman à l'Ajax. Il coûte 8 millions, beaucoup de clubs français ne seraient pas allés le chercher à ce prix-là. Mais Lille a décidé de miser une partie de la vente de Gabriel dessus, et ça a très bien marché. »

Mais, là aussi, le Losc va devoir reconstruire. Campos parti, Olivier Létang s'attache désormais à reconstruire une cellule de recrutement, cette fois en interne. Un temps à la tête de Sports Invest UK après son départ du PSG, l'ex-président de Rennes possède un passé d'agents et également un réseau conséquent.

Un entraîneur performant

Les buteurs passent, l'entraîneur reste. Arrivé fin 2017 pour succéder à Marcelo Bielsa à la tête d'une équipe à la dérive, Christophe Galtier a permis à Lille de terminer dauphin du PSG et de retrouver la Ligue des champions en 2019 et de le mettre en position de disputer le titre à Paris et l'OL cette saison.

« Son rôle est majeur, souligne Ludovic Obraniak. C'est le chef d'orchestre de ce projet. La difficulté avec son effectif, c'était de trouver les bonnes associations, notamment en attaque. Il a réussi à mettre en place un turn-over efficace, tout le monde s'y retrouve. Son truc, c'est son côté à la fois paternaliste et père Fouettard. Il donne sa chemise pour ses joueurs, mais est aussi capable de les reprendre s'il le faut. »

A l'aise professionnellement avec Luis Campos, le technicien a pâti de la prise de distance du Portugais en début de saison et s'en est ouvertement plaint. Si les nouveaux dirigeants ont annoncé leur volonté de miser sur celui qui a encore un bail d'un an et demi, sera-t-il compatible avec cette nouvelle organisation ? Son nom est évoqué du côté de l'OL, où Rudi Garcia n'a pas encore prolongé, et revient régulièrement quand on parle de Marseille, dont il est originaire. Mais, pour l'instant, c'est bien dans le Nord que Galtier domine la Ligue 1.