Ligue 1 : Marseille, Nantes, Bordeaux… pourquoi les ultras sont en colère

Plusieurs manifestations, parfois violentes comme à Marseille, ont éclaté ces derniers mois autour de plusieurs clubs emblématiques du football français.

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 En juin, plus de 2000 supporters des Girondins de Bordeaux avaient manifesté pour dénoncer la gestion du club.
En juin, plus de 2000 supporters des Girondins de Bordeaux avaient manifesté pour dénoncer la gestion du club. AFP/Mehdi Fedouach
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« Ce club est gangrené. Tout ce qu'il y a pu avoir de beau dans ce club s'est délité. » Le FC Nantes et son actualité ont maintenant le don d'énerver Nicolas. Comme d'autres supporters, ce membre de la brigade Loire n'en est pas resté aux mots. Dimanche 13 décembre, ils étaient 300 fans des Canaris à manifester autour de la Beaujoire contre Waldemar Kita et la politique sportive du club de Loire-Atlantique, qui vient de se séparer de son entraîneur Raymond Domenech, remplacé par Antoine Kombouaré. Le rassemblement a dégénéré et a été dispersé à coups de grenades lacrymogènes par la police.

Ce club historique de l'élite hexagonale est aujourd'hui un point sur la carte de France des tensions entre supporters et dirigeants. En juin, plus de 2 000 supporters bordelais ont manifesté contre la direction du club. En janvier, près de 300 supporters des Verts ont fait irruption lors d'un entraînement des joueurs de Saint-Etienne, là aussi pour demander la tête des boss du club. Plus grave : le même mois à Marseille, les violents incidents au centre d'entraînement de l'OM ont provoqué des dégâts et sept blessés légers parmi les forces de l'ordre. Huit supporters phocéens ont été placés en détention provisoire dans la foulée.

VIDÉO. FC Nantes : des heurts lors de la manifestation contre le président du club

Mais ces tensions entre ultras et dirigeants du football ne sont pas vraiment neuves. Disons qu'elles persistent dans le temps pour devenir une constante. « C'est une tendance globale au niveau européen depuis plusieurs années, relève Nicolas Hourcade, sociologue à l'Ecole Centrale de Lyon, spécialiste des supporters. Cette situation naît des bouleversements économiques du football dans les années 90 : arrêt Bosman, Ligue des champions, droits TV qui explosent. Ça transforme le football en un business et ça renforce la distance entre les actionnaires/dirigeants et les associations de supporters. Les groupes de supporters se sont positionnés comme les garants de l'identité du club et de son histoire. »

Des tensions exacerbées par les huis clos

« Le football et l'argent ne sont pas incompatibles. Mais pour nous, le foot est une religion païenne… Et les marchands du temple ont investi les stades, tacle un ancien leader du Commando Ultra 84, un groupe de supporters marseillais. Eyraud (NDLR : le président de l'OM) est le maillon d'une chaîne de présidents délégués qui n'ont rien compris au football. Ils arrivent avec un modèle, veulent changer les choses. Eyraud veut appliquer la recette Disney au stade, transformer les supporters en spectateurs. Ça les arrange d'utiliser nos tifos comme vitrine, mais ce qu'ils veulent, c'est faire du stade une discothèque. »

Des relations tendues qui montent parfois d'un cran à cause de la situation sanitaire. Les supporters de Ligue 1 sont privés de stade par les restrictions pour lutter contre le Covid-19 depuis bientôt un an, hormis une brève éclaircie à jauge réduite de juillet à octobre.

« Certains supporters se sentaient déjà dépossédés de leur club. Le fait que le spectacle continue sans eux renforce leurs inquiétudes et leur envie de montrer qu'ils sont un acteur du football, explique Nicolas Hourcade. Il est plus difficile pour les supporters d'avoir une gradation dans leur contestation : traditionnellement, des premières banderoles expriment leur mécontentement, puis ils peuvent passer à des banderoles plus virulentes, à une grève des encouragements voire à des tribunes vidées. »

«Que Paris ait réussi, ça montre que c'est possible»

Co-auteur d'un rapport sur la gestion des supporters en France, le député LREM de la Vienne Sacha Houlié voit également dans « cet absence de lieu d'exutoire » l'un des facteurs d'aggravation des tensions. « Si on dit ouverture des musées dès que possible, on dit ouverture des stades dès que possible aussi alors, défend l'élu, qui avait déposé en septembre un amendement pour mettre en place des jauges liées à la taille du stade et à la situation épidémique. Dès que la situation sera moins tendue sanitairement, il faudra mettre en place ce principe de proportionnalité. »

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Mais comment faire pour régler le problème à plus long terme ? « Puisque la période oblige les clubs à repenser leur économie, il faudrait aussi repenser leur rapport avec les supporters », soutient Nicolas Hourcade. Qui prend l'exemple du PSG qui avait un temps banni tout groupe ultra du Parc des Princes. « Pour éviter les dérives du passé, le club a construit une convention avec le Collectif Ultras Paris afin d'avoir des rapports constructifs, glisse-t-il. Que Paris, avec toutes les tensions qui ont pu exister, ait réussi à reconstruire une relation avec ses supporters, ça montre que c'est possible. »