Ligue 1 : «Je me moque du regard des autres», confie Ludovic Ajorque

Le meilleur buteur strasbourgeois vit sa saison la plus accomplie dans l’élite. S’il n’entend pas s’arrêter en si bon chemin, il prête peu cas à ses statistiques personnelles et se focalise surtout sur le maintien de son club, opposé ce samedi à Lyon.

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 Avant de défier Lyon, ce samedi, Ludovic Ajorque avoue s’accommoder de cette forme de reconnaissance tardive et joue résolument collectif.
Avant de défier Lyon, ce samedi, Ludovic Ajorque avoue s’accommoder de cette forme de reconnaissance tardive et joue résolument collectif. AFP/Nicolas Tucat
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A bientôt 27 ans, l'attaquant strasbourgeois n'a pas suivi un cursus classique. Il est l'incarnation du football d'en bas. Passé par Le Poiré-sur-Vie et Luçon en National, puis Clermont en Ligue 2, Ludovic Ajorque a rejoint Strasbourg en 2018. Il en est, déjà, à 10 buts, assortis de 4 passes décisives, cette saison, son meilleur total dans l'élite. Pour autant, il n'est pas d'une nature à s'enflammer. Avant de défier Lyon, ce samedi, il avoue s'accommoder de cette forme de reconnaissance tardive et joue résolument collectif.

Vous avez dû attendre le 17 janvier pour marquer votre premier but à domicile. Comme l'expliquez-vous ?

LUDOVIC AJORQUE. Vous me l'apprenez. En plus cette saison, avec l'absence de spectateurs, c'est assez particulier. On a un peu l'impression de jouer tous nos matchs sur terrain neutre.

Qu'avez-vous ressenti, une semaine plus tard face à Dijon, en atteignant le cap des 10 buts ?

Une petite satisfaction. En 2018-2019, je m'étais arrêté à neuf. L'année dernière, j'en étais à 8 quand le championnat a été interrompu. Je voulais absolument atteindre cette barre. C'était, en plus, le premier de la tête cette saison. Au regard de ma taille (NDLR : 1m96), on m'en avait parlé. C'est peut-être du fait que je suis plus attendu dans le domaine aérien. Le marquage est plus serré. Après peu m'importe la surface du corps — le dos, la cuisse, le pied — avec laquelle je marque. L'essentiel, c'est qu'il ramène les trois points à l'équipe.

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Pourquoi pas. Ça serait bien d'entrer, ainsi, un peu plus dans l'histoire du club.

Un numéro 9 semble toujours marcher sur un fil d'équilibriste. Pourquoi ce poste est-il si particulier ?

Notre rôle est de marquer des buts, d'aider le collectif à gagner des matchs. Ça peut sembler une banalité de le dire, mais c'est la réalité. A mon poste, je suis supposé faire basculer une rencontre. Notre performance est toujours observée et disséquée avec davantage d'attention. On est jugé sur notre efficacité. Le plus difficile dans le football consiste à inscrire des buts.

Qu'éprouvez-vous après un but ?

Une forme de libération. Tu jubiles car tu concrétises des heures et des heures de travail à l'entraînement, où tu répètes les mêmes gestes. C'est ce qu'il y a de plus beau pour un attaquant, même si ça ne doit, en aucun cas, être une fin en soi. Tu ne dois pas te dire, j'ai rempli mon contrat et te reposer sur tes lauriers mais, au contraire, avoir envie d'en inscrire un autre.

« Qu’on dise du bien ou du mal de moi, je m’en fiche un peu », avoue Ludovic Ajorque./AFP/Pascal Guyot
« Qu’on dise du bien ou du mal de moi, je m’en fiche un peu », avoue Ludovic Ajorque./AFP/Pascal Guyot  

Ce n'est pas un peu frustrant de marquer devant des tribunes vides ?

Totalement. L'explosion de joie reste intérieure. Il manque ce partage et cette communion indescriptible. Tout ce qui concourt à l'essence même du football. Entendre son nom scandé par un stade, ça vous porte, surtout ici, quand on connaît la ferveur de la Meinau. L'absence de notre mur bleu, présent d'ordinaire dès l'échauffement, on a du mal à s'y habituer. On ne s'y habitue pas d'ailleurs. J'espère vraiment que tout ça va cesser, même si je ne suis pas forcément optimiste, au moins à court terme. Je ne connais pas grand-chose sur la question, mais on pourrait devoir vivre encore quelque temps avec ce virus.

Votre coach assure que vous êtes sous-côté. Vous abondez ?

Clairement, je me moque du regard des autres. Qu'on dise du bien ou du mal de moi, je m'en fiche un peu. Je laisse tout le monde parler et je trace ma route. Tant que mon coach, mes équipiers et nos fans sont contents et fiers de moi, ça suffit largement à mon bonheur.

Strasbourg précède le barragiste de six longueurs. Vous jouez clairement le maintien ?

On avait la tête dans le sac avant les vacances. On sait d'où on vient. On a réussi à se remettre dans le sens de la marche. Le maintien accapare toutes nos pensées. A nous d'y parvenir le plus rapidement possible. On regardera plus haut si cette condition est remplie. Samedi, c'est Lyon au programme. Metz s'y est imposé en janvier. Ça nous donne des idées. On ne va pas là-bas en victimes.

De nombreux observateurs comparent un peu votre trajectoire à celle de Guillaume Hoarau. Vous partagez cet avis ?

On a dix ans d'écart. Quand j'étais adolescent, je regardais souvent ses matchs. Il était un peu mon modèle. J'essayais déjà de m'en inspirer. C'est toujours le cas. On a eu l'occasion de se côtoyer à la Réunion, à l'occasion de matchs caritatifs. Je signerais tout de suite pour faire la même carrière que lui.

Vous avez côtoyé Corinne Diacre à Clermont. A-t-elle beaucoup compté dans votre éclosion ?

Elle m'a permis de signer à Clermont en donnant son feu vert après mon essai. Elle m'a lancé en Ligue 2 et m'a accordé sa confiance. Elle a tenu une place importante dans ma carrière à un moment où je n'étais pas forcément en position de force. Clermont a vraiment été un club tremplin.

Avez-vous compris qu'elle ait été récemment mise en cause par certaines joueuses de l'équipe de France ?

Franchement, ça m'a surpris tous ces commentaires à son sujet. Après je ne connais pas tous les tenants et les aboutissants. Je peux juste évoquer mon expérience personnelle. Avec elle, tout s'est bien passé.

Qu'avez-vous appris de vos deux années en National au Poirée-sur-Vie et Luçon ?

Avant mes années en National, quand il fallait défendre, faire les efforts, on voyait que j'étais réunionnais (rires). Quand tu bascules à ce niveau, tu ne peux plus te cacher. Tu livres un combat permanent. Cela m'a forgé et m'a endurci. J'ai su prendre mes responsabilités.

Vous n'avez jamais rien obtenu dans la facilité. Vous êtes-vous construit en tant qu'homme dans cette forme d'adversité ?

J'ai effectué plusieurs essais infructueux ou non transformés (NDLR : Nantes, Lens, Auxerre), avant d'être retenu par Angers sans y obtenir du temps de jeu si ce n'est en CFA. Je n'étais pas assez préparé. Derrière j'ai enchaîné par des prêts. Parfois, j'ai pu me dire : « Est-ce que je vais y arriver ? » Je n'ai jamais rien lâché. J'ai su faire des sacrifices. Quand j'ai quitté la Réunion, à 18 ans, je me suis retrouvé éloigné des miens. Ça n'avait rien d'évident. Dans ces moments-là, si tu n'es pas fort dans ta tête, tu ne t'en sors pas. J'ai tout fait pour être à la place où je suis aujourd'hui.