Ligue des champions : Başakşehir, ce club turc présenté comme le jouet d’Erdogan face au PSG

Le club turc, que Paris affronte ce mercredi en Ligue des champions, dispute l’épreuve pour la première fois de son histoire.

 Mercredi contre le PSG, il s’agira du premier match de C1 à domicile pour Ba?ak?ehir, actuellement 10e du championnat turc.
Mercredi contre le PSG, il s’agira du premier match de C1 à domicile pour Ba?ak?ehir, actuellement 10e du championnat turc. Icon Sport/Seskim

Au fond, le PSG et Başakşehir sont dirigés par deux chefs d'Etat, l'émir du Qatar d'un côté, le président de la République turque de l'autre. C'est clair depuis six ans : Başakşehir est le club de Recep Tayyip Erdoğan, 66 ans, président depuis août 2014. Cette année-là, son parti, l'AKP, rachète le club indirectement, grâce à des entreprises sympathisantes dont Medipol. Son médecin personnel pilote ce groupe hospitalier privé. Fahrettin Koca, est devenu, depuis, son ministre de la Santé.

Mais la cinquième formation stambouliote à évoluer dans l'élite nourrit depuis longtemps des liens avec le controversé homme politique, depuis toujours presque. Le club a été fondé en 1990 et quatre ans plus tard, Erdogan devient le maire d'Istanbul. Son tropisme pour le ballon rond le rapproche de Başakşehir en même temps qu'elle lui permet de se distinguer politiquement des écuries historiques de la ville, de Galatasaray à Besiktas en passant par Fenerbahçe, jugées trop libérales pour un Erdogan ancré sur des positions conservatrices.

« Il est faux de dire que le club a trente ans d'existence. C'est l'avatar d'un club qui a trente ans, mais c'est une création très récente : 2014, dans une conjoncture politique et urbanistique précise, détaille Jean-François Pérouse, docteur en géographie et installé depuis plus de vingt ans à Istanbul. Başakşehir est l'un des huit nouveaux arrondissements d'Istanbul. Il a été créé en 2008. Il a l'ambition de devenir le nouveau centre-ville. Le stade construit en 2013 et le club racheté en 2014 s'inscrivent dans cette logique de promouvoir ce nouvel Istanbul à proximité de l'aéroport. Dans l'imaginaire stambouliote, c'est une périphérie très liée à l'islam politique et à Erdogan qui a lancé la construction et l'aménagement de cet arrondissement au milieu des années 1990. C'est une création de l'islam politique turc et un projet sociétal. »

«La mobilisation est faible, très locale et organisée»

Pas étonnant donc que Başakşehir soit surnommé de manière grinçante le « Erdogan FC ». Cette causticité dit tout de ce club totalement artificiel, sans passé ni chaleur, dont l'enceinte peine difficilement à remplir un tiers de ses gradins. Le stade Fatih-Terim compte moins de 18000 places. « La mobilisation est faible, très locale et organisée, à travers un groupe de supporters qui s'appelle 1453 (NDLR : la chute de Constantinople). On voit la symbolique bien lourde », ajoute Jean-François Pérouse, coauteur en 2016 de la première biographie en français du chef de l'Etat, intitulée « Erdogan nouveau père de la Turquie ? » (éditions François Bourin).

Pour le chef d'Etat, témoin de mariage de Mesut Özil en juin 2019, associer son nom au club est ainsi une manière de prolonger sa politique, en plus de la colossale affaire financière que son parti réalise à travers le sponsoring du club. Pour son plus grand bonheur, l'équipe vient de décrocher le premier titre de champion de Turquie de son histoire, après avoir terminé 2e en 2017 et 2019. Mais ces deux fois, il n'a pas réussi à atteindre la phase de poules, qu'il dispute donc enfin. Tout a commencé par une défaite ce mardi à Leipzig (2-0). Ce mercredi contre le PSG, en pleine crise diplomatique franco-turque, il s'agira du premier match de C1 (hormis les tours de qualification) à domicile pour la formation actuellement 10e du championnat national, après six journées (3 défaites, 2 victoires, 1 nul).

Des vieilles connaissances du football européen

Promis à la quatrième place du groupe, il tentera de déjouer les pronostics en compagnie de deux vieilles connaissances de la Ligue 1, l'arrière ou milieu droit brésilien Rafael et l'attaquant français Enzo Crivelli, passés par Lyon pour le premier, par Bordeaux, Angers ou Caen concernant le second. Le Slovaque Martin Skrtel, 35, dirigeait face à Leipzig la défense dans le 4-3-3 choisi par Okan Buruk, entraîneur depuis deux saisons de Başakşehir, né deux mois après Thomas Tuchel en 1973.

L'ancien pilier de Liverpool appartient à cette catégorie de joueurs que Başakşehir attire depuis des années : des noms ayant peuplé des grands clubs et désormais en fin de parcours. Avant Skrtel, Emmanuel Adebayor (2017-2019), Gaël Clichy (2017-2020), Mevlut Erding (2017-2019), Arda Turan (2018-2020) ou encore Robinho (2019-2020), qui vient de partir pour Santos à 36 ans, ont porté ses couleurs. Il restera l'un des dix Brésiliens passés par le club, la nationalité étrangère la plus représentée dans l'histoire de Başakşehir.