«Le PSG m’a fait plus souffrir qu’une femme» : le meilleur buteur français en Europe se confie

Paris, où il aurait tant aimé jouer, le racisme, ses tribulations à travers le monde : l’attaquant vedette du club bulgare de Varna, Mathias Coureur, s’épanche, sans filtre, sur ce parcours atypique qui l’a conduit, depuis une décennie, à sillonner la planète football.

 À 32 ans, Mathias Coureur affiche 12 réalisations après 11 journées dans le championnat bulgare.
À 32 ans, Mathias Coureur affiche 12 réalisations après 11 journées dans le championnat bulgare. Facebook/DR

Le meilleur buteur français d'un championnat européen prodigue, depuis janvier 2020, ses talents au… Cherno More Varna, sur les bords de la mer Noire. À 32 ans, Mathias Coureur, attaquant martiniquais, affole les statistiques avec 12 réalisations après 11 journées dans un championnat bulgare déjà fréquenté de 2014 à 2016.

L'enfant de Sucy-en-Brie (Val-de-Marne), formé au Havre, n'a guère laissé de traces en France. Après des passages à Beauvais, Nantes ou Gueugnon, il a roulé sa bosse en Espagne, en Géorgie, au Kazakhstan ou encore en Corée du Sud. Ce citoyen du monde, fan du PSG, évoque sa trajectoire singulière et les expériences qui l'ont fait grandir.

Est-ce une fierté d'être actuellement le meilleur buteur français dans un championnat européen ?

MATHIAS COUREUR. Bien sûr. Je mentirais en jouant les faux modestes. Surtout à mon âge. J'ai conscience d'avoir joué davantage de rencontres que d'autres joueurs, mais je ne vais pas bouder mon plaisir pour autant. J'ai battu mon meilleur total (NDLR : 11 déjà à Varna en 2015-2016) et je n'entends pas m'arrêter là. Je récolte les fruits de mon travail tout en bénéficiant d'un facteur réussite indispensable chez un attaquant.

Serial buteur en Bulgarie et joueur inconnu dans votre pays : vous assumez ce paradoxe ?

J'aurais préféré rencontrer ce succès en France. Je n'ai pas eu la carrière que je voulais, mais je n'ai aucun regret. Mon rêve ultime était de jouer pour le PSG. Bien avant qu'il soit le club qu'il est aujourd'hui. J'étais comme tout le monde, je voulais commencer en Ligue 1 et ensuite trouver mieux, c'est-à-dire la Premier League ou la Liga, puis découvrir la Ligue des champions. À Nantes, je n'ai peut-être pas su saisir ma chance, mais les torts étaient partagés.

Que s'est-il passé ?

Après mon premier entraînement avec les pros, le coach de l'époque, Michel Der Zakarian, me dit : Ce n'est pas moi qui te voulais, c'est la direction ! À 18, 19 ans, c'est violent. Je ne cherche pas d'excuses mais, quand tu ne me montres pas d'intérêt ou d'affection, c'est rude. Je gagnais très bien ma vie. Je me suis consolé avec cet argent facile. Je suis beaucoup sorti, j'ai flambé, pour oublier ma peine intérieure.

Vous auriez pu trouver un autre club. Pourquoi à la fin des années 2000 la France n'a-t-elle plus voulu de vous ?

Après Nantes, j'ai dû voyager et partir en conquête parce que plus personne ne me désirait en France. Il faut dire les choses, je suis resté deux ans et demi ou presque sans jouer. À ce moment-là, tu doutes de ta valeur. Les rares clubs qui te parlent n'ont aucune honte à te faire des propositions salariales indécentes. Ils savent que tu es dans la merde. Ils te disent que c'est ça ou rien. Tu n'es pas en position de force. Quand tu aimes le foot, tu essayes alors de trouver une solution pour pouvoir exercer ton métier et c'est ce que j'ai fait à l'étranger.

Vous estimez avoir le niveau pour évoluer en L1 ou en L2 ?

Je pourrais passer pour quelqu'un d'arrogant en vous répondant oui. Aujourd'hui, je ne sais pas, mais voici quelques années, c'est l'évidence. Je le sais. Je n'aurais peut-être pas eu les statistiques d'un Niang, d'un Pauleta ou d'un Gignac, mais j'aurais eu ma place.

Que vous ont apporté toutes ces expériences dans des pays parfois un peu improbables ?

Au niveau de mon jeu, je n'ai pas vraiment progressé. Mais je me suis ouvert au monde. J'ai vécu dans beaucoup de pays pauvres, j'ai pu m'imprégner de cette misère au quotidien. J'ai ouvert les yeux et je me suis rendu compte de ma chance. Ça m'a aidé à devenir autre chose qu'un footballeur. Je ne parlais pas la langue, j'ai dû me débrouiller tout seul. Maintenant dans ma vie, je n'ai plus peur de rien. Même seul au milieu du désert, je m'en sortirais.

Mathias Coureur joue avec le Cherno More Varna en Bulgarie. /DR/Facebook
Mathias Coureur joue avec le Cherno More Varna en Bulgarie. /DR/Facebook  

Un footballeur professionnel gagne-t-il bien sa vie à Varna ?

C'est toujours délicat de donner des chiffres. La question du salaire est un peu taboue et pas seulement en France. Je vis très correctement. Je n'ai pas le droit de me plaindre. Je ne suis pas un Gilet jaune… Après les gens l'ignorent, mais à une époque de ma vie, j'ai joué pour 1 000 euros par mois, au lieu des 25 000 euros bruts, un an plus tôt.

Un lien très fort semble vous unir aux supporters du club…

Ils m'ont donné et me donnent encore beaucoup d'amour. Les fans ont même, un jour, remercié ma mère de m'avoir mis au monde ! La seule fois où j'ai vu mon père pleurer, c'était en 2016, quand il a assisté à mon dernier match ici, avant que je ne revienne en janvier 2020. L'hommage sincère du public l'a bouleversé.

La fédération bulgare a été épinglée voici un an pour des chants racistes dans ses stades. Y avez-vous déjà été confronté sur ou en dehors du terrain ?

J'ai parfois été la cible d'insultes. J'ai le souvenir d'un match face au Levski Sofia où j'avais été victime de cris de singe. J'étais dégoûté. À l'issue du match, un fan sofiote vient à ma rencontre. Je lui fais part de ma colère devant de pareils agissements. Il m'a répondu : oui mais comment on fait sinon pour te déconcentrer. Le racisme, je l'ai plus vécu dans la vie de tous les jours que dans les stades.

Vous avez des exemples précis ?

En Espagne, il y a quelques années, on m'a interdit l'accès à un restaurant au prétexte qu'il fallait une réservation. Et pourtant d'autres personnes, arrivées en même temps que moi, en étaient dispensées. Je ne peux pas prouver que c'était en raison de ma couleur de peau, mais j'étais le seul à ne pas pouvoir accéder à cet établissement.

Et dans vos autres pays d'accueil, avez-vous fait l'expérience des préjugés voire de la discrimination ?

Au Kazakhstan, quand je suis arrivé, tout le monde voulait prendre des photos avec moi ! Dans ma tête, j'étais fier, je me disais naïvement : Les dirigeants leur ont annoncé un joueur de fou ou quoi ! Et en fait, c'était juste à cause de ma couleur de peau. Ils n'avaient jamais vu un Noir. C'était pour rigoler et se moquer. Ils ne savaient même pas qui j'étais. Un jour, une femme m'a demandé une photo pour l'offrir… en cadeau de mariage à son mari. Un homme noir, dans la culture des Kazakhs, est forcément pauvre. Il a traversé la mer à la nage pour venir et il vit dans une hutte…

Vous n'avez pas eu envie de quitter ce pays ?

Les choses se sont arrangées au fil des semaines. J'étais le meilleur joueur de mon équipe du Kaysar Kyzylorda. Les gens venaient ensuite au stade pour moi. Et puis je vivais dans un pays musulman. Dès qu'ils m'ont vu à la mosquée, les habitants m'ont adopté. Ça a changé leur perception.

Suivez-vous toujours le parcours du PSG, le club de cœur de votre enfance ?

Quand ça m'est possible, je ne rate pas un match de Paris. Je suis comme un fan devant ma télé. Ça lasse même mon épouse. Ce club m'a fait plus souffrir qu'une femme. Je me souviens d'un match pour l'anecdote, Paris-Gueugnon en finale de la coupe de la Ligue 2000. Paris perd (2-0) et j'ai pleuré comme si j'avais subi la défaite ou perdu un proche.

Comment imaginez-vous l'après carrière ?

J'ai commencé à investir dans l'immobilier à droite à gauche. Je me suis aussi marié en septembre. Je rêve maintenant de construire une famille. J'aurais tellement aimé vivre ma carrière en ayant un enfant. Qu'il voit son papa footballeur. Qu'il puisse voyager partout : en Bulgarie, en Corée du Sud. Qu'il sache parler couramment Espagnol. Ça n'a pas pu se faire. C'est ainsi